LA MARCHE
Le précis historique et ia liste chronologique dont Poey d'Avanl fait précéder son article sur le monnayage des comtes de la Marche et d*Angouléme, sont au moins incomplets, sinon inexacts. Ainsi il fait suôcéder directement en 1180, Mathilde et Hugues IX de Lusignan à Adelbert V, sans tenir compte d'une période de 21 ans, pendant laquelle le comté de la Marche fut sous la domination directe des rois d'Angleterre. Il en résulte pour lui une certaine incertitude pour fixer le commencement de ce monnayage. « Les monnaies des premiers comtes » de la Marche ne nous sont pas connus, dit-il, et rien ne prouve qu'ils en aient ^ émis. La plus ancienne mention que nous en trouvions ne remonte qu'à l'année » 1208, ce qui ferait supposer que les comtes de la Marche tenaient leurs droits » des rois d'Angleterre. Ce n'est en effet qu'à partir de l'avènement de la maison » de Lusignan que nous voyons paraître des espèces, et encore est-il fort douteux » que Hugues IX ait le droit d'en revendiquer. »
Nous sommes d'accord avec Poey d'Avant, en ce qui concerne les premiers comtes de la maison Anglo-Normande de Montgommeri, jusques et y compris Adelbert V. Nous ne croyons pas qu'ils aient frappé monnaie. Mais il importe de bien fixer l'avènement de la maison de Lusignan et c'est ce que vient de faire M. de Cessac (1), en rétablissant, par une étude consciencieuse des chartes, cette phase de l'histoire locale qu'il déclare avoir été complètement méconnue par les historiens du pays.
Adelbert V, partant pour Jérusalem, vendit son comté de la Marche à Henri II, roi d'Angleterre, par contrat passé à l'abbaye de Grandmont, le 7 octobre 1177 ; et malgré l'opposition que mirent à la vente Geoffroy de Lusignan et ses frères, Henri II se mit en possession de la Marche et reçut les hommages des barons et des chevaliers; M. de Cessac cite un certain nombre de diplômes où figurent des sénéchaux de la Marche, institués par le roi d'Angleterre. Il discute et rejette ceux où les seigneurs de la maison de Lusignan prennent avant 1199 le titre de comtes de la Marche; en tout cas, s'ils l'ont pris, ce ne serait que comme prétendants et non comme souverains reconnus.
Ce ne fut qu'après la mort de Richard Cœur-de-Lion , arrivée le 6 avril
(i) Un trésor des monnaies des comtes de la Marche et leur atelier monétaire de BeUac. Mélanges de numismatique. Tome III, ISSU, page 361.
1199, que Hugues de Lusignan obtint d'Eléonore d'Aquitaine, mère de Richard, la restitution du comté de la Marche, et c'est à cette date extrême qu'on peut rapporter le monnayage de la Marche d'après les monnaies connues, à moins, ajoute M. de Cessac, qu'on n'en découvre de spéciales à cette province parmi celles fabriquées par les Anglais en France.
M. de Cessac propose d'attribuer au comté de la Marche les deniers classés par Popy d'Avant à Angoulême sous le numéro 2666, et il décrit ainsi deux variétés :
9 LODOICVS. Croix, â. EGOLI(/)</)IME. Trois annelets et un croissant au 1*"' poses en sautoir, au centre une croisette. Poey d'Avant, PI. LVII, n^ 6.
* Mômes légendes et types sauf que le croissant du revers est au 2'*.
M. de Cessac appuie cette attribution sur les trouvailles qu'on fait constamment de ces monnaies sur le sol de l'ancien comté de la Marche. Mais surtout il la corrobore par le raisonnement suivant. Il rappelle la charte, par laquelle, en 1208, Hugues, comte de la Marche, donne à l'église de Grandmont l'essai de sa monnaie. Il cite ensuite le passage de la chronique de Bernard Itier : Anno Gracie M®CC*Xr Comes Hugo Marchie novam monetam inslituit apud Belac faciendarn Marques ».
M. de Cessac tire de ce passage les déductions suivantes. Ce fut à Bellac, en 1211, qu'on émit pour la première fois les monnaies connues sous le nom de Marques, Marchis, Marchiones. Celte monnaie étant nouvelle noua, il existait donc antérieurement un autre type et ce type est celui du Lodoicus egolissime qui se rencontre dans les dépôts avec les Ugo Comes Marchie,
Ce texte nous fait connaître un atelier nouveau resté inconnu à Poey d'Avant. Mais faut-il bien lui donner toute la signification qu'en tire M. de Cessac? Selon moi, instituere novam monetam, cela ne veut pas dire créer un type nouveau, mais établir un nouvel atelier faciendarn Marques, atelier qui devait faire des monnaies connues sous le nom de Marques. Le nom de Marques, Marchis, Marchiones est une appellation vulgaire donnée par l'usage à une sorte de monnaie. Il en existait donc avant l'établissement de l'atelier de Bellac, que cet atelier devait continuer à fabriquer.
Il ne reste donc plus pour faire attribuer aux comtes de la Marche les deniers à la légende Lodoicus egolissime avec les types indiqués plus haut, que leur présence fréquente dans les dépôts découverts dans cette ancienne province. Cela suffit-il bien ?