‹ Monnaies féodales de France (volume 2)Chapitre 263 sur 283 · LE PUY · texte numérisé non relu

LE PUY

Etabli d'abord, vers le commencement du m e siècle, à Rumio, aujourd'hui Saint- Paulien , où les géographes s'accordent à trouver la position de la Civilas Vellavorum de la notice des Gaules et de la carte de Peutinger, le siège épiscopal du Velay fut transféré, au commencement du V e siècle, sur le mont Anis (Podium aniciense), lieu plus favorable pour la défense que Ruessio, situé dans une profonde vallée. La nouvelle cité qui porta , quelque temps, le nom (TAnicium , devint plus tard la ville du Puy.

On trouve dans les chartes de fréquentes mentions de la monnaie du Puy, et cependant celte monnaie nous a été longtemps inconnue. Ce fait, dont on a néanmoins d'autres exemples , est assez difficile à expliquer. Nous en possédions, il est vrai , qui avaient été confondues avec celles des évoques de Gap. Ces pièces à légendes rognées , barbares ou incomplètes , ne suffisaient pas pour combler la lacune. Le hasard est venu à notre secotirs. Des monnaies portant le nom de la ville , d'autres , anonymes , dont la restitution au Puy ne peut pas être combattue, forment maintenant un ensemble satisfaisant; et, si la numismatique de cet évéché continue à s'enrichir dans la même proportion , elle ne tardera pas à être complète. Pour éclairer la question et afin de pouvoir classer convenablement les pièces que nous connaissons, il est nécessaire d'entrer dans quelques détails et de mentionner certains documents monétaires.

Adalard, vingt-huitième évêque du Puy, qui commença à siéger vers 919 jusqu'à 925 environ, reçut du roi Raoul, avec le consentement de Guillaume II, duc d'Aquitaine, son vassal, le bourg contigu à l'église du Puy et le droit de battre monnaie, droit qui appartenait d'abord au domaine du comte et qui était en son pouvoir. En citant cette charte de concession , qui est en date du 8 avril 924 , les savants auteurs de VHisloire du Languedoc , D. D. Vaysette et de Vie , ont fait une excursion dans le domaine de la numismatique, et tiré des termes de ce document la conséquence toute naturelle que les comtes avaient précédemment exercé le droit monétaire. La donation faite à Adalard fut confirmée par le roi Lothaire, le 8 mars 955.

J'ai déjà eu l'occasion de constater que dans les lieux où l'autorité laïque et l'autorité ecclésiastique avaient des points de contact, sans que leurs droits fussent suffisamment délimités , il en résultait des litiges sans cesse renaissants : au Puy, il en

fut ainsi. Il nous reste quelques chartes qui font connaître les différends qui existèrent entre les seigneurs et les évéques.

En 1077, les vicomtes de Polignac se désistèrent en faveur d'Adhémar, évoque du Puy, de tous les droits qu'ils avaient usurpés pendant le voyage de Pévéque à la Terre- Sainte, moyennant 25,000 sols, monnaie du pays. Cet arrangement, qui se trouve dans Y Histoire du Languedoc (pag. 274 , et Preuves, pag. 8) , doit avoir une date erronée , car Adhémar de Monteil n'occupa ce siège épiscopal qu'en 1087. Le roi Louis confirma, en 1134, le droit de battre monnaie à Humbert, évéque du Puy. En 1171 , Pons, vicomte de Polignac, et son fils Héracle remirent à l'évoque Pierre III le droit qu'ils prétendaient sur la monnaie de la ville. Deux ans après, en 1173, le même évoque fut condamné à remettre à Pons la moitié de la monnaie qu'il avait retenue par le traité précédent ; mais Pons V, vicomte de Polignac , partant pour la croisade en 1248, vendit au chapitre ces droits pour subvenir aux frais de son voyage, moyennant 20,000 sols viennois; droits qui consistaient en cinq deniers par livre sur les espèces qui se fabriquaient de nouveau. Nous trouvons en outre, en 1112, une mention de 10,000 sols du Puy, moyennant lesquels divers seigneurs se reconnurent vassaux de révoque Pons.

Je pourrais ajouter encore quelques autres citations , mais celles que je viens de faire suffisent pour établir que le numéraire du Puy a eu une large circulation. Selon Duby, les évéques conservèrent le droit de monnayage jusqu'au xiv e siècle; car on trouve dans le premier mémorial de la chambre des comptes que Pévéque du Puy fut un des prélats auxquels Philippe IV écrivit pour la réformation de la monnaie. Ce devait être Jean de Commynes, qui siégea de 1296 au 25 juin 1308.

Le type de la monnaie du Puy n'a jamais varié. C'est toujours la croix à quatre et à six branches, d'abord aux extrémités carrées, puis plus tard arrondies. Elle devint ensuite la rosace à plusieurs folioles , que nous retrouvons à Gap et à Saint-Paul-Trois- Châteaux. Quelques-unes de ces monnaies sont anonymes , et il faut les chercher parmi celles que Duby attribue aux princes d'Orange , et que , depuis , on a rendues aux évoques de Gap. J'ai dit dans ma Description , et je persiste à croire qu'une étude sérieuse et un examen approfondi finiraient par fournir les moyens de constater des différences; car, quoique le type de ces espèces soit identique, il n'est pas possible qu'il n'y ait pas quelques variantes dans la fabrique. C'est donc aux numismatistes de la Haute-Auvergne que j'abandonne le soin d'étudier les dépôts monétaires qui pourront être découverts dans leur pays, et de déterminer les pièces qui appartiennent soit au Puy, soit à Gap. Je les renvoie pour cela aux Etudes numismatiques de mon ami B. Fillon , pag. 81 et 164.

On a , depuis longtemps , reconnu que le type de ces monnaies n'était autre chose (lue la dégénérescence du chrisme. La découverte des deniers anciens est venue démontrer la vérité de cette proposition.

Les anciens comtes du Velay ont-ils fait fabriquer des monnaies, ainsi que la charte de 924 précitée semble l'établir? Nous l'ignorons , et aucune pièce en leur nom n'est venue jusqu'à nous. Je reviendrai bientôt sur ce sujet.

Aucun évoque du Puy n'a signé , du moins nous sommes autorisés à le croire , les pièces que nous avons. Il peut donc sembler inutile de donner la liste de ces évoques. Cependant , comme nous ne savons pas ce que l'avenir ûous réserve, el qu'il n'est pas impossible que parmi les monnaies anonymes au type de la rosace on ne finisse par déchiffrer le nom ou tout au moins l'initiale de quelques-uns de ces prélats, je vais en donner la suite, en la réduisant aux évoques qui ont pu exercer les droits monétaires.

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