TOULOUSE
N'y eut-il qu'un seul type primitif à Toulouse, le type odonique, qui a donné naissance au type des quatre annelets, si répandu dans le Midi ? Le monogramme
(1) Toulouse, Tome VII. Histoire monétaire du Lanfoedoe; kt périodes Gauloise, Méroringienne et Carloviagienne ont été étudiées par M, Gh. Robert, Il est à regretter qu'il n'ait pas continué son trafail pour la période féodale.
triangulaire de VGO, n*est-il qu'une dégénérescence de ce type primitif? Telle est l'opinion très nettement formulée par B. Pillon, et que M. Challande n'a pas jugé à propos d'examiner, ni de discuter, quelque soit l'intérêt qui s'attache à tous les écrits d'un numismatiste aussi autorisé. Rappelons donc les diverses phases de la question. Il existe de nombreux
deniers et oboles de Toulouse, qui portent les uns le monogramme de D D plus
ou moins dégénéré en > lii ou ^ 3, d'autres le nom du roi ODDO REX FR
en légende avec le type des quatre annelets au revers.
Il en existe d'autres qui portent la légende CARLVS REX et au ^. TOLOSA CIVI et dans le champ les lettres VGO disposées triangulai rement.
Duchalais et de Longpérier ont vu sur cette dernière monnaie le nom immobilisé de Charles-le-Simple, et dans les lettres VGO le signe d'une monnaie épiscopale frappée par Hugues, évêque de Toulouse (926 à 972) (t).
Poey d'Avant, dans son préambule historique, reconnaît l'existence de deux types, lorsqu'aprës avoir parlé du type odonique, il ajoute qu'il se produisit sous Charles-le-Simple une rude concurrence qui finit par le supplanter. « Elle était y^ due, dit-il, aux évéques dont le premier, appelé Hugues, inscrivit son nom » dans le champ du revers des monnaies à la place qu'occupait d'ordinaire celui » du roi. Ce type donna naissance à celui que les comtes adoptèrent et )> conservèrent pendant trois siècles en lui faisant subir, il est vrai, diverses » modifications ^ et plus loin « outre les deux types principaux que je viens » d'indiquer, les comtes de Toulouse en ont adopté divers autres; ce qui fait >k croire qu'ils avaient diverses officines. »
Cette opinion n'était pas bien nettement arrêtée dans l'esprit de Poey d'Avant, puisqu'en cataloguant la monnaie à la légende de CARLVS REX et au monogramme de VGO et avoir rapporté l'opinion de MM. Duchalais et de Longpérier, il ajoutait :
(1) Cest vainement qu'on voudrait chercher sur les monnaies du midi le nom d*Hugues Capet comme on y a trouvé celui d'Benri I«. Là plupart des seigneurs du Midi ne reconnurent pas Bugues comme roi. On a souvent cité la chirte contenant ces mots. RepuuUe éto noêtro Jetu Chritto rege que tpennte. Voici d*autres exemples de cette résistance, iiiifio IV quod oHt Lmdovicui rex, Leoierû refis filhu, ckrUlum regnantem refftm expeeianiem, et plus tard : Atmo VU regnoiUe vgo duee vel reffe, (Catalogue des diplémes. Tome l**}.
« La présence du monogramme VGO et la date d'émission de ces deniers » donnent quelque poids à cette opinion et je ne serais pas éloigné de » l'adopter. C'est dans ce sens que j'ai parlé en exposant la formation des divers » types de Toulouse. On peut cependant y faire une objection sérieuse. En effet, » ces numismatistes poussant plus loin les conséquences de leur système, ont >^ voulu en outre attribuer à Hatton, successeur de Hugues, les monnaies au nom » du comte Guillaume^ dans le champ desquelles se trouvent les lettres EYO. » Cette prétendue coïncidence est même la principale base de leur argumentation. » A mon avis c'est ce qui doit la faire crouler, puisque la fabrication et le style de » ces dernières monnaies s'opposent formellement à cette classification. Qu'un œil » exercé passe en revue la série tout entière du monnayage Toulousain, qu'on » suive attentivement la classification que je vais donner, et il sera facile de se y^ convaincre de l'erreur de mes devanciers. Tous ces monogrammes ne sont » peut-être autre chose que la dégénérescence de celui d'Eudes, et je crois que » pour aider au classement régulier des monnaies si nombreuses et d'époques si » diverses qui les portent, il n'y a autre chose à faire qu'à tenir compte du plus » ou moins d'altération de ces prétendus monogrammes. »
Il y a une véritable contradiction entre ces deux parties de l'ouvrage. Elles ne semblent pas émaner du même esprit, et en effet B. Fillon revendique la paternité de ce dernier système (1). Il l'accentue en disant : «On reconnaîtra que tous ces » monogrammes sont des dégénérescences de celui d'Eudes (il ne dit plus peui- » êtrejy lesquelles altérées, déformées, ont fini par produire accidentellement » des assemblages de lettres, dont les graveurs de coins n'ont pas eu conscience. »
M. B. Fillon a développé cette opinion d'un type unique, par la classification des planches LXXIX, LXXX, LXXXI de Poey d'Avant (2).
Il place en première ligne les monnaies d'Eudes et leurs dégénérescences, il s'exprime ainsi pour les monnaies au nom de Charles :
« * CARLVS REX. Croix. ^. TOLOSA Cl VI. Dans le champ, monogramme » figurant le nom de VGO.
» Les seuls exemplaires que nous connaissions de ce denier sont de la seconde » moitié du x® siècle. Les comtes de Toulouse, dans leur haine contre les hommes » du Nord, ayant embrassé le parti de Charles-le-Simple, il était naturel qu'ils )^ inscrivissent sou nom sur les monnaies. Immobilisé ensuite, il continua à être
(1) Catalogue Rousseau, page 53.
(f) Catalogue Rousseau, page 49.
» employé jusqu'à ce que Guillaume Taillefer l'eut remplacé par sa propix^ » signature. On retrouvera tôt ou tard des pièces à Tempreinte primitive dr » Charles, qui ont probablement le monogramme odonique dans le champ, d'où » est venu celui de VGO. » Suit une classification des variantes et des dégénérescences de ce monogramme VGO que nous analyserons plus loin, mais de laquelle B. Fillon conclut que l'empreirUe d'Eudes fut le type générateur de tous ceux employés à Toulouse pendant la période féodale.
Discutons d'abord ce système d'un type unique :
Les monnaies d'Eudes, mort en 898, et de Charles-le-Simple, mort en 923, sont antérieures au monnayage signé de Guillaume Taillefer, dont l'avènement est de 950. Retrouvera-t-on des monnaies de Charles an type odonique, comme l'affirme B. Fillon ? Cela est possible. Mais il vaut mieux raisonner sur des faits acquis que sur des hypothèses. Nous connaissons les monnaies de Charles-le-Simple au monogiamme d'VGO. Elles se sont rencontrées dans une trouvaille faite en Espagne avec des pièces de Toulouse au monogramme odonique. Les deux types existaient donc simultanément . Il est assez difficile de déterminer la date d'enfouissement de cette trouvaille qui ne contenait que des pièces immobilisées. Mais cette date ne peut dépasser le deuxième tiers du x^ siècle, ce qui est d'accord du reste avec ce que dit B. Fillon des exemplaires à lui connus. Ce n'était pas des monnaies frappées du vivant de Charles-le-Simple, mais peu après sa mort, Hugues étant devenu évéque en 926. Le nom de VGO y est très lisiblement et très nettement inscrit. Si, comme le prétond B. Fillon, le monogramme triangulaire VGO dérive de l'empreinte cruciforme de Eudes, la dégénérescence aurait été bien rapide, mais surtout la transition une fois opérée on ne devrait plus retrouver le monogramme odonique, puisqu'il avait engendré le monogramme VGO. Or, M. Challande a publié et nous reproduisons sous le n^ 309 un denier de Guillaume-Taillefer aux quatre annelets, dérivation certaine du monogramme odonique. Un autre denier de Guillaume IV (1060-1088), Poey d'Avant, PI. LXXX, n° 6, porte dans le champ trois annelets et de chaque côté un G ]'etourné, le tout en forme de croix et se rapprochant bien plus du monogramme odonique que du monogramme triangulaire. Nous croyons donc que ces deu\ monogrammes qui existaient primitivement ont subsisté simultanément en dégénérant pendant tout le xi® siècle.
(Tuillaume-Taillefer, pendant son long régne de près d'un siècle, a continué les deux fabrications antérieures à son avènement, celle aux quatre annelets et celle au monogramme de VGO dans toute sa pureté.
B. Fillon suit pas à pas ce monogramme VGO pour le faire arriver à sa tranformation en ETO, et démontrer ainsi que ETO ne peut être le nom d(* l'évéque Hatton, ce qui ne prouverait pas que VGO ne fut pas celui de Tévèque Hugues; suivons avec lui ces transformations.
Sous Pons, le G de VGO disparaît. Il est remplacé par une croisette. On trouve V*0. (Poey d'Avant, PI. LXXX, n^' 1); puis la lettre V est remplacée par un T ce qui donne T*0 (Poey d'Avant, PI. LXXX, n° 3). Changez le T en E el vous avez EtO, que B. Fillon a observé sur un denier de la collection Charvet, dont voici la description ^
PONCIO COMES. Croix. ^. TOLOSA CIVI. Dans le champ EtO- Billon. Denier. Poids 1».33.
Cette forme EtO produit directement celle ETO (Poey d'Avant, PI. LXXX, ïf* 4), avec le nom de Guillaume IV, le successeur immédiat de Pons.
B. Fillon conclut de cette filiation que ETO étant la dégénérescence d'VGO, ne peut vouloir dire Hatton. Quelque ingénieuse que soit cette déduction, on n'en est pas moins étonné de voir le même Guillaume IV reprendre la môme forme VGO et la reprendre môme avec assez de pureté (môme PI., n® 7). Mais elle s'altère dans le n*" 8 ou le G commence à affecter la forme d'une crosse que nous retrouverons sous Alphonse Jourdain et ses successeurs.
Pour expliquer ces retours à des types altérés ou abandonnés, B. Fillon suppose que ces diverses empreintes sortent des différents ateliers des comtes de Toulouse. Il va môme jusqu'à émettre l'opinion que certaines pièces pourraient avoir été frappées par Guillaume IX, duc d'Aquitaine, qui s'empara de Toulouse vers 1098, et aurait monnayé en son nom avec les types de Guillaume IV. N'est-ce pas aller un peu loin dans le champ des hypothèses ? Rentrons dans le domaine des faits.