ACTE PREMIER, SCÈxXE III
VANNA
Je le sais bien^ Guido, que tu portes la part la plus lourde...
. GüiDO récartant instinctivement.
Mais je la porte seul! et c’est celui qui aime qui porte tout le poids!... Tu ne m’as pas aimé... Gela ne coûte rien à ceux qui n’ont pas d’âme... C’est de l’inattendu... C’est peut-être une fête... Ah! mais je saurai bien empêcher cette fête!... Je suis le maître encore, quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse!... Et que dirais-tu donc si je me révoltais?... Si je t’enfermais là, dans la bonne prison, dans la prison bien chaste et les cachots bien frais qui sont sous cette salle, avec mes Stradiotes devant toutes les grilles, et si j’attendais là que ton feu s’éteignît et que ton héroïsme fût un peu moins ardent?... Allez donc, prehez-la, j’ai dit, j’ai donné l’ordre... Allez, obéissez!...
Guido, tu le sais bien...
GUIDO
Ils n’obéissent pas?... Personne ne l’a fait?... Toi, Borso, Torello, vos bras sont-ils de pierre?... Ma voix ne s’entend plus?... Et vous, là-bas, les autres, qui écoutez aux portes, entendez-vous ma voix?... Je crie à fendre un rocl... Entrez donc, prenez-la, elle est à tout le monde !... Je comprends, ils ont peur... Ah! c’est qu’ils veulent vivre 1... Ils vivent et moi je meurs!...
Seigneurl c’est trop facile! ... Un seul contre la foule!... Un seul qui paie pour tous!... Pourquoi moi et non vous?... Vous avez tous des femmes!... [Tirant à moitié son épée et s' approchant de Vanna.) Et si je préférais ta mort à notre honte?... Tu n’avais pas pensé... Mais si, mais si, regarde... Il ne faut plus qu’un geste...
VANNA
Guido, tu le feras si l’amour te l’ordonne...
GUIDO
Si l’amour te l’ordonne!... Parle donc de l’amour que tu n’as pas connu!... Tu n’as jamais aimé!... Je te vois aujourd’hui plus sèche qu’un désert où j’ai tout englouti... Rien!... Pas même une larme!... Je ne fus qu’un refuge dont on avait besoin... Si durant une minute...
VANNA
Guido, tu le vois bien, je ne peux plus parler... Regarde mon visage... Je me ràidis, je meurs...
GUIDO la prenant brusquement dans ses bras.
Viens dans mes bras. Vanna... C’est là que tu vas
vivre...
VAMNA s*écartant et se raidissant.
Non, non, non, non, Guido... Je sais... Je ne puis dire... Toute ma force tombe si je dis un seul mot... Je ne peux pas... Je veux... J’ai réfléchi, je sais, je