DAUPHINÉ
Le Dauphiné n'ayant pas eu de seigneurs particuliers, la numismatique de celle province se compose de fractions, qui, réunies, forment un tout fort intéressant. Pour le nombre et l'importance des monuments, on peut la comparer à celle du Languedoc, et , quoique les questions que soulèvent les monnaies de ces deux contrées n'aient presque pas de rapports entre elles , on ne sait trop, au point de vue scientifique, auquel des deux pays on doit donner la préférence.
Ici encore on se trouve en présence de peu de travaux numismatiques. M. Henri Morin a publié , il est vrai , des éludes fort remarquables et approfondies sur une portion des monnaies du Dauphiné. Son travail ne comprend que celles des évêques de Vienne , de Grenoble , et celles des comtes et dauphins de Viennois. Il faut y ajouter Saint-Paul-Trois-Châteaux, Gap, Die, Embrun, Montélimart et Valence. Pour ces derniers pays, outre les pièces gravées dans Duby, quelques autres d'un haut intérêt ont été publiées, particulièrement dans la Revue numismatique. Mes recherches ont obtenu un résultat si heureux, que, dussé-je fatiguer mes lecteurs de redites, je ne puis pas m'empécher de répéter ce que je disais en parlant des monnaies du Languedoc ; c'est que je crée en quelque sorte la numismatique dauphinoise. Non-seulement je fais connaître un nombre fort notable de pièces échappées aux investigations de M. Morin; mais je publie, pour les parties que ce numismatisle n'a pas comprises dans son travail , un tel Dombre de monuments nouveaux , que l'on ne trouvera pas exorbitante ma prétention de présenter une création tout entière. Que l'on me pardonne ce mouvement d'orgueilleuse vanité. Il m'est suggéré par le souvenir des restrictions fâcheuses apportées aux communications que l'on a bien voulu me faire. J'ai l'espoir que, par la persévérance de mes recherches, j'ai fait disparaître la plupart des lacunes que j'ai craint un instant de ne pouvoir combler.
III i
SAINT-PAtL-TROIS-CHATEAUX.
Fondé dans la capitale des Tricastrini, l'éveché de Saint-Paul-Trois-Châteaux est l'un des plus anciens de la France, puisque sa création remonte, dit-on, à l'année IG9. Saint Restitut fut son premier évéque. La ville, appelée d'abord Augtuta Trirttsirinorum , no prit le nom de Saint-Paul que dans le courant du IVe siècle. Ce siège ayant été supprimé en 1790, la ville de Sainl-Paul-Trois-Châleaux a perdu toute son importance. Ce n'est plus qu'une bourgade, située dans un pays perdu, et n'offrant aux archéologues que les restes assez curieux de l'église épiscopale.
La série des monnaies des évoques de Saint-Paul-Trois-Châleaux , d'abord fort restreinte , puisque Fauris de Saint-Vincent et Duby n'en ont connu que trois variétés, et que , depuis, une seule autre variété a été publiée, s'est, grâce à mes recherches, singulièrement enrichie. Tout n'est pas encore dit en numismatique féodale. Cependant il y a des suites que l'on n'a guère l'espérance de voir beaucoup s'étendre. Je soupçonne qu'il n'en est pas de même pour celle dont je m'occupe en ce moment. J'ai même la conviction que l'avenir nous réserve de précieuses découvertes. C'est un besoin ; car, dans l'état actuel et malgré l'abondance relative des pièces nouvelles que je produis , il y a encore des points que je serai forcé de laisser incertains. Avec quelques pièces de plus, la classification deviendra sans nul doute plus facile.
Sur leurs monnaies , les évéque* de Sainl-Paul-Trois-Châleaux n'ont adopté aucun type particulier. Ils se sont contentés de copier ceux de leurs voisins. Ils les ont singulièrement variés , puisque chaque évéque a pris le sien.
Ce qui augmente fortement les difficultés de classification et d'attribution que jo signalais tout a l'heure , c'est que , outre le défaut de conservation de quelques pièces que j'ai pu examiner, on en trouve sur lesquelles figurent des armoiries , et que le blason (quand la lecture de la monnaie est certaine) ne se trouve pas d'accord avec celui donné par le P. Boycr de Sainte-Marthe dans son Histoire des èréques de Saitti- Paul-Trois-Châleatu •; et pourtant il n'est pas vraisemblable que cet historien ait inventé les blasons de ces prélats, comme cela est arrivé à tant d'autres historiographes. Je reviendrai sur ce sujet, en décrivant les monnaies.
L'époque où ces évêques reçurent le droit do battre monnaie n'est pas connue. Il dut leur être concédé par les empereurs, sur les terres desquels leur ville était située. On sait que l'empereur Frédéric le leur confirma en 1154. Aucune des monnaies primitives ne nous est parvenue. Celles que nous avons, d'abord muettes, ne sont signées qu'a partir du milieu du xiv siècle.
Le Gallia christiana (lom. I, 7ns/., col. 2, pag. 123) nous fait connaître un litre duquel il résulte que le dauphin (Charles VI) dut faire battre et fabriquer, dans la ville de Saint-Paul-Trois-Châtcaux , de la monnaie d'or et d'argent à ses propres
armes , sous la condition d'y faire figurer une crosse. Les revenus de colle monnaie devaient èïre communs «mire le dauphin et l'évoque. Je crois qu'aucun spécimen de ces espèces particulières n'a été trouvé jusqu'à présent.