Monnaies de l'école palatine
Parmi les monnaies frappées dans le palais des rois de France avec la participation , ou plutôt sous l'autorité de saint Éloi, il en est une qui depuis longtemps m'a paru mériter l'attention des numismatistes. Sa légende, qui contient la formule ESCOLARE MO {netario) , m'a semblé indiquer plutôt une qualité qu'un nom d'homme. Sans doute , si l'on étudie philologiquement l'onomastique des individus, on trouvera qae la plupart des noms propres ne sont que des adjectifs qualificatifs passés au rôle de substantifs; un homme peut s'appeler Lescolier, aussi bien que Lescrivmn, Le faucheur, Lemétayer, Letour neur, Labbé, Lhermitte, etc.; tous ces noms ont commencé par indiquer des qualités ; mais j'ai pensé, et je crois que mes lecteurs penseront comme moi, que la formule Escolaris Monetarius doit se traduire par : l'Ecolier monétaire, ou par le Monétaire de l'École. Entre ces deux traductions il y a encore une nuance importante, la même qu'entre le substantif écolier et l'adjectif sco/aire; le premier sens indiquerait l'élève de l'école qui s'exerce à la profession de monétairre, l'apprenti monnayeur, si l'on veut^; le second sens
h . De nombreux textes prouvent que le mot Scholaris a signifié à la fois étudiant et apprenti
« Non habetur pro scholari, disait Robert de Sorbonne , qui ad minus non vadit bis in hebdomada ad scholas. » (Discours sur la conscience).
désignerait le Monétaire qui dirige V atelier spécial du Palais et de VÉcole. Je suis fort tenté d'adopter la première interprétation pour plusieurs raisons : d'abord parce que l'École du Palais, où saint Éloi avait son atelier et ses élèves en orfèvrerie, devait, à l'instar des grandes abbayes de ce temps-là, s'exercer aux professions manuelles les plus distinguées, ensuite parce qu'après le départ de saint Éloi , les produits de l'atelier scolaire sont véritablement des œuvres d'apprentis ayant d'assez bons procédés métallurgiques, mais trahissant une très faible dose d'instruction littéraire.
Dés l'année 1862, j'ai appelé l'attention des numismatistes sur la curieuse légende que je viens de rappeler, ainsi que sur une autre IN SCO LA que mes devanciers ont traduite bien maladroitement par Angoulôme , quand l'ancien nom d'Angoulême était Ecolisma , Iculisma ou Engolisma [Monn. mérov. du Palais et de r École, 1862). On s'occupe si peu en France d'une branche de la numismatique où tout est encore à découvrir que, depuis vingt-trois ans, personne n'a adopté ni combattu ma rectification ; les archéologues soucieux de connaître les anciens noms des villes de France trouveront dans les listes d'ateliers et dans les cartons mérovingiens des grandes collections, sous la rubrique Angoulême , une forme du nom de cette ville qui les intriguera singuhèrement si elle ne les induit pas en erreur.
En rapprochant le mot Escolaris du mot Scola, et remarquant que c'est sur une monnaie du Palais, PALATI MONETA, qu'on rencontre le mot ESCOLARE, j'ai cherché quelle relation pouvait exister entre le
Les statuts d'Arles, art. 29, portent : Omnes pelliparii et eorum scholares jurent quod.... etc.; et l'on trouve cette phrase dans les statuts de Marseille (1. II, ch. 40) : «• Conslituimus quod omnes draperii et eorum scholares jurent pannos quando ipsos vendent extendere super bancum. »
palatium et la scola, entre Je Palais et l'École, et je suis arrivé facilement à conclure que c'était une seule et même chose. La monnaie de l'École a été frappée dans le palais du roi.
L'École {Schola) ou, si l'on veut employer l'expression dont s'est servi Guizot dans sa traduction de Grégoire de Tours, la Scholie d'un personnage était le groupe des individus qui entouraient ce personnage et vivaient chez lui. Les grands ne sortaient qu'accompagnés d une suite qui formait un groupe plus ou moins considérable suivant l'importance du personnage ainsi escorté. Un homme d'un rang élevé, le célèbre orfèvre saint Éloi, par exemple, même quand il allait respirer l'air des champs dans sa campagne de Gentilly, près Paris , était entouré d'une douzaine de compagnons (Audoen. Vit, Elig.). Les évêques étaient suivis de leur scholie, composée des diacres, lecteurs, chantres, en un mot du bas clergé de leur église, tous hommes de leur dépendance et de leur maison ^ L'École ou la Scholie du roi était composée du personnel ordinaire du Palais, et il y avait là de véritables bataillons de jeunes gens et même d'enfants appartenant aux meilleures familles du royaume, futurs comtes et ducs, déjà compagnons [comités) et membres de la maison du roi {domestici). Les jeunes nobles, adoptés parle roi, recommandés [commandati), livrés [traditi) au roi , confiés souvent par leurs familles, dès l'âge le plus tendre, à la sollicitude de la reine, venaient recevoir au Palais l'instruction élémentaire, faire l'apprentissage du métier des armes, s'initier enfin aux
\. Ces scholies épiscopales étaient sous la direction des archidiacres, mais dépendaient absolument de l'évêque. Grégoire de Tours raconte (ch. 26) qu'à la mort de l'évêque de Paris Ragnemode , un marchand syrien nommé Eusèbe, qui obtint l'épiscopat, renvoya toute la schola de son prédécesseur et fit faire le service de sa maison et de son église par des hommes de sa nation.
lettres, aux sciences et même aux arts manuels les plus nobles. Le palais était une grande école. En cela, les rois ne faisaient que suivre les traditions impériales ; l'École du palais existait déjà au iv' siècle, elle était encore florissante au ïx^K A Constantinople , la Schola Palatina, composée de tous les ordres de fonctionnaires, d'employés et d'habitués du Palais, était sous la direction du maître des ofïices^.
Les manœuvres militaires étaient la principale occupation des pupilles des rois Mérovingiens, militabant in aula; c'est pourquoi les textes qui parlent souvent des Scholares aulœ, les Écoliers du palais, disent aussi quelquefois Scholares alœ, les Ailes militaires de l'École, les bataillons scolaires, comme on dit aujourd'hui.
L'École des rois francs empruntait aux usages et aux lois des anciens Germains un caractère tout particulier : « Une insigne illustration, dit Tacite, ou les grandes actions des ancêtres appelaient le choix du prince, même sur les plus jeunes, pour en faire ses compagnons {comités)... Ils se mettaient à la suite des guerriers plus robustes et déjà éprouvés ^ » L'École n'était donc pas
\ . Armatam militiam in adolescentia secutus, inter scholares alas suh rege Constantio, deinde sub Juliano Cœsare mililavit (Sulp. Sévère, in vita S. Martini).
In aulâ juvenculi Chlotharii filii Chlodovei... militavit (Boll., vita S. Landberti. H april.).
Hic puériles gerentem annos prœfatum filium suum in aulà gloriosi Pipini régis, reginœ tradidit, inter scholares nutriendum (Ardo, monach., vit. S. Benedicli anniacensis, t. 2).
2. Scholce istœ palatinœ sub dispositione viri illustris magistrioffîciorum... {Not. imp.)
Acciti proceres omnes, Scholaque Palati est Jussa suis astare locis; jamque ordine certo Turba decanorum , cursorum , in rébus agentium , etc.
(Coripp., lib. III , c. 5).
3. Insignis nobilitas, aut magna palrum mérita principis dignationem etiam adolescentulis assignant : cœteris robusiioribus ac jampridem probatis aggregantur nec rubor inter comités.... (Germ. XIII, ed. Leni. p. 29.)
seulement un des éléments fastueux du cortège des princes ; les plus antiques traditions de la race tudesque établissaient entre elle et le roi une solidarité ^dont le lien était indissoluble ; ces enfants livrés] au] roi , recommandés par leurs familles, acceptés" par le roi, devenaient ses hommes, ses antrustions, lui appartenaient et devaient, toute leur vie, partager sa bonne et sa mauvaise fortune.
« Selon cet usage, dit le savant cardinal Pitra [Vie de saint Léger, p. il), le barbare qui voulait faire à ses fils un avenir assuré les conduisait au roi de son peuple et briguait pour eux l'honneur d'être admis dans la domesticité royale. L'enfant ainsi recommandé ne quittait plus, sans son bon plaisir, le chef qui l'adoptait. Il en habitait la tente ou le parc ; il vivait parmi ses convives ; il s'asseyait à la table royale ; il était des fêtes, des parties de chasse, de natation, des expéditions militaires; il se nommait le nourrisson du roi; il grandissait dans les habitudes d'un précoce asservissement que compensait l'honneur de recevoir un cheval de bataille , d'être investi de la framée et admis parmi les antrustions ou les convives du chef. Ce mode d'avancement était assez général pour que même d'illustres famihes romaines ne dédaignassent pas de descendre à la recommandation. »
« Par cet usage, ajoute le même auteur (p. 12), le chef s'emparait du plus pur sang des meiUeures familles; la paternité s'effaçait, la filiation se déplaçait; trop vite sevré des épanchements de la famille, l'enfant s'endurcissait dans des mœurs rudes et farouches et en même temps s'assouplissait malgré lui à un dévouement sans limites. Atteint dès son berceau par la main de fer du vasselage , une magique puissance l'attachait à la lance du patron ; au point que si celui-ci périssait à la bataihe, s'il était dépouillé, ses fidèles, deux fois captifs, tombaient au pouvoir du vainqueur qui les emmenait avec lui comme
une portion de son butin Il se peut que de sombres
idées religieuses, venues du culte d'Odin, présidassent à ce sacrifice des nobles enfants....; \d. recommandation , base ou point de départ de la ghilde..., avait deux dégrés... préludes du ban et de l'arriére-ban , car.... les liens qui attachaient les plus nobles au chef.... s'étendaient à leurs fidèles, et, de proche en proche, tout un peuple façonné
comme un seul homme présentait au moindre signe
une masse redoutable. Ce fut la force de la société barbare : quand ces bandes ainsi unies à la vie et à la mort s'en allèrent ensemble à l'assaut de l'empire, tout s'ouvrit devant eux et s'abattit sous leurs pas. » L'éminent historien aurait pu ajouter que ce sont les mêmes bandes, devenues chrétiennes et inféodées suivant les mêmes coutumes, qui, huit siècles plus tard, dans l'immense mouvement des croisades, lancèrent l'Europe sur l'Asie et sauvèrent la civilisation en attaquant l'Islamisme dans son foyer.
Autre chose encore donnait à l'École des rois francs le caractère d'une institution non moins civihsatrice que puissante. L'Église, maîtresse de Rome dès avant les barbares, achevait la conquête pacifique des farouches conquérants eux-mêmes ; elle travaillait à modifier la férocité de leur caractère ; elle s'empressa de former une famille spirituelle aux orphelins que leurs parents avaient livrés au roi, elle les assemblait sous l'œil de Dieu dans un asile consacré qui fut appelé chapelle. Ce nom venait d'une reKque insigne gardée dans le palais , la petite cape ou capella de Saint-Martin.
Pour faire connaître cette chapelle du roi avec ses évêques, ses chapelains, ses exercices, ses richesses, son influence merveilleuse sur les jeunes âmes de l'École, ses résultats sociaux qui furent de maintenir la dignité de l'épiscopat et de couvrir l'Europe de moines apôtres et civilisateurs, il faudrait citer textuellement tout un cha-
pitre de ce magnifique historien, moine et cardinal, à qui je viens déjà d'emprunter une page. Dom Pitra livrait au public sa Vie de saint Léger, en 1846; aucun homme n'a connu aussi bien que lui la société mérovingienne; aucun historien, pas même Augustin Thierry, le séduisant auteur des Récits, n'a su mieux coordonner les miUe et mihe documents épars dont il a composé sa splendide mosaïque ; pas un archéologue n'a cité avec plus de scrupule ses innombrables sources. Cet écrivain, notre maître à tous, fut nommé par Pie IX bibhothécaire du Vatican, et pendant plus de trente ans il a pu moissonner de nouveaux documents dans l'immense dépôt qui lui était confié.
« Aucuns détails ne peuvent être négligés, dit-il, car il s'agit de retrouver toute une école du palais, antérieure
de deux siècles à Gharlemagne Cherchons donc son
origine, son berceau, ses premiers essais, et pour retrouver ces détails, entrons au palais mérovingien.
» Ce n'est plus la tente ni le camp d'un jour d'invasion, ce n'est plus l'exploitation agricole^ solitaire, auxhsières d'un bois, aux bords d'un lac; c'est déjà une demeure royale qui a son faste, son cérémonial impérial, son aspect semi-oriental et ses usages copiés sur Byzance. Ainsi se déroule un ensemble pompeux de salles, de cours et d'avant-cours, un salutatoire, un consistoire, un trichorium, les deux zêta d'hiver et d'été, des thermes, un gymnase. Souvent on s'est plu à les décrire, on a fait complaisamment l'inventaire de chaque salle ; l'oratoire seul a été omis, ou, si on l'a visité, la vue s'est arrêtée éblouie aux évangeliaires en lettres d'or sur feuilles de pourpre, revêtus de gemmes et de ciselures délicates d'ivoire, à la couronne d'or, à la chlamyde de pourpre,
4 . Je me permets de remplacer par les mots « exploitation agricole » le mot un peu trop spécial de « métairie » qu'emploie le savant bénédictin.
à tous les ornements de consuls et de patrices envoyés de Constantinople par les empereurs , et mis sous la garde des saints. On n'a point oublié surtout ces vases d'or massif enlevés aux Goths de Toulouse et de Saragosse, venus, dit-on, de Sainte-Sophie de Constantinople, et même du temple de Salomon. Au milieu de ces fabuleux trésors, on a peu remarqué le plus insigne de tous, un palladium qui marchait en tête des armées,, un étendard national sur lequel juraient les ieudes et les rois, une humble châsse qui présidait aux deux capitales fonctions de la vie sociale, au double jugement de Dieu, la justice et la guerre. Cette châsse contenait des reliques et la cape de saint Martin. «
Ce n'est pas le manteau que saint Martin coupa en deux pour en vêtir un pauvre; voici en deux mots l'histoire de La Capella : saint Martin entrait un jour à l'église pendant l'hiver ; un pauvre demi-nu lui demande l'aumône d'un vêtement ; Martin appelle l'archidiacre et lui recommande cet homme , puis s'en va prier dans le sanctuaire. Le pauvre est oublié; il pénètre dans le sacrarium, aborde Martin et lui dit qu'il a bien froid. En un instant le saint détache la tunique qu'il porte soas son amphibale et la donne au pauvre qui se retire plein de joie. Cependant l'heure des offices solennels était arrivée, la foule emplissait la basilique, et l'archidiacre vient dire à l'évêqae qu'on l'attend : l'amphibale de Martin dissimulait l'absence de sa tunique, mais pour monter à l'autel il fallait jeter ce manteau : « Il faut d'abord, dit-il, que le pauvre soit vêtu, apportez la robe du pauvre. » L'archidiacre impatienté prend au hasard, dans la première boutique venue, une cape deBigorre, du prix de cinq deniers, courte, à longs poils, et il la jette aux pieds du saint. « Eh bien ! voilà la casaque, où est le pauvre ? » Martin la ramasse, la met à la place de la tunique qu'il a donnée au pauvre, jette sur cette cape
rude et grossière, qui lui couvrait à peine les épaules, l'étole éclatante d'or et d'argent, et s en va, les bras demi-nus , célébrer le saint sacrifice. « Chose merveilleuse, dit Sulpice Sévère, nous vîmes, à la bénédiction de l'autel, jaillir de sa tête un globe de feu qui projetait comme une chevelure de flammes » ; et Fortunat ajoute : « Des pierreries étincelaient sur ses bras nus ; l'émeraude suppléait aux manches trop courtes de la tunique. »
C'est cette petite cape qui fut gardée comme une précieuse rehque dans l'oratoire du palais et qui donna son nom à toutes les chapelles. Charlemagne voulut s'en abriter dans son dernier asile , et c'est pour cela que la ville bâtie autour de son tombeau a reçu le nom d'Aixla-Chapelle. On croit que c'est dans l'évocation de ce souvenir que le fondateur de la troisième race royale de France a pris le nom de Capet.
Il me fallait signaler la chapelle, corollaire indispensable de toute description du palais. Ce que j'en ai dit suffit pour faire comprendre la véritable physionomie de l'École ; cette École fut une pépinière de saints : les rois d'alors, malgré leurs faiblesses et leurs inconséquences fréquentaient et pratiquaient la célèbre maxime du dernier des Capétiens : « Il faut que Dieu règne en maître pour qu'un prince puisse vivre en roi. »
Les études étaient sérieuses dans l'École; dom Pitra en donne le programme détaillé, programme si vaste que les écoliers, partageant leur temps entre les exercices religieux, militaires et manuels, les sorties en compagnie du roi et l'étude des sept sciences libérales, ne pouvaient beaucoup approfondir ces dernières ; le roi appelait les hommes les plus distingués à son palais pour diriger l'École, et il s'y trouvait des maîtres érudits qui formaient comme une haute école où les lettrés de toute la Gaule se faisaient un honneur de venir se perfectionner et chercher des combats dignes
d'eux. Dom Pitra entre dans de minutieux détails sur ces maîtres et sur les personnages qui fréquentaient l'École à divers titres, il nomme une foule de jeunes élèves qui plus tard jouèrent un rôle dans l'histoire ; un grand lycée du xix' siècle pourrait à peine produire des annales plus circonstanciées.
L'Ecole avait ses fréquentes sorties subordonnées aux occupations du roi. Quand le roi franchissait le seuil du palais , il était précédé , entouré et suivi par la Schola , grossie de tout le personnel du palais. La multitude des individus attachés à la maison du roi rendait ce cortège imposant. Pour bien se rendre compte du spectacle qu'offrait ce défilé de la cour mérovingienne, il faudrait, aux notions très succinctes que j'ai données, ajouter les détails semés à profusion dans les textes mérovingiens ; les convives du roi portaient des vêtements de soie [sericatï] ; c'était le plus grand luxe que l'on connût dans ce temps-là ; leurs costumes étaient étincelants d'or et de pierreries; le baudrier [baltheus), les ceintures [zonae), les bracelets [armillae) étaient en orfèvrerie; les bourses serties de gemmes, les écharpes à franges d'or, les tuniques de soie retroussées aussi splendides que les étoles des clercs et l'amphibole des pontifes rehaussaient la mise en scène. Un simple enfant de l'Ecole, Landbert, neveu du référendaire Robert, un des pupilles de saint Éloi et de sainte Bathilde, allant demander la tonsure à saint Wandrille, abbé de Fontenelle, lui offrit un poids de 70 sols d'or qu'il détacha de ses vêtements ^
La processio du roi était le défilé de tous les groupes formés par les corporations de fonctionnaires et les suites particulières des grands seigneurs; ces groupes [turbœ) s'avançaient sans beaucoup d'ordre, mais enca-
1 . Septuagenta auri solidos quod in ornamentis suis, fabrefadorio opère, insilum erat, in ballheo videlicet, z-otiisalque armillis (Boll., vit. S. Landberti).
drés par les ailes scolaires {scholares aiae) qui exécutaient en marchant leurs plus belles manœuvres, ils offraient un spectacle majestueux.
Le roi ne pouvait pas toujours se faire suivre de toute sa cour; souvent, dans ses voyages, il n'en prenait "qu'une partie, de là vient qu'on a donné au mot Schola le àimimxiiî se holetta, escoleta, d'où escoUa {en espagnol) et, en français, escorte. Dans ce cas, le roi prenait avec lui les guerriers éprouvés, la plus vaillante jeunesse du palais, et il laissait à leurs études ce qu'on appellerait aujourd'hui le dépôt, c'est-à-dire les plus jeunes recrues avec les cadres d'instructeurs.
Un texte du moine de Saint-Gall (1. I, ch. 12) donne la formule Seholares aulse comme synonyme de militares viriA; c'est qu'en effet le mot miles avait et conserva, pendant tout le Moyen-Age , le sens de chevalier noble. Je disais plus haut que l'École avait été une pépinière de saints prêtres et de moines, j'ajoute qu'elle fut surtout le berceau de la noblesse d'armes en France.
Je vais décrire toutes les monnaies que j'ai pu rencontrer, portant la mention du Palais et de l'École. Au Palais, comme à l'École, nous allons trouver le nom de saint Éloi inscrit pour ainsi dire hors rang; au Palais, comme à l'École , nous lirons le nom de Ragnomaire, nous lirons le nom d'Ingomar, le personnel des monétaires est le même, et pour achever de nous convaincre de l'identité des deux institutions, nous lirons la signature de l'Ecolier, Escolaris , sur les monnaies qui portent la mention IN PALACIO. Il ne reste pas place au doute.
Yoici d'abord les monnaies qui portent la mention du Palais.
1 . Ipsis quoque mandacandi finem fadenlibuSj, militares viii, vel scholares aulce reficiebantur.
1. — PALATI. Buste de face orné d'un diadème de perles; manteau Lien drapé orné de fibules aux deux angles, avec indication de l'épitoge, à gauche.
^ >i< MONETA. Petite croix grecque au dessus de trois degrés , conjuguée sur la croisette initiale de la légende , dans une couronne de perles lenticulaires. Trait simple au pourtour.
Tiers de sol de ma collection , publié ' par Gombrouse , pl. XXXII, 16. — (Voy. pl. III, n° 1.)
Cette monnaie est anonyme, mais celle qui suit, à peu près du même temps, nous donne peut-être le nom du monétaire qui l'a émise.
2. — MONETA PLATI. Buste diadémé à droite, d'un style très fin. Le diadème s'accuse par trois globules faisant saillie au sommet et par un long ruban de perles qui descend à la nuque et s'avance jusqu'à la poitrine. D'autres globules placés au sommet du crâne présentent l'aspect d'un cimier de casque.
1)f RAGNI MARIO MOI. Croix mixte supportant à ses bras deux pendentifs terminés par des globules, et posée au dessus de trois degrés en pyramide.
Tiers de sol publié par Gombr., Atlas, xxxii, 15. — (Voy. pl. III, n° 2.)
Un détail pris au hasard , les trois degrés en pyramide placés sous la croix du revers, suffit pour indiquer la communauté d'atelier et la contemporanéité des deux monnaies décrites ci-dessus. Les pendentifs de la croix {n° 2) donnent une date approximative. Ce sont des débris de V Alpha et de V Oméga suspendus aux bras de la croix qui caractérisent les monnaies du commencement du vn' siècle dans la région de Paris. On voit que ces monnaies ont été frappées avant que saint Éloi eût produit le joli type de la croix supportant TOmé^/a renversé. Elles ont dû être frappées sous le règne de Glotaire II ou au commencement du règne de Dagobert I.
D'autres monnaies du Palais doivent encore être attribuées au règne de Dagobert.
3. — PALATI MO. Buste diadérné à droite et très orné. Travail soiyné et recherché. Le diadème de perles est sommé d'un gros globule faisant saillie et engagé' dans un demi-cercle de perles ; à sa partie inférieure , il forme derrière le cou une large boucle annulaire d'où tombent deux rubans ou lemnisques. Le manteau est un double hemi-hexagone de perles avec broderies intérieures et globules ou gemmes aux angles extérieurs. Au pourtour est gravée une fine guirlande de petits cônes imbriqués (couronne spiculée).
ly ^< I0H ^UTA IDD^Jc/). Croix grecque soudée sur un degré horizontal , supportant un oméga renversé aux lobes duquel sont appendues les lettres L et |. La croix est accostée des lettres CA ou CL. Ce type est circonscrit intérieurement et extérieurement par deux couronnes de petits cônes imbriqués.
1 gr. 29. — Tiers de sol de ma collection ; ancienne collection Renault de Vaucouleurs ; publié par M. Robert : Collection Renault de Vaucouleurs, n° 6, p. 23. et par M. Deloche, Monn. mérou, du Li7nousin, p. 98. — (Voy. pl. ni, n" 3.)
Le style limousin de cette monnaie a frappé M. l'intendant général Robert et M. Deloche ,, qui tous deux Tout attribuée au Limousin , où se trouve une localité appelée Le Palais. M, Robert reconnaît aussi un faire austrasien dans les lettres bouletées à leurs extrémités, et il ajoute que pourtant FAustrasie n'a pas connu les croix ancrées. Tout cela s'explique par cette observation que saint Éloi a apporté à Paris le style limousin , et que l'École avait , comme je l'exposerai plus loin, des graveurs venus de l'Austrasie. Quant à la croix ancrée, elle révèle d'une manière à peu prés certaine la présence sinon la main de saint Éloi que je considère comme le créateur de ce type.
Personne n'a encore pu donner l'explication de la légende du revers, composée pourtant de lettres très lisibles. Nous osons à peine proposer de lire \OHannes NOTA DIGNVS. Le type du même revers a toute l'apparence d'un monogramme et s'il était permis de voir dans
Voméga renversé une variante épigraphique de la lettre E, on trouverait, en faisant exécuter à la monnaie un quart de révolution , de droite à gauche, le monogramme complet d'Eligius. Dans ce cas, voici comment on devrait décrire ce revers :
• Croix supportant un E couché, au dessus d'un | couché , et cantonnée des quatre lettres L I G V, monogramme de ELIGIV.
4. — DAGOBERTHVS REX. Buste très élégant orné d'un double diadème de perles et vêtu d'un manteau bordé de perles, à droite.
1^ >h MONETA PALATI. Croix mixte chrismée , accostée de EL IGI, au dessus d'un degré.
Tiers de sol de ma collection. — (Voy. pl. m, n" 4.)
5. — >b MONETA. Buste à droite; longs cheveux; manteau bordé de perles autour du cou.
^ PALATI. Croix mixte chrismée, posée sur un degré, accostée de EL IGI.
Tiers de sol. Cabinet de France. Origine : coll. Rousseau ; publié par Longpérier : Descr. de la coll. Rousseau, n" 1 01, p. 35; publié par Mader, pl. m, n° 26. — (Voy. pl. m, n° 5.)
Longpérier, guidé par l'examen du style de la tète, a pensé que cette monnaie appartenait au règne de Clovis IL Il a eu parfaitement raison. En voici d'autres du même roi :
6. — >i« CHLOTHOV€CHVS R. Buste très jeune, à droite, linement gravé. La tète ne porte pas de diadème , mais un ornement, qui paraît être une chaîne d'orfèvrerie, entoure la chevelure en suivant le contour du crâne depuis le haut du front jusqu'à l'épaule.
1^ MONETA RALAT:. j. Croix chrismée, accostée de ELI Gl sur trois degrés en pyramide.
Tiers de sol. Cabinet de France. — (Voy. pl. m, n° 6.)
Cette sorte de ciiaine d'orfèvrerie qui suit le contour du crâne, grossièrement et sommairement imitée sur
d'autres monnaies, me paraît avoir été le point de départ d'un genre de travail qui a produit le groupe considérable de monnaies au type de Vappendice perlé.
7. — >h PALAU MON. Buste diadémé à droite, au front bombé (tete de Clovis II). Le manteau est indiqué par des plis verticaux.
^ >i< ESCOLARE... Croix latine surmontée de l'oméga renversé , accompagnée de EL IGI , et fichée sur un globe. Tiers de sol de ma collection. — (Voy. pl. m, n" 7.)
8. — Mêmes légendes et type ; variétés dans le profil et dans le manteau.
^ >b ESCOLARE-FIC Même type varié.
Ma collection. — (Voy. pl. m, n° 8.)