‹ Monnaies féodales de FranceChapitre 31 sur 275 · LYON · texte numérisé non relu

LYON

La numismatique de la noble cité de Lyon, de la ville primaliate des Gaules, est digne du plus haut intérêt. Après les nombreux travaux dont elle a été l'objet, il est inutile de chercher à faire de nouveau ressortir son importance. Pourtant ce n'est qu'assez récemment que ce sujet a pris de vastes proportions. Au temps où Duby écrivait , on ne connaissait qu'une douzaine de pièces, et toutes appartenaient au monnayage anonyme des évêques, c'est-à-dire à la partie la moins importante de la numismatique lyonnaise. Plus tard, on y a joint les monnaies frappées dans cet atelier par les rois •le la Bourgogne iransjurane. Enlln la découverte de M. Thibaud est venue nous offrir des éléments d'une haute portée , en nous faisant connaître les espèces corn la les. L'ensemble de cette numismatique, du moins pour la période que j'embrasse , semble offrir trois fractions distinctes, mais se confondant entre elles, par un lien quelquefois difficile à déterminer, et qui n'en est pas moins certain. La loi de la succession des types se fait sentir là comme ailleurs. Au lieu de consacrer, comme j'en avais d'abord eu l'intention, trois chapitres séparés à décrire les pièces faisant partie des trois phases

du monnayage lyonnais , je crois qu'il est pins convenable de les réunir. Il serait encore plus utile de joindre à en travail les monnaies t'miscs antérieurement par l'atelier de Lyon , et appartenant à la période mérovingienne et carlovingienne. Cette adjonction m'est interdite; il faut espérer que ce travail d'ensemble, projeté et annoncé depuis quelque temps , finira par nous être donné. C'est d'autant plus à désirer, que l'auteur pourra fournir les développements historiques que comporte un pareil sujet, tandis que je ne puis le faire que d'une manière très sommaire.

Le comté de Lyon , qui comprenait tout le pagtts major Lugdunensis et s'étendait à l'est jusqu'à Saint-Claude , fut plus tard , et à l'époque do la guerre causée par l'élévation de Bozon au trône de Provence ( 819 ) , réduit à peu près à la portion occidenlale de ce pagus , c'est-à-dire à l'espace situé cotre le Rhône cl la Saône. Il n'en fut pas de même de l'évêché, qui conserva toute son étendue. Au commencement du Xe siècle , ce pays se subdivisait en trois comtés : ceux de Lyon , de Feurs et de Roanne; mais cette subdivision ne fut que géographique , puisque les comtés de Feurs et de Roanne n'eurent pas de seigneurs particuliers et furent toujours régis par ceux de la ville métropolitaine. Le nom du comté de Roanne disparut même vers la fin du x' siècle, et la ville de Lyon étant passée entre les mains des archevêques, le comté de Feurs ou de Forez servit à désigner tout le Lyonnais.

Le comté de Lyon se forma de la même manière que les autres établissements du régime féodal. Ses gouverneurs, d'abord amovibles, finirent par devenir héréditaires et substituèrent leur pouvoir à celui des rois d« Provence. Cette transformation s'opéra nu commencement du Xe siècle, et ce fut a la même époque qu'ils inscrivirent leurs noms sur les monnaies.

Guillaume I", dont nous trouvons une mention en 92 1 . fut probablement le premier comte héréditaire de Lyon. Le comté resta à sa postérité jusqu'au commencement du xir siècle, alors qu'Ide-Raimonde , fille d'Artaud V et sœur de Guillaume III. veuve sans enfants de Renaud II, comte de Nevcrs, se remaria avec Guigues II, comte d'Albon et de Viennois. Elle n'en eut qu'un fils, Guigues III , qui lui succéda. Par ee moyen, le comté de Lyon passa dans la maison de Viennois. Ce fut sous ce dernier prince que le dauphin fut, sur les armoiries des comtes de Forez, substitué au lion. Les sires de Beaujeu gardèrent le lion , mais brisé d'un lambcl.

Antérieurement à la formation du comté héréditaire de Lyon , le royaume de la Bourgogne (ransjurane avait été créé. Plus tard , en 923, les deux Bourgogne étaient réunies sur la tête de Rodolphe II. Comme Lyon en faisait partie, il semblerait qu'à une certaine époque, il se trouvait dans celle ville trois puissances rivales : les rois de Bourgogne, les comtes et les évôques. De là l'obscurité du sujet que je traite. Je crvt< qu'il n'est pas impossible de s'y reconnaître. En effet, il faut admettre, ainsi que je l'établirai bientôt plus longuement, que tout d'abord les droits des comtes de Bourgogne sur la ville de Lyon étaient très contestables, et qu'au temps où ils la possédèrent

réellement, c'est-à-dire à partir (h; Tann*^ 955, le pouvoir des comtes était singulièrement affaibli. D'un autre côté, celui des évêqucs avait pris un accroissement tel , que l'influence des rois était presque nulle. Cola s'explique par l'origine des prélats, qui étaient issus de la maison de leur suzerain. Burchard I", évêque de Lyon . était frère de Conrad I", et cette parenté dut fortement l'aider dans ses entreprises. Nous allons voir que la numismatique vient à l'appui de ces hypothèses.

La question dont je m'occupe a été plus longuement traitée dans ma Description. M. B. Fillon l'a aussi élucidée dans ses divers ouvrages. Enfin H. Bod. Blanchel, de Lausanne, a publié, en 1 85G, dans les Mélange* de la société des Antiquaires de Zurich. un mémoire sur lequel j'aurai l'occasion de revenir, et où il décrit toutes les monnaies des rois de la Bourgogne transjurane.

D'après ce que je viens de dire , on a dû pressentir que l'étude de la numismatique lyonnaise offre, pour la période que j'ai à traiter, des difficultés assez grandes. Aidé îles travaux que j'ai mentionnés, je vais tacher de jeter quelque jour dans ce chaos, sans me promettre de l'éclairer entièrement.

En première ligne apparaissent les monnaies des comtes. J'ai déjà dit que leur découverte était récente et due a M. Thibaud. Le tvpe de celles que l'on doit mettre en léte du monnayage féodal lyonnais offre le mol 0§*MES placé en croix dans le champ. Ce mot, ainsi disposé, serait, d'après M. B. Fillon (Lettres, pag. 1f>5), une imitation du monogramme de Cliarlcs, copie de celui de ce prince ou continuation de celui de Louis-l'Avcugle. A ce type fut promplement substitué le monogramme de Conrad. C'est jusqu'à présent tout ce que nous connaissons en monnaies comtales , et , d'après ce que j'ai avancé précédemment sur la prééminence des évôques , il est probable qu'on n'en découvrira pas d'antres.

L'attribution des monnaies sur lesquelles sont inscrits les noms des rois de la Bourgogne transjurane parait plus difficile à établir. Pendant longtemps on n'y a vu autre chose que des espèces appartenant sans conteste à ces princes. On ne peut plus maintenant soutenir une pareille opinion , puisqu'il est évident que l'on y trouve le monogramme d'un évéque de Lyon. Ce point incontestable a d'abord été établi par M. B. Fillon et moi. M a été aussi reconnu, dans une note du mémoire précité de M. Bod. Blanche! (pag. 17), par M. de Gingins Lasarralz, qui probablement n'avait pas connaissance de nos travaux. Celte coïncidence ne manque pas d'avoir une certaine force.

La dernière série des monnaies de Lyon est celle des archevêques. D'abord anonymes, ces pièces n'ont été signées que tout à la fln du monnayage et par un seul prélat , Charles d'Alençon. Nous possédons le titre par lequel les archevêques de Lyon furent confirmés dans le droit de battre monnaie. Il fut concédé, en 1157, par l'empereur Frédéric I", en favenr de l'archevêque Héraclius de Monlboissier ; mais il est évident que ce ne fut qu'une formalité sans portée. Lors du règlement de 1315, les

prélats obtinrent, par l'intervention du pape Clément V, d'y faire figurer leur officine , et , par un privilège dû sans nul doute à leur grande puissance , ils purent prolonger leur monnayage jusqu'en 1413. A cette époque, et malgré les récriminations des archevêques, le roi Charles VI. ayant transféré à Lyon son atelier de Mâcon . ruina la monnaierie archiépiscopale. Il parait néanmoins que cette mesure ne fut mise a exécution que tout â la fin du xv« siècle. Cela résulte d'un titre cité par M. Robert Hetue, 1860, pag. 461).

Le monnayage anonyme ayant été exercé pendant plus de deux siècles et demi, et l'atelier de Lyon ayant fonctionné activement, il en résulte que ses produits sont très abondants. Les variétés sont aussi fort nombreuses. Le type est toujours l'initiale du nom de la cité, placé dans le champ. Au début, il est composé des lettres LG; mais bientôt il ne porte qu'un L simple. Plus lard , ce type est accompagné du soleil et de la lune, placés tantôt au droit , tantôt au revers, et de divers ornements et encadrements, selon le goût de l'époque.

Pour la confection de celte liste chronologique, je me sers des rectifications fournies par M. Auguste Bernard , qui les a puisées dans le carlulaire de l'abbaye de Savigny. faisant partie du recueil des Documents inédits sur f histoire de France. J'ai déjà utilisé, dans ma Description , les excellents documents fournis par ce savant investigateur de nos archives nationales.

Guillaume 1", mentionné en 921. mort Artaud III.

vers 910. Giiuud II.

Guillaume II , 940—950. Artaud IV, vers 1060.

Artaud I", 950—900. Guillaume III ou Wideli.n , vers 108u.

Giraud 1", 960.

Artaud II, mentionné en 980, mort vers

Page 1