AUTUN
L'origine du monnayage d'Aulun n'est pas clairement établie, et à son égard nous sommes un peu réduits aux conjectures. Les monuments et les documents écrit* nous manquent à la fois. Pourtant, à l'aide de ce que nous possédons, il n'est pas lout à fait impossible de suppléer à ce qui manque, et de reconstituer, tout au moins par la pensée, la numismatique de cette ville. Je suis persuadé que, lorsque tes cases vide< se rempliront, on n'aura pas autre chose que ce que je suppose. A Aulun comme ailleurs, l'empreinte carlovingienne fut immobilisée. Un denier, assez récemment découvert, est venu nous en donner la preuve. Il faut espérer que les autres lacunes finironi aussi par disparaître.
Des auteurs bourguignons avancent qnc le droit de battre monnaie avait été donné au chapitre de la cathédrale d'Autun par Charles-le-Chauve. D'autres disent qu'il fut concédé à Jonas, évoque, de 860 à 865. M. de Barthélémy f Menuet, pag. 149) n»partage aucune de ces opinions , et conjecture que le privilège monétaire ne remonte pas au delà de Carloman , qui l'aurait accordé à l'église d'Autun sous l'évéquc Adal- Kaire , entre 879 et 884. Je pense que l'opinion de ce numismatistc a dû être modifiée par la counaissance do denier au monogramme carolin dont j'ai déjà parlé, et que cet auteur a reproduit dans la Revue ( 1847, pag. 300), en disant positivement qu'il doit tMre considéré comme la première pièce de la série carlovingienne d Aulun.
Les évêques de celte ville ne paraissent pas avoir joui paisiblement du droit monétaire , et l'on prétend qu'il leur fut parfois disputé par les comtes. Ces derniers ne durent pas réussir dans leurs tentatives , car, parmi les monnaies que Ton peut aveccertitude attribuer ù Aulun , il n'y en a aucune qui paraisse émaner de l'autorité laïque. Quoi qu'il en soit, les seigneurs, des le début, furent déboulés de leurs prétentions, puisqu'en 900, Charles-le-Simple rendit, dans toute leur intégrité, leurs droits aux évéques. Nous avons trouvé , depuis quelques années, les pièces qui paraissent être le résultat de celte confirmation, qui fut approuvée par le pape Jean X en 921. J'avais avancé, dans ma Description , que les monnaies dont il est question portaient le nom de Carloman. M. B. Fillon (Lettres, pag. 163, et Eludes, pag. 05 i y voit celui de Charlcs-le-Simplc. L'influence de Carloman persista pourtant â Aulun , car nous avons en son nom un précieux denier, qui a été émis au xir siècle. Nous trouvons, en 1182, une mention de la monnaie d'Aulun , qui devait être partagé*? entre l'évéque et le chapitre. Il s'éleva , ù la fin de ce siècle , des dissentiments entre les ducs de Bourgogne cl les évéques d'Aulun , au sujet des privilèges monétaires appartenant à ces derniers, fis furent réglés par le duc Eudes III , a la requête de l'évéque Robert. Les successeurs d'Eudes ratifièrent ce traité en 1284 et en 128".
Le type de l'R à queue barrée est celui que l'on rencontre le plus habituellement à Aulun. Il y a élé certainement immobilisé. Les autres ne sont qu'exceptionnels.
On a découvert, il y a quelques années, un certain nombre des pièces au monogramme. Malgré cela, elles ne sont pas communes. Les monnaies à empreintes exceptionnelles sont de la plus grande rareté.
503f>. * GRACIA Ï)-I REX. Monogramme carolin. * SCI NAZARI MONEA. Croix dans un double cercle.
Denier. (Revue, 1850, pag. 312, vignette.)
J'ai déjà fait remarquer combien la découverte de celte pièce avait été avantageuxpour la numismatique d'Autun , en ce qu'elle donne raison à ceux qui font remonter le monnayage de celle ville jusqu'à Cbarles-le-Chauve ; malheureusement je n'ai pas eu le bonheur de voir celte pièce en nature. Je ne la connais que par le dessin assez mauvais que, d'après les mémoires de la société Educnnc, M. de Barthélémy a reproiloit dans la Retue. La dégénérescence de l'empreinte et des légendes fait pourtant assez reconnaître que ce denier est postérieur au règne de ce prince , et par conséquent un type perpétué.
5637. * ... AN G RAI* U-l. Dans le champ, R à queue barrée, fi. * MONT S NAZ. Croix.
AR. Obole. (B. Fiuon, Etudes, pl. 10, ri" Pl. CXXX, n" l".
5G38. * KARLCT10. Grand R à queue barrée dans le champ. 3. * MON TS NAZ.
AH. Denier : 1,57. (Poey d'Avant, Suppl., n* 00.) Pl. CXXX, n°2.
5039. * CARL G RAT D-I. Même type. Mêmes légende cl lype. AR. Denier. (B. Fillon, Eludes, pl. 2, n* 8.) Pl. CXXX , n« 3.
5010. Mêmes légende et type. ft. MONTS NA.
Alt. Denier. (B. Fillon, Lettres, pag. 1G4, vignette.)
5041. Autre avec KARLCTIq — .
AR. Denier.
Coll. Colson.
5642. * KARTCTID. Même lype. 3. MONT S NAZ. Croix. AR. Obole.
Coll. Prisset.
5G43. * KARL CT b. Même type. uj. MONT S NA S . AR. Denier.
Coll. Prisset, à Dijon.
56#*. * KARLCTÛ. Dans le champ, X. i,. * MONT S NA. AR. Denier. (B. Fillon, LeXtret, pl. 10, n« 25.)
5645. Obole semblable.
Coll. Colson, à Noyon.
Ce lype, qui a été perpétué, puisque l'empreinte et les légendes sont variées et altérées, a pris naissance au xe siècle.
564C. * MON ETA SCI NAZARI. Croix. % * rEbVX XPI CIVITXS. Croix. BILL. Denier. (Revue, 1850, pag. 342, vignette.) Cab. de France. — Pl. CXXX, n° 4.
On place la date de l'émission de celle pièce dans le courant du xn* siècle. Elle est fort remarquable par ses légendes , qui lui donnent une origine évidemment ecclésiastique.
5047. * CARLOMANVS. Dans le champ, REX en monogramme. iV . EûVTT CIVITXS. Croix cantonnée d'un annelet aux 1" et 4«. AR. Denier. (Calai. Rousseau, pag. 191, vignette.) Coll. de Vesvrotte, à Dijon. — Pl. CXXX, n« 5.
Le type de ccllo monnaie, qui a été copié sur celui îles pièces où l'on croil voir le nom de Charlcs-le-Simplc , le nom du roi qui s'y trouve inscrit, prouvent que le souvenir de Carloman a été longtemps conservé à Autun, puisque le style de ce denier le place avec certitude au xir* siècle. En voyant l'identité du type, ne pourrait-on pas être amené à y trouver, contrairement à l'opinion de M. D. Fillon , sur les pièces portant CARL ou KARL DEI GRA, le nom de Carloman au lieu de celui de Charles?
r>G48. GDVGNS ÏMVIS. Croix ancrée, t}. 1 1 NOVVS t>€NS. Croix. DILL. Denier : 0,90. (Revue, 1850, pag. 339, vignette.) Pl. CXXX , n« C.
Celle pièce m'a été, il y a quelques années, envoyée par M. Hoffmann. Je refusai d'en Taire l'acquisition, parce que, malgré des efforts longtemps renouvelés, je ne pus pas parvenir à donner un sens aux légendes. Le savant directeur de la bibliothèque et du musée Calvet , à Avignon , a été plus habile ou du moins plus osé que moi. Dans la Rente ( 1850, pag. 339), il résume tout ce qui concerne la monnaie d'Autnn et ajoute ce denier avec les lectures que l'on vient de voir. J'avoue que ma conviction n'est pas complète, et je crains que, dans le dessin, on n'ait un peu trop mis ce que l'on voulait voir. Sans me prononcer autrement , je laisse aux numismatisles le soin d'apprécier la valeur des arguments de M. Deloye. J'ajouterai même quelque chose qui milite en sa faveur ; c'est la présence à Chalon d'un denier au type de la croix ancrée (n» 5034).
5649. *OSTmiGIVI en légende rétrograde. Croix ancrée. * nAIIVfcSCBIIIl. Croix très patléc.
BILL. Denier.
Coll. Charvet. — Pl. CXXX, a' 7.
J'ai rejelé ce denier tout à la fin de la série d'Autun ; non que ce soit sa vérilahl»* place, puisqu'il est évidemment antérieur à quelques-unes des monnaies qui précèdent, mais parce qu'il m'a paru difficile de lui donner une attribution satisfaisante. Je prends donc le parti de le regarder comme incertain et de ne le publier qu'a titre de curiosité numismalisque.