‹ Monnaies féodales de France (volume 2)Chapitre 244 sur 283 · NEVERS · texte numérisé non relu

NEVERS

Dans le partage fait par Louis-le-Débonnaire en associant ses trois enfants à l'empire . Nevers fut donné à Pépin , qui devint en môme temps roi d'Aquitaine. Le Nivernais fut plus tard détaché des biens de la couronne et administré par des comtes dont l'histoire n'est pas établie d'une manière précise. A la fin du ix e siècle, il passa en la possession des ducs de Bourgogne , qui , jusqu'à la fin du siècle suivant , le firent gouverner par des comtes sur lesquels ils gardèrent le droit de suzeraineté. Othe Guillaume, fils adoptif de Henri-le-Grand , duc de Bourgogne , eut Nevers vers 987 , et donna le comté en dot à sa fille en la mariant à Landry , seigneur de Metz-le-Comte et de Montceaux. C'est ce seigneur que M. de Soultrait , dans son Essai sur la numismatique nivernaise, regarde comme le chef de la première race des comtes héréditaires de Nevers. Il est inutile de suivre plus loin les phases de l'histoire de cette province ; la chronologie des seigneurs et la description de leurs monnaies les feront connaître d'une manière tout à fait certaine. Je dois pourtant dire un mot de l'avénemenf de la maison de Gonzague , qui posséda Nevers au xvn e siècle , et qui fit

frapper des monnaies portant le nom de Nevers; sans qu'on doive pour cela les joindre à la série de ce comté , attendu qu'elles ont été ouvrées dans les ateliers du duché de Réthel. C'est donc à tort que , dans ma Description, j'en avais compris quelques-unes parmi les monnaies nivernaises.

J'ai dit, dans mon précédent ouvrage, qu'il n'y avait pas en numismatique de type sur lequel on ait plus souvent et plus longuement disserté que sur celui des monnaies de Nevers , et particulièrement sur l'empreinte des deniers portant le nom de Louis. Mais depuis cinq ans , l'origine de nos monnaies féodales a été établie d'une manière certaine ; des pièces précieuses ont été découvertes , et , quant à la numismatique nivemaise , il ne peut plus rester de doutes sur la formation de ses divers types. Là , comme ailleurs, il faut encore remonter à la monnaie royale; c'est une loi fixe à laquelle il est nécessaire de toujours revenir.

On doit faire bonne justice de l'opinion de quelques amateurs qui persistent à attribuer les monnaies au nom de Louis à tel ou tel prince de la race royale. Le désir de combler de regrettables lacunes dans les médaillers ne doit pas l'emporter sur la vérité , et il y a lieu à laisser dans leur impénitence finale ceux qui s'obstineraient à suivre les voies de l'ancienne routine.

Voici , sur la formation du type nivernais, l'opinion combinée de MM. B. Fillon , de Soultrait , Ducbalais et de quelques autres numisma listes. On peut s'y arrêter avec toute confiance. De6 découvertes nouvelles pourront apporter quelques modifications dans les détails , mais ne changeront rien au principe sur lequel elle repose , et qui , dès à présent, est immuable.

D'abord , copie exacte de la monnaie royale carlovingienne et du monogramme de Charles. Ce type ne se fixe pas aussi longtemps à Nevers que dans d'autres pays. En effet, dès le commencement du x e siècle, il s'opère un changement radical. Un denier au nom de Raoul parait être l'empreinte génératrice qui pendant trois siècles et demi , sauf des dégénérescences bien naturelles dans une aussi longue période , formera le type de Nevers. Le mot REX , placé en triangle , paraît sur l'avers du denier de Raoul. Louis IV, son successeur, continua ce type que les comtes adoptèrent. Ces seigneurs immobilisèrent, évidemment par des raisons commerciales , le nom de Louis jusqu'au moment où Guillaume IV mit son nom sur les monnaies. Antérieurement à cette substitution , le type était déjà bien dégénéré ; le mot REX était devenu cette espèce de faucille qui a figuré sur les espèces nivernaises jusqu'à la fin du xm e siècle.

Voici comment on peut expliquer cette transformation : elle est due à l'inintelligence des graveurs. Dans le mot REX, l'R devient le croissant d'une faucille, l'E un I ou jambage devant lequel se trouvent trois points; l'X est changé en une croisette. De là à un type pour ainsi dire nouveau il n'y avait pas loin ; en joignant l'I ou le manche au croissant, la faucille était complète. Cet instrument persista pendant quelque temps

avec quelques changements peu remarquables; la croisette fut seulement remplacée par un lis, un astérisque ou un dauphin. La faucille fut supprimée par Mahaut. Jean Tristan et Robert adoptèrent aussi une nouvelle empreinte. A la fin du règne de ce dernier prince , elle fut à son tour immobilisée et subsista jusqu'à la fin du monnayage comtal. Les princes de la maison de Flandre mirent sur leurs monnaies Pécusson à leurs armes. C'est aussi sous Robert que Ton commença à voir paraître la croix à pointes, qui, sauf de légères exceptions , fut employée jusqu'à la fin du monnayage des comtes et devint un type fort répandu.

M. de Soultrait, dans l'ouvrage que j'ai cité au commencement de cet article, a réuni tous les documents concernant le monnayage nivernais et décrit toutes les variétés qui étaient venues à sa connaissance. J'en ajoute quelques-unes; mais elles ne changent rien à ses conclusions. La classification de M. de Soultrait , étudiée avec soin , mérite d'être acceptée. Je la suivrai presque de point en point.

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