NORMANDIE
La Numismatique normande s'est enrichie, dans ces derniers temps, d'une découverte importante par elle-même et par les conséquences qu'on en a tirées.
Le Trésor de Saint-Taurin, à Evreux, acquis par M. Charvet et analysé par M. de Longpérier (Revue Numismatique 1869, page 73), contenait une quarantaine de deniers et oboles offrant près de 20 variétés.
13. * VLOTVICI REX. Croix cantonnée d'un croissant, f^. * ROTOM CIVITA. Dans le Champ ASO).
Arg. Denier. Poids i».25.
Cabinet de France.
(Revue Numismatiqtie 4869. PL IV, nP 3.) PLI,n°12.
C'est le type le plus complet et le plus pur comme légende de toute la trouvaille. Dans les autres variétés le nom du roi est écrit VLOQVICI. VLCKVICI RIX.
VLOCVICI.
La légende du revers s'altère en ROQOM CIFIT.
ROaOM CtFIT.
ROaOM CIFITA.
RÔOOM CIFITA.
RVOQOM CFITA et RVOQOM CFITA.
Poids movcn <».35.
Dans le champ on lit AS. Sur un denier que je possède on lit dans le champ VIS et je crois utile de le faire graver; car il me paraît être le prototype de la même légende que nous retrouverons en Bretagne.
U. * VLOCVICI RIX Croix. ^. ROCOM CIFIT—. Dans le champ A</)l Collection Caron. Poids 1^.40.
PI. I, n« 12. Les oboles sont à un type différent, au type du temple.
45. 1^ WLCVICI A/PiiO Légende de droite à gauche. Croix cantonnée de quatre points. Bj. XPISTIANA REO, de gauche à droite. Temple. Arg. Obole. Poids 0^.65. Collection Chassant, à Evreux. (Revue Numismatique 1869- PI- V, ff' 18) PI. I, n« 13.
L'une de ces oboles porte au droit EVIOVICI Ml, une autre WLOCYICI MN.
Ces variantes peuvent tenir i la prononciation. Le T est changé en D. Le D retourné Q produit le C par confusion de forme. Le V est changé en F dans CFITA.
Les caractères AS, que Ton remarque dans le centre du revers et qui sont très diversement posés, doivent être le complément du mot CIVIT..AS. M. de Longpérier attribue ces deniers et oboles à Louis d*Outremer et il explique de la manière suivante ce monnayage d'un roi de France à Rouen, postérieurement à rétablissement des ducs de Normandie (1).
Guillaume, fils de Rollon et son successeur, en 927, comme duc de Normandie, fut l'un des seigneurs qui, à la mort de Raoul, avaient aidé au retour en France
(1) Oa ne nous accusera pas d'une ineunioa sur le domaine royal. De tout tempi les aonaaies frappées transitoirement par les rois, dans des villes ou des provinces occupées par eux , ont été classées à la fuis dans la série royale et la série féodale. Nous citerons comme exemple le Philippe- Auguste frappé à Rennes, à Deols, Issoudun ; le Bichard Cœur de Lion d'Issoudun. Le monnayage de Louis d'Outremer, à Rouen, est dû à une occupation précaire.
de Louis d'Outremer réfugié en Normandie. Il avait assisté à son couronnement et avait tenu à Laon sur les fonts du baptême le jeune Lothaire. Il fut assassiné à Picquigny-sur-Somme et son fils Richard, âgé de 8 ou 9 ans, fut proclamé duc à Rouen. Louis d*Outremer profita de la minorité du jeune duc pour établir à Rouen des gouverneurs de son choix et conduire Richard à Laon où il le retenait dans une sorte de captivité. Mais il fit d'inutiles efforts pour triompher de la fidélité des seigneurs normands qui appelèrent Harold, roi de Danemarck. Fait prisonnier lui-même à la suite d'une entrevue qui dégénéra en combat, Louis d'Outremer jura, en 946, à Saint-Clair-sur-Epte, qu'il cédait et confirmait à Richard tout ce qui avait été cédé à Rollon, son aïeul.
C'est à la possession transitoire de Rouen par Louis d'Outremer que M. de Longpérier rattache le monnayage des deniers provenant de la trouvaille de Saint- Taurin d'Evreux et il propose de classer dans le même groupe les deniers au temple découvert à Coudres (Eure) qui portent des légendes se rapprochant de celles que nous venons de citer VLODVVICI VLOaVIHNIHI YLODVIHWRH VVICVICISRE — . Cette trouvaille contenait des deniers de Charles-le-Simple, frappés à Chinon, et avait dû être enfouie vers le milieu du x* siècle.
De l'étude de ces deux trouvailles M. de Longpérier tire la conséquence suivante :
Pourquoi, dit-il, Louis commença-t-il la légende de son nom par un V ou un W ? C'était pour imiter des deniers portant le nom de WILELMVS auxquels la population rouennaise était déjà accoutumée. Or, imitées avant 946, ces pièces ne pouvaient être copiées que sur des monnaies d'un WILELMVS antérieur à cette époque, c'est-à-dire de Guillaume Longue-Épée, 927-942, et non de Guillaume d'Exmes, 997, que M. B. Fillon et d'après lui M. Poey d'Avant appellent Guillaume d'Hyèmes. De là la certitude, pour M. de Longpérier, que c'est à Guillaume Longue-Épée que doit être attribué le denier du Cabinet de France publié dans la Revue de Numismatique de <843 et gravé incorrectement dans la planche IV, n^ 1 , de Poey d'Avant.
M. de Longpérier ajoute comme considération historique :
Ce Guillaume d'Exmes, fils naturel de Richard P', fit cause commune, en 997, avec les Francs de la frontière ; il fut fait prisonnier et incarcéré à la tour de Rouen d'où il ne parvint à s'échapper qu'après cinq années de caplivïté. Mais il ne s'était jamais fait proclamer duc de Normandie ; jamais il n'avait eu aucun droit sur Rouen. En outre, le type du denier de Guillaume est celui des East
Angles de la fin du ix® siècle, Eadmund, Ethelston et Atheiward (855 à 895). On conçoit qu'il fut usité en Normandie au commencement du x^ siècle.
La trouvaille faite à l'église Saint-Ours, à Soleure, en 1762, conservée intacte jusqu'à ces derniers temps et analysée par M. Rodolphe Blanchet, de Lausanne, contenait un certain nombre de monnaies normandes dont nous trouvons la description dans le catalogue Rousseau.
16. * RICH'K'RDVS. Croix cantonnée de quatre points ; les bras horizontaux, plus courts que ceux perpendiculaires, sont accostés de deux signes semblables à des C. ^. ROTOMTfCVS. Temple tetraslyle, la croix du dessin coupe la légende.
(Catalogue Rousseau. — PL /, n** /.) PI. I, nM5.
La pièce déjà publiée porte ROTOM CIVL
17. 9 RICHADVS. Croix cantonnée de quatre points ; les bras perpendiculaires de la croix accostés de deux C. i^. ROTOMACVS. Temple tetrastyle.
Billon. Denier. Poids 1«.40.
(Catalogue Rousseau, PL I, n** 2.) PI. I, nM6.
18. iil RICHARDVS. Croix présentant les mêmes dispositions que le denier précédent. ^. ROTOM CIVI. Temple tetrastyle.
Denier. Billon. Poids 18.30.
(Catalogue Rousseau. — PL /, n? S-) PI. I, n«17.
M. B. Fillon fait remarquer Taltération du type qui indique qu'on s'avance vers le x' siècle.