ARCHEVÊQUES DE VIENNE
Il n'y a guère de monnayage plus important que celui de Vienne. Ce n'est pas que les produits soient plus nombreux en variétés que ceux de quelques autres sièges épiscopaux ; mais son influence fut i nmense. Nous en avons déjà vu les résultats, puisque la copie de ces espèces a été sinon générale, du moins très répandue.
L'archevêché de Vienne a eu en effet une grande prépondérance. Il se recommande aussi par sa grande ancienneté , son origine remontant à rétablissement du christianisme dans l'empire romain. On place a Tannée 160 le pontifical de Saint Crescenl, qui passe pour avoir été son premier évéque.
L'église de Vienne eut le titre de primatiale des Gaules dès les temps les plus reculés, avant mètre qu'on en revêtit celle de Lyon. On suit, sur les monnaies, la lutte qui eut lieu a ce sujet entre les deux sièges. D'après ce que je viens de dire, ce ne serait pas celui de Lyon qui aurait pris l'initiative , comme je l'avais avancé, d'après M. B. Fillon, dans ma Description. Mais les évéques de Vienne, même après avoir été dépossédés du litre qui leur semblait dû, n'ont pas moins continué à mettre sur leurs espèces des qualifications ambitieuses, et accolé aux noms de leur ville et de leur Saint : CAPVY GALLIE , PRIMA GALLIARVM , NOBILIS, MAXIMA, Ace. De tant de grandeurs que resle-l-il? Rien que des souvenirs, puisque l'archevêché de Vienne n'existe même plus. Il a été supprimé en 1790 et joint au diocèse de Grenoble. Le titre archiépiscopal a été réuni à l'église de Lyon.
A quelle époque remonte le monnayage des archevêques de Vienne? Depuis longtemps on possédait des deniers au type de la tête de Saint Maurice, que l'on ne peut pas classer au delà du xr siècle. Ces monnaies , très communes , se rencontrent en abondance dans presque tous les enfouissements monétaires un peu importants. Duby a fait connaître un denier au monogramme, qui est venu jusqu'à nous. On doit le placer au commencement du xic siècle. Plus tard, nous avons vu paraître une série de gros et de demi-gros dont l'émission a duré pendant tout le cours du xiv siècle. Fort rares à l'époque où une variété fut d'abord publiée (1837), ces monnaies nous sont arrivées en assez grand nombre , grâce à une ou plusieurs découvertes.
La question était dans cet étal quand la précieuse trouvaille de M. Tbibaud , de Lyon , dont j'ai déjà parlé , est venue changer la face des choses et reculer la date du monnayage des archevêques de Vienne. Nous possédons maintenant des pièces qui constatent que. dès le premier quart du x* siècle, il y eut une association monétaire entre ces prélats et les comtes de Provence. Enfin la môme découverte nous a procuré un monument précieux, c'est le denier de l'évêque Thibaut (952— 1000). Dans toute celle longue série, il n'y a que celle monnaie qui soil signée.
D'après ce que je viens de dire, il n'est plus aussi nécessaire de parler du type des
monnaies des archevêques de Vienne. Des explications viendront naturellement lors de la description des pièces.
Je dois pourtant mentionner ici une question qui a été abordée par M. Morin et qu'il a résolue d'une manière satisfaisante. Comment les archevêques de Vienne, si puissants qu'ils étaient , n'ont-ils pas suivi l'exemple des prélats leurs voisins, en mettant leur blason sur leurs monnaies? On pourrait dire que la monnaie de Vienne était trop populaire pour que l'on changeât son type , mais cela s'explique encore plus naturellement par l'intervention du chapitre de l'église , qui partagea longtemps les prérogatives avec les évêques, cl dont Pinlluence se lit sentir d'une manière certaine. M. Morin cite des titres qui ne laissent pas de doutes a cet égard. Lorsque, vers la lin du monnayage, celte influence eul un peu diminué, elle se lit sentir encore assez pour que le clergé cûl une part dans le bénéfice de la monnaie.
Les archevêques de Vienne avaient un atelier à Romans. Nous ne connaissons aucune pièce avec le nom de cette officine. Si les espèces avaient le même type que celles fabriquées à Vienne, les moyens nous manquent pour opérer la distinction.
La monnaie de Vienne jouissait de trop de faveur pour qu'elle ne fût pas souvent contrefaite. Nous avons un curieux document (D'Achery, Spicileg, lom. III , pag. 393) duquel il résulte qu'au temps d'Odon, marquis d'Italie, des faux monnayeurs s'étaient établis à Aiguebelle, en Savoie, pour corrompre les espèces viennoises. Sur les plaintes de Léger, archevêque de Vienne , Odon , a l'insu duquel ces malversations avaient eu lieu, prit des mesures pour les faire cesser. A sa mort elles recommencèrent, et Léger s'adressa à la marquise Adélaïde, fille de ce prince. Sa démarche eut un plein succès, et le coupable, excommunié par le pape Léon IX, fil une fin malheureuse. Néanmoins, toujours à l'insu de la marquise, les faits reprochés se reproduisirent , et celle-ci avec ses fils Pierre, Amédée et Odon s'engagèrenl à faire tous leurs efforts, pour que la monnaie ne hll plus contrefaite. Ut in tota polesUUe sua Viennensis moneia amplius non falsetur, neque fiât , neque rera , neque falsa , itla qtue in Vienm fuerit fada. Adralde, abbé de Brème, fut chargé de s'entendre à ce sujet avec Artaud , prévôt de l'église de Vienne. La charte qui nous révèle ces faits est en date de l'année 1043 environ.
Nous ne connaissons aucune monnaie qui puisse s'appliquer à la fabrication frauduleuse d'Aiguebelle. Cependant on rencontre quelquefois des deniers viennois à très bas litre.