LOUIS VI, ETC., DE CHINI
6107. * LVbOVICVS COM... Croix fouillée, i}. * MON... OIGV ÎJIVOIX. Dans le champ, GOMITIS en deux lignes, sous trois globules en croix , ayanl un point au milieu.
BILL. Denier. ( Revue num. belge, 2« série, lom. 3, pl. 3, n# 4.) Pl. CXLI,n«21.
0108. LVbOVICVS CO Ù LOS E¥ CY. Croix très ornée. f$. * MON El* A NO- VA DE YVES. Aigle éployée, regardant à droite ; une boule sous la serre gauche. BILL. (Revue num. belge, tom. 5, pag. 68, n* 76.)
Il n'y a pas de difficultés pour l'attribution des n°* 6098, 6107 et 6108. C'est bien aux comtes de Chiny qu'ils appartiennent, et l'atelier où ces monnaies ont été frappées ne peut être qu'Ivoy. Quant aux autres, c'est-à-dire aux pièces qui portent le nom de Gaucher, le lieu de l'atelier est contesté. Dom Calmet et Duby cherchent en rain la signification du mot Yve. MM. de Saulcy, POster et autres numismatistes proposent diverses solutions. Dans ma Description, j'avouais mon ignorance ; mais, peu de temps après , d'accord avec MM. Cartier et Bretagne , je me ralliais à l'opinion de ceux qui veulent y voir le nom d'Ivoy. M. de Longpérier (Revue, 1859, pag. 457) est aussi de cet avis. Un seul contradicteur sérieux s'est produit, c'est M. Renier-Chaloo , qui, dans la Revue num. belge (2" série, tom. 6, pag. 283), a inséré une dissertation tendant à prouver que VYve des monnaies de Gaucher de Châtillon ne peut être autre chose qu'Yves, petit village situé près de Florennes, et qui, par conséquent, réclame toutes ces monnaies pour son pays. Voici son argumentation: < Thibaut, premier mari d'Isabelle qui, en 1314, devint la femme de Gaucher de Châtillon, n'étant encore que seigneur de Florennes , du chef de sa femme , avait obtenu de l'empereur Albert d'Autriche le privilège de battre monnaie à Florenne* et à Yves, privilège confirmé, en 1300, par Hugues de Chalon , évôque de Liège , et contesté , en 1307, par Thibaut de Bar, son successeur. Gaucher de Châtillon prétendait succéder à tous les droits du premier mari de sa femme. On comprend donc qu'il n'a pas pu négliger de faire valoir la concession impériale de 1298. Ses esterlins sont des monnaies belges, des monnaies d'Yves qui faisait partie des domaines d'Isabelle de Rumigny, d'Yves que nous avions à notre porte et que nous allions chercher au loin. ■
Pour corroborer l'opinion de M. Chalon, on peut ajouter qu'il parait difficile d'établir que Gaucher de Châtillon ail monnayé à Ivoy, qui ne lui appartenait pas. Atln d'y parvenir, il faut supposer, avec M. de Longpérier, que le duc de Lorraine, satisfait des bénéfices que lui procurait la monnaie de Neufchâleau , ouvrée par le connétable, # l'aurait autorisé, dans l'atelier d'Ivoy, à imiter les deniers du roi de France et du comte de Blois , ou bien que Gaucher de Châtillon , s'élanl déjà arrogé le droit
<!<• battre monnaie à Neufchâleau, prétendait appliquer à sa femme les termes de l'acte de 1298, relatif- aux héritiers de Fcrri III. »
De tout ceci il semblerait ré>ullcr que l'opinion de M. Chalon est Lien appuyée , et qu'il faul l'adopter définitivement. Tel n'est pas mon avis, car on peut lui opposer de grave* objections. Que faire d'abord de la légende du n* 610"»? M. de Longpérier y lit Yveivas . avec le signe du doute. Sur l'exemplaire mieux conservé de M. Jarry, j'ai cru voir Yreito. Or, ce mot ne peut pas être traduit par Yves, dont le nom latin devait êlre Yvœ. D'un autre côté , nous trouvons sur le n* 6108 Motteia nova de Yves, et la pièce qui porte cette légende appartient à Louis VII , comte de Cliiny, qui a incontestablement monnayé à Ivoy (Y. le n» 6107). Ainsi, malgré tout, et sans esprit étroit de patriotisme, je crois qu'il est plus naturel d'opiner pour Ivoy; a moins toutefois qu'il ne soit possible d'admettre que Gaucher de Chfttillon ait frappé en même temps des monnaies â Yves et à Ivoy, et que Louis de Cbiny ait aussi monnayé dans 'les deux ateliers.
A ceux qui pourraient être tentés d'attribuer les monnaies au nom de Gaucher à Gaucher de Cliâlillon , mari de Sophie, veuve de Louis de Cliiny, je répondrai qu'au commencement du xnie siècle , on ne frappait pas encore d'esterlins.
Quant à la légende du n" 6106, je ne sais quelle interprétation lut donner. Peutelle être lue ainsi : Monda nova releUnsis? Pour cela , il faudrait établir que Gaucher de Châtillon a possédé Rélhel , et qu'il y a quelques circonstances qui lui ont permis d'y battre momentanément des monnaies. J'aurais voulu donner le dessin de cet eslei lin ; mais l'empreinte que j'en avais prise s'est trouvée insuffisante , cl quand j'ai demandé à revoir la pièce en nature, on n'a pas pu la retrouver.
Nous connaissons par une charte l'existence de Rélhel dès le vt< siècle , mais alors ce n'était qu'un village. On ne pense pas que son importance fût grande , lorsque Adalbéron, archevêque de Reims, en fil don, avec d'autres domaines, à l'abbaye de Saint- Rémy de la môme ville, ce qui eut lieu en 970. Les religieux de ce moDaslère ayant institué des avoués pour régir et proléger leurs biens, ceux-ci, comme nous le voyons presque partout ailleurs, ne lardèrent pas â se rendre indépendants et prirent le titre de comtes de Rélhel. Celle transformation dut s'opérer bien peu de temps après leur institution première , puisque, dès 974, nous trouvons , dans un titre, Manassèsse qualifiant de comte. Le comté resta dans la descendance de ce seigneur jusque vers la fin du xiiic siècle. Hugues IV de Rélhel, mort en 1290, laissa pour héritière Jeanne, sa fille, qui, dès 1277, avait été fiancée à Louis, fils aîné dse Robert III, comte de Flandre , qu'elle épousa seulement treize ans après, la même année de la mort de son père. Louis, ayant fini ses jours deux mois avant son père, ne jouit pas du comté de
KÉTHKL.
Flandre et de Nevcrs, el n'y joignit celui de Rélhel que qualrc ans après, lors de la inori de sa mère. Rélhel passa dans la maison de Bourgogne en 1384, à ta mort de Louis de Masle , qui ne laissait qu'une fille , Marguerite, femme de Philippc-le-Hardi, duc de Bourgogne. La maison d'Albrel le posséda un moment, à la fin du xve siècle. Au commencement du xvi», il vint par alliance dans la famille de Clèvcs. Enfin il arriva dans la maison de Gonzague en 15G4, par le mariage de Henriette de Clèvcs. duchesse de Nevers el comtesse de Rélhel, avec Louis de Gonzague, fils de Frédéric II, duc de Mantoue. Le 1 1 juillet 1G59, Charles III de Gonzague vendit tous ses domaines de France au cardinal Mazarin.
Les premières monnaies de Rélhel que nous connaissons appartiennent à Louis I" de Flandre, el par conséquent au commencement du xivc siècle. M. Victor Gaillard, numismatisle distingué, Irop tôt enlevé à la science, qui a consacré un excellent article à la numismatique du comté de Rélhel (Revue belge, 2* série, tom. 1", pag. 113), prétend que ce fut par une ordonnance de Louis-lc-Hulin donnée, à Lagny, en 1315, que Louis de Rélhel obtint le droit de faire battre monnaie. C'est tout à la fois une erreur et une fausse appréciation de celte ordonnance. On sait parfaitement en effet que c'est un règlement « des monnaies des barons et prélats du royaume de France, qui se disent avoir droit de faire batlre monnaie : » que conséquemment ce règlement consacre des droits anciens et n'en établit pas de nouveaux. Nous avons ensuite des espèces de Louis de Masle. Puis , pour retrouver des monnaies de Rélhel , il faut descendre jusqu'au xvir siècle el a Charles II de Gonzague. Nous en avons aussi de son fils.
Les seigneurs de Rélhel ne paraissent avoir eu que trois ateliers monétaires : Rélhel, lieu ancien, comme je l'ai déjà dit: Arches, qui vint en leur possession en 129:t, par l'achat qu'en firent Louis Ier et sa femme Jeanne; et Charleville, qui fut fondé par Charles II de Mantoue, en 1009.
Dans sa notice numismatique sur Rélhel, M. Gaillard ne fait connaître que seize pièces, qu'il lire en grande partie de l'ouvrage de Duby. J'en publie six fois davantage , cl pourtant il n'est pas probable que j'aie épuisé la matière.