Mêmes types. Un temple dégénéré
AR. Denier.
Cab. de France. — PI. VI , n° 21 .
Que dire de ces laides monnaies , sinon que la grande variété de leurs types prouve de nombreuses émissions et que leur fabrique fait peu d'honneur aux puissants ducs de Normandie ? On aurait lieu de s'étonner de ce que de si grands princes aient apporté si peu de soin à leur monnayage , si Ton ne savait quel intérêt ils avaient à altérer les espèces fabriquées dans leurs ateliers. Le bénéfice ipi'ils en retiraient passait avant toute autre considération.
C'est au xi e siècle que Ton place la fabrication de ces deniers. La composition du trésor de Châteauneuf, qui, ainsi que je l'ai déjà dit, en contenait un grand nombre, démontre qu'ils appartiennent à ôette époque.
J'ai aussi expliqué comment et pourquoi , de la seconde moitié du XI e siècle à la fin du xn e , les espèces normandes avaient été remplacées par des monnaies étrangères au pays. Pendant cette période, il ne paraît pas que les ducs aient monnayé en leur nom ; du moins il n'en est parvenu aucun spécimen jusqu'à nous. Les successeurs de Guillaumele-Conquérant ne furent donc pas moins avides que lui , et pas un d'eux ne voulut signaler son passage au pouvoir par ce genre de preuves matérielles. A cette époque apparemment on se préoccupait peu de ce que dirait la postérité. Cela est pourtant assez extraordinaire de la part de Richard-Cœur-de-Lion , qui , en Poitou et en Aquitaine , a tant multiplié ses espèces.
LE TALOU.
Le Talou était un pagus de l'ancienne Normandie, situé entre le Vimeu, la mer, le pays de Caux, le pagus Rolomagensis et la vallée de Brai. Il prit son nom de la rivière de Telles, aujourd'hui la Béthune ou rivière de Neufchâtel. Lorsque, vers 1040, Guillaume, comte de Talou, fonda le château d'Arqués, ce pagus perdit son nom, pour prendre celui de comté d'Arqués.
La première mention du Talou, sous la dénomination de pagus tellau, remonte à l'année 660. 11 conserva cette appellation latine, presque sans variation, jusqu'au-delà du milieu du IX e siècle ; on ne le trouve, en effet, mentionné qu'une seule fois sous le nom de pagus talanus, dans une charte de Charles-le-Chauve. Plus tard, on l'appela Talou. (Rev. desprov. de l'Ouest, Nantes, Guéraud, 1857, pag. 658.)
On ne possède jusqu'à présent qu'un seul denier attribué au Talou. Cette pièce, restée unique , est passée de la collection Rousseau au Cabinet de France ; en voici la description :
1 78. * CPATIA b REX. Monogramme de Charles. ^ . * TALAV MONETA. Croix. AR. Denier: 1,71.
Cab. de France.
Dans le catalogue de la collection Rousseau (pag. 161 , n° 366), M. de Longpérier a proposé d'attribuer cette monnaie à Talau-du-Conflent , très petite localité du Roussillon. Il se fonde uniquement sur la similitude du nom et sur la difficulté de prouver qu'au ix e siècle le Talou s'appelât Tellau.
M. Achille Colson , dans ses Recherches sur les monnaies du Roussillon (pag. 20) , adopte cette attribution , sans ajouter d'autres preuves à l'appui. Il fait seulement observer que l'altération du monogramme de la légende de l'avers et la forme insolite du revers semblent indiquer une fabrication postérieure au règne de Charles-le- Chauve , de sorte que , selon lui , cette monnaie pourrait appartenir aux comtes de Cerdagne.
Je suis d'avis qu'il faut restituer ce denier au Talou , où les ducs de Normandie l'auront fait frapper. Tout semble, en effet, le démontrer. L'objection de M. de Longpérier sur l'ancien nom latin du Talou est facile à détruire , puisqu'il est certain qu'il a porté celui de Tellau justement à l'époque présumée de l'émission de cette monnaie. On n'a qu'à consulter, à ce sujet, les savants travaux de M. Auguste Leprévost. Ce qui me paraît plus convaincant encore , c'est le style de ce denier, qui est identique à celui des deniers que l'on ne peut pas refuser aux ducs de Normandie ; la légende de l'avers est aussi altérée de la même manière. Que l'on jette les yeux sur la planche III . et l'on verra qu'il n'y a plus de doute possible.
ÉVREUX (Comté dp).
Richard I er , duc de Normandie, créa le comté d'Evreux, en 989, en faveur de Robert, son fils naturel. En 1200, Amauri III le céda à Philippe-Auguste, qui en avait déjà conquis une partie. La couronne le posséda jusqu'en 1307. Alors Philippele-Bel le donna en apanage à son frère Louis. En 1397, Charles-le-Noble , roi de Navarre , en fit la cession à Charles V, et il se trouva de nouveau réuni à la couronne. Il est inutile , pour l'étude de la numismatique , de pousser plus loin la filiation des* comtes d'Evreux. Je dirai seulement que ce comté passa , en 1569 , à François , duc d'Alençon , et , au milieu du xvn e siècle , à la maison de Bouillon.
Philippe de Longueville et Charles-le-Mauvais sont les seuls , parmi les comtes d'Evreux, qui paraissent avoir exercé le droit monétaire. Le dernier le fit si audacieusemenl , qu'il copia presque toutes les monnaies royales. M. Lecointre-Dupont , dans
ses Lettres sur l'histoire monétaire de la Normandie, s'est occupé des monnaies des comtes d'Evreux et a donné d'utiles renseignements à ce sujet.