SAUMUR
1542. * B6JWI FLORGNYII. Croix. $.*CASYRVSALMVRV. Dans le champ, une clef.
AR. Denier : 1,52. (Fillon, Etudes, pag. 59, vignette.) XT-XX/X . >'*'*•
L'abbaye de Saint-Florent de Saumur, qui a fait frapper ce denier, doit son origine aux reliques de saint Florent , conservées de la fin du IV e siècle jusqu'au commencement du X e , au Montglonne (Saint -Florent -le -Vieil). Lors des invasions des Normands, on les emporta à Tournus, où les moines de Noirmoutier avaient déjà mis en sûreté celles de saint Filibert. Un novice, nommé Absalon , les en rapporta en 948, et les déposa dans une grotte, près de Saumur. En 950, Thibault-le-Tricheur, qui était, à ce qu'il parait, seigneur suzerain de Saumur, leur donna asile dans l'enceinte môme du château de cette ville , où une chapelle fut construite en leur honneur. Cet état de choses dura jusqu'en 1025 ou 1026, lorsque Foulques Nerra enleva Saumur à Eudes II, petit-fils de Thibault. Les religieux de Saint-Florent , chassés de leur refuge, en cherchèrent un autre et s'établirent sur les bords du Thouet, où leurs agrandissements successifs formèrent l'abbaye de Saint-Florent-les-Saumur, remplacée aujourd'hui par le bourg du même nom. Par l'historique qui précède, on voit que le denier qui nous occupe a été frappé de 950 à 1026. Sa fabrique et son poids sont d'accord pour le faire placer à cette époque.
Je ne sais ce qu'est devenue cette curieuse et précieuse monnaie, que j'ai été heureux de posséder autrefois. Acquise par M. Rollin , à la dernière vente que j'ai faite de ma collection, pour le compte de M. de Reichel, elle a été perdue lors de l'envoi qui en a été fait en Russie. Espérons qu'elle reparaîtra tôt ou tard, ou que la terre nous en rendra quelqu'autre exemplaire.
MAINE (Comté du).
Avant de faire partie du duché de France, le Maine avait eu des comtes particuliers. Selon quelques auteurs , ils remontaient à l'époque mérovingienne. Le plus ancien dont le nom soit venu jusqu'à nous est Roricon , qui mourut vers Tan 841 . Hugues-le- Grand, duc de France , établit, en 965. Hugues I er , fils de David , comte de Maine. Le comté resta héréditairement dans cette famille jusqu'au milieu du xii e siècle, lorsque Henri, duc de Normandie, le fit passer sous la domination anglaise. Confisqué sur Jean-sans-Terre par Philippe -Auguste, après le meurtre d'Arthur, le comté du Maine fut successivement accordé par ce roi, d'abord à Bérengère, veuve de Richard I er , ensuite par saint Louis, en 1234 , à Marguerite de Provence, qu'il venait d'épouser. Ces deux princesses n'eurent qu'une autorité restreinte sur cette province, si bien que le même roi saint Louis en disposa , en 1246, en faveur de Charles I", son frère, comte de Provence, dont les descendants en jouirent jusqu'en 1481. A cette époque , Louis XI , qui l'avait reçu en héritage , l'unit à la couronne. Donné en douaire en 1516, sa réunion définitive n'eut lieu qu'en 1531.
Dans le premier volume des Mémoires de V Institut des provinces, M. Hucher a publié un essai sur les monnaies du Maine. Depuis cette époque , aucune pièce de quelque importance n'a été retrouvée, aucun fait ne s'est produit , du moins quant à la période dont je m'occupe. C'est presque la seule province qui soit restée stationnaire. Il est vrai que c'est une de celles où le type a le moins varié. Comme partout , les comtes du Maine ont dû émettre des espèces au type royal. Aucune n'est parvenue jusqu'à nous , ou du moins il est difficile de les distinguer des monnaies purement royales. Il est cependant probable que les deniers où la légende est tout à fait altérée , notamment celui sur lequel on lit CHIOMAINS CAVIVIS, n'ont pas d'autre origine. M. Hucher avait bien avancé que quelques deniers à la légende royale pouvaient être postérieurs à Charles-le-Chauve, mais, à l'époque où il écrivait, les bases de la numismatique féodale n'étaient pas solidement établies. Je ne doute pas que si, maintenant , mon docte collègue et ami se livrait à une recherche attentive 9 il n'obtint de bons résultats. Au x e siècle, paraissent les beaux deniers au temple et aux quatre temples disposés en croix. L'extrême rareté de ces deniers, dont on ne connaît qu'un exemplaire, prouve clairement que leur émission fut peu durable.
Au commencement du xi e siècle, nous arrivons au type erbertois, c'est-à-dire à celui du monogramme du comte Erbert qui eut une durée si prolongée, presque sans variation , que ce n'est que lorsque la maison d'Anjou vint à posséder le Maine qu'elle adopta un type nouveau, celui de la couronne. Pourtant elle conserva le monogramme d'Erbert sur quelques-unes de ses monnaies, notamment sur celles qui ont
le titre de Provence on de Toulouse. Ces monnaies , comme je Pai déjà dit , ont été évidemment frappées dans le Maine.
Lesévéques du Mans ont-ils participé à la fabrication de la monnaie mansaise, ainsi que l'avance M. Hucher? Il faut chercher dans son ouvrage les preuves qu'il en donne. Quant aux conséquences qu'il veut tirer du type du temple et des quatre temples , pour démontrer la diffusion du culte de la croix ou du crucifix au X e siècle , je crois que peu de numismatistes voudront le suivre sur un pareil terrain.
Je dois répéter encore ici une observation déjà faite plusieurs fois , c'est que toutes les monnaies du Maine n'ont point été fabriquées dans cette province. Les ducs de Normandie s'en sont servi , et, très probablement, il en est sorti de leurs ateliers.
On ne connaît point d'obole mansaise , et je ne crois pas qu'on en trouve jamais. En voici la raison. Les deniers du Maine avaient une valeur double de celle des espèces des provinces voisines, qui vraisemblablement leur servaient d'obole. La fabrication de ces pièces était onéreuse, et toutes les fois que les seigneurs n'étaient pas tenus d'en émettre par quelque engagement formel , ils ne manquaient pas de s'abstenir. On ne saurait trop faire ressortir ce fait, c'est que dans l'exercice du droit monétaire ils recherchaient plus leur intérêt que leur gloire. Il y a cependant quelques exceptions, mais, alors, les motifs sont évidents : par exemple , quand ils annexaient, soit par conquête, soit par acquisition, quelque pays nouveau à celui qu'ils possédaient déjà , ils s'empressaient , en général , d'y faire frapper monnaie. Un double motif les guidait ; d'abord faire acte de possession , ensuite augmenter leurs bénéfices. En un mot , l'exercice du droit monétaire était un des meilleurs revenus du seigneur qui le possédait.