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BEAUVAIS

M. le docteur Voillemier, de Scnlis, a publié, en 1858, une brochure étendue et savante sur les monnaies de Beauvais. Dans la Revue num. fr. de la même année, pag. 471, M. de Barthélémy a rendu compte de ce travail, en présentant quelques

objections qui ne sonl pas sans valeur. En combinant les opinions de ces deux numismatistes , ei en prenant à chacun ce qui me semble le plus acceptable , j'essaierai de faire jaillir la vérité.

M. Voillemier cherche à prouver que dans le monnayage de Beauvais il n'y eut aucune immixtion de la part des rois et des comtes, et que dos son origine il appartint aux évéques. H. de Barthélémy, s'étayant de la charte qu'il a publiée dans la Berv num. en 1851, et que j'ai mentionnée à l'article des évoques de Châlons-sur-Marne , pense que les évéques de Beauvais, dont le diocèse faisait partie de la même province ecclésiastique que Chàions , peuvent avoir obtenu te droit de faire halire monnaie fi celte époque, et qu'il ne faut leur donner que les pièces avec la légende Gralia Dti rw; toutes les autres avec Caroltu rex Fran, Rex Fr, Rex, seraient des monnaies royales.

Ces deux opinions, si différentes Tune de l'autre, me semblent également trop radicales. A chacune d'elles on pourrait faire des objections tellement graves, qu'elles resteraient sans solution. Je ne trouve qu'un moyen de tout concilier, c'est d'établir qu'il y a eu deux monnayages parallèles. Que l'on jette les yeux sur les planches dos monnaies de Beauvais; que l'on examine avec soin la dégradation des types, et l'on verra que la solution que je propose doit être impérieusement acceptée. M. Voillemier en avait bien pressenti quelque chose. Avec la sagacité qui le distingue, il a fait remarquer la décomposition du monogramme royal ; mais il n'a pas assez tenu compte do celte observation. Be son côté, M. de Barthélémy, en ûxant une date certaine pour le commencement du monnayage épiscopal , s'engageait dans une impasse , en laissant de côté tout une série qui, évidemment, ne peut pas être antérieure a l'époque qu'il assigne pour l'origine du monnayage épiscopal.

Je dis donc qu'il y a lieu d'établir qu'à Beauvais il y eut deux ateliers frappant simultanément ou deux monnayages parallèles : l'un, composé des monnaies royales et comtales; l'autre, des monnaies épiscopales. Aux rois je donnerai seulement les deux deniers avec Caroltu rex Fr et Carolus rex. Sur ces pièces, le monogramme caroliu est complet. Aux comtes appartiennent les Carolus rex Fran; car sur ces deniers le monogramme est déjà dégénéré. La lettre K est incomplète.

En accordant des monnaies aux comtes de Béarnais , je suis en dissentiment formel avec M. Voillemier, qui cherche à établir que l'influence de ces comtes fut, dès le premier moment, effacée devant celle des évéques. Pourtant il nous fournil quelques renseignements qui prouvent que la puissance de ces comtes dut être assez grande.

C'est en 922 que le comté de Beauvais est devenu héréditaire , en la personne de Thibaul-lc-Tricheur, comte de Blois, de Chartres, do Tours , et propriétaire d'une partie de la Champagne, de la Bric, du Berry et du comté de Sancerrc. Eudes I", son fils, loi succéda dans tous ses domaines (978 à 993) et les transmit à Thibaut II, qui mourut sans postérité en 1004. Eudes II , dit le Champenois , son frère , cul la seigneurie de Beauvais et en jouit jusqu'en 1013. A cette époque, il l'échangea avec son

frère Roger, évêqae de Beauvais , qui , par ce moyen , réunit sur sa léle le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel.

En faisant cet exposé, je n'ai pour but que de faire voir que les comtes de Beauvais n'étaient pas des seigneurs obscurs et sans puissance. En l'absence de monnaies signées, je n'essaierai pas de leur donner nommément celles que je prétends avoir été émises par eux. Il sera seulement facile de les classer par époque, les dates que je riens de donner étant d'accord avec le style de ces monnaies. Dans tous les cas, ce monnayage dut cesser au commencement du xt« siècle.

Quant à la série des monnaies épiscopales , il faut la faire débuter par l'obole au monogramme carolin bien formé avec la légende Gralia Dei rer. Puis vient le denier avec la même légende et le monogramme déjà altéré ; enfin les deniers au monogramme de Raoul, qui, de l'avis de tous les nu misma listes, n'appartiennent pas à ce roi, mais bien aux évôques.

Ce qui vient à l'appui de ma classification , c'est que le monogramme , tel que nous le voyons sur les espèces que je veux absolument donner aux prélats, a été utilisé par ceux qui , sous la race capétienne , ont signé leurs monnaies. On s'en servit jusqu'à la lin du monnayage.

Nous avons, aux noms réunis de l'évéque Hervé et de Hugues-Capet, des monnaies qui ne peuvent appartenir qu'au prélat. Plusieurs variétés de coin nous étant connues, il faut en inférer que cette légende fut assez longtemps employée , et , comme il faut descendre jusqu'à Pépiscopat de Henri de France, c'est-à-dire jusqu'au milieu du \ns siècle , pour retrouver des monnaies , on peut eo tirer la conséquence que celles au double nom du roi cl de l'évéque circulèrent assez longtemps. Je suis cependant loin de prétendre que leur émission dura pendant plus d'un siècle et demi , et il faut espérer que dans l'avenir cette lacune sera comblée , du moins en partie.

Toutes les monnaies des évéques de Dcauvais sont très rares. Une découverte, qui en comprenait une quarantaine, a été faite en 1857, et M. Ponlhieux en a rendu compte dans les Mémoires de la société académique de VOise. Elle ne comprenait que deux deniers de Hervé, trois de Henri et les autres de Barthélémy. Elle n'a donc procuré rien de nouveau, sauf quelques variétés de coin. Celte rareté s'explique par la pureté du métal , qui donnait intérêt à refondre ces espèces. Elles sont en général d'une fabrique défectueuse, presque toujours rognées et à légendes incomplètes. Je n'ai trouvé qu'un seul denier dont la lecture ne laissait rien à désirer.

ÉVÉQUES DE BEAUVAIS.

Hbkmenfridus , 816—860.

Eudes 1", 860-881.

Hokohé , vers 884 vers 905.

Herluin , vers 007—921 .

Bovon , 923.

HlLDEGAIRE OU HiLDRICl'S, 933 vers 972.

Walkran.

Hervé , vers 985—998.

Hugues , 998.

Roger Ier de Blois, 998—1022.

Garin, 1022—1030.

Drogok, vers 1034—1058.

Eudes II, 1133-1144.

Eudes III, 1144—1148.

Roger II, 1095-1096.

Anselme II ou Anseau, 1096—1099.

Gboffroi I", 1104—1113.

Pierre I" de Danmartis, 1114—1133.

Gltlbert ou Goisbert, vers 1060—1063. Hbnri de France, 1 149— 1 162.

Foulques de Danmartin, 1089—1095. Philippe I« de Dreux, 1115—1217.

6445. * CAROLVS REX FR. Monogramme carolin. ft. * BELEEVACVS CI.

Croix.

AR. Denier : 1,50. (Voillemier, pl. 3, n° 8.) Cab. de France. — Pl. CL, n» 7.

6446. * CAROLVS REX. Même lype. r\ * BELGEVA CIVITAS.

AR. Denier. (MA., a* 10.) Pl. CL, n° 8.

Ces deux pièces, selon moi, sont les seules qui émanent de l'autorité royale. Leur émission est, selon toutes les probabilités, antérieure à Tannée 865, et c'est à Charles-lc-Chauve qu'il faut les attribuer.

6447. Variété avec BELEEVACVS CIVI. Monogramme moins complet. AR. Denier : 1,55. (Ibid., n« 4.)

Coll. Voillemier. — Pl. CL, n° 9.

6448. Variété : * PELLEVACVS CIVI. Même type. AR. Denier : 1,90. (ïbid., n" 6.)

Cab. de France. — Pl. CL, n° 10.

6449. * CAROLVS REX FRAN. Même type. fe). * BELGE VACVS CIVI.

AR. Denier. ( lbid., n" 9.) Pl. CL, n»H.

6450. * CAROLVS REX FRAN. Petite croix. * BELLEVACVS CIVI. Monogramme carolin dégénéré.

AR. Denier : 1,04. (Voillemier, pl. 3, n° 3.) Coll. Voillemier. — Pl. CL , o° 12.

Les comtes de Beauvais ont , d'après mon système, seuls droit à revendiquer ces quatre deniers.

Gui, 1003—1085.

Ursion , 1085—1089.

Barthélémy de Montcornet, 1162—

6451. * GRAYIA D-I RE*. Monogramme de Charles par un K. 3. * BAL... ACVS CIV. Croix.

AR. Obole : 0,70. (Voillemier, pl. 3, n4 5.) Pl. CL, n» 13.

6452. * CRAT1A D-I REX. Monogramme carlovingicn dégénéré, n). * BELEE- VACVS CV. Croix cantonnée d1un croissant au 3*.

AR. Denier : 1,06. (llrid., n» 11.) Cab. de France et coll. Voillemier. — Pl. CL, n» 14.

6453. * GRATIA b-1 REX. Monogramme dégénéré de Raoul, hj. * BEL Y ACVS CIYI. Croix cantonnée d'un S aux 1" et 4e.

AR. Denier.

Musée de la Monnaie. — Pl. CL, n" 15.

6454. CRATIA 01 REX. Monogramme dégénéré de Raoul, n. * BELVACYS Croix cantonnée d'une croisctte aux \" et 4".

AR. Denier : 1,05. (Foire, et Conb., n° 357 ; Voillemier, pl. 3, n' 12.) Cab. de France et coll. Voillemier. — Pl. CL , n* 16.

C'est à partir du n" 6451 que commence la série parallèle des monnaies de Beauvais que , d'accord avec M. de Barthélémy, je donne aux évêques. Leur origine doit remonter à l'année 865.

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