ALPHONSE DE FRANCE
M. Boutaric a publié deux articles sur l'histoire monétaire d'Alfonse, comte de Poitiers et de Toulouse (1). Ecrits surtout au point de vue économique, ces articles révèlent cependant quelques faits saillants pour la numismatique proprement dite du Poitou. Ils constatent l'activité de production de l'atelier de Montreuil-Bonnin et nous donnent la date exacte à laquelle, obtempérant aux injonctions de son frère, le roi de France, Alphonse ordonna à Aubert, maître de la monnaie de Montreqil- Bonnin, de cesser la fabrication des tournois. La lettre d'Alfonse à son frère est du vendredi d'avant la Saint-Jean 1263, et la fabrication cessa le samedi d'après, ainsi qu'il résulte de la mention du compte de 1363.
De moneta pictavensium per J. Auberte à candelosa anno LXII usque ad diem sabbati post nativitatem B. Johannis Baptista anno LXIU.
C'est donc à tort que Poey d'Avant estimait que la fabrication du tournois dura jusqu'en 1267. M. Boutaric prouve par les comptes de 1265 que, dès cette année, le nouveau maître Pierre Gadel versait 153 livres, 4 sous, 6 deniers en Poitevins nouveaux. Pictavensium novorum.
En 1267, une vaste instruction s'ouvrit contre les trois frères Ponllevoy, de Tours, et leurs associés Jean de Marteau, Pierre Remon et Pierre de Chaors. Cette instruction atteste l'importance de l'atelier de Montreuil-Bonnin . Trois boites furent saisies; dans l'une étaient les épreuves sur VI milliers deux cents et VIII milliers; dans l'autre sur LX milliers; dans la troisième, la tâche était de XXI milliers; soit en tout 75 milliers. Le millier se chiffrait par 1250 livres (2), la livre par vingt sous, le sol par douze deniers, ce qui ferait environ 22,500,000 deniers.
Ce procès se termina par une transaction aux termes de laquelle les monnayeurs payèrent au comte 1250 livres tournois, pour défaut de taille.
(1) Revue Numismatique i868, pages 285-302, 365-387.
(2) Blancard, monnayage de Charles !•', d'Anjou, comte de Provence.
Enfin, M. Boularic cite un bail de ia monnaie poitevine faite en mars 4270, qui porte que la monnaie, dit le comte, sera faite en tèle manière et condition comme elle a estéfecte en notre tems puisque le contés de Poitou vint en nostre mein, ce qui prouve que le système tournois a été en vigueur à Monlreuil, depuis Tavénement d'Alphonse jusqu'à sa mort. Or, comme depuis 1265, on frappait des poitevins nouveaux, c'est-à-dire au type modifié portant un demi-lis et les armes deCastille, on peut espérer que nous verrons surgir un jour ou l'autre un certain nombre de ces deniers, si intéressants corpme type et identiques au sceau de ce prince.