CHINON
Le début du monnayage de Chinon remonte à l'année 938, alors que cette ville était possédée par Thibaut I er . Il fut continué par Thibaut-le-Tricheur, comte de Blois et de Chartres, son fils et son héritier. Etabli comte héréditaire de Tours par Huguesle-Grand, en 941 , Thibaut-le-Tricheur continua le monnayage et mit sur ses espèces le nom de Chinon et de Tours. Ce droit a dû être exercé jusqu'en 978 , époque de la
mort de Thibaut, car nous possédons des monnaies où le type est très altéré. Ces pièces ont été fabriquées à Chinon , dont le nom est mis au datif, circonstance qui indique toujours l'atelier.
Un fait ressort de l'examen des monnaies de Chinon, mais il est difficile d'en donner la raison ; c'est qu'à partir du milieu du X e siècle , c'est-à-dire quand le nom des deux villes apparaît sur les monnaies , il y eut dans cette ville deux ateliers qui fonctionnèrent parallèlement. Les espèces qui en proviennent portent , les unes le mot Turon du côté de la tété , les autres la légende Ludovicus rex. Que l'on étudie attentivement ces deux catégories de pièces , et l'on verra que dans chacune on peut mettre en regard une pièce correspondante par le poids et la fabrique. Simultanément , aussi , le poids va en diminuant et le type en s'altérant.
L'importance du monnayage de Chinon n'a pas besoin d'être démontrée ; elle est très grande. Pendant longtemps , les espèces de cette ville ont été classées parmi les monnaies royales ; peu à peu la lumière s'est faite, et on a fini par leur donner leur véritable place. Ce qui contribue particulièrement à attribuer à ce monnayage un haut degré de curiosité , c'est que le type chinonais a donné naissance à un autre type qui a été extrêmement répandu. Il s'agit du type improprement appelé chartrain. Faut-il, avec Lelewel, voir son origine dans la tête qui figure sur le denier de Tours que j'ai donné sous le n° 1621 ? Dans ce cas, le type chinonais ne viendrait que secondairement, mais il ne perdrait guère de son importance; car ce n'est que par son moyen que l'on peut parvenir à établir la filiation et la dégénérescence successive qui a fini par former le type vulgairement appelé chartrain , et qu'il faut définitivement nommer type chinonais. La démonstration en a été établie d'une manière irrécusable, et le fait accepté par tous les numismatistes. Je n'entrerai point, quant à présent, dans les détails de la discussion , me réservant de le faire bientôt.