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NEUVIÈME ÉMISSION

M. Blancard estime que ce fut pendant cette période que furent frappés les gros d'argent et les deniers portant le titre de roi de Sicile. En effet, jusqu'au 23 décembre 1274, le comte était lié envers ses fermiers monétaires par des baux qui n'énoncent pas la fabrication de gros d'argent. Mais les documents manquent à partir de cette époque. Peut-être M. Durrieux, qui s'occupe de publier les archives des rois de Naples, de la maison d'Anjou, les retrouvera-t-il à Kaples.

DIXIÈME ET ONZIÈME ÉMISSIONS. (Après 1277).

Charles Y^ émit, comme nous l'avons déjà dit, des deniers portant le titre de roi de Jérusalem, les unâ au type tournois, les autres au type du coronat. M. Blancard pense que la fabrication du premier a pu être continuée à Saint-Remy,

dont Jean de Pontlevoy, citoyen de Tours, avait été le premier directeur et que ce fut Tatelier de Tarascon qui frappa les coronats.

M. Blancard a pareillement étudié dans sou appendice les monnaies de fabrication italienne, mais qui ont éridemment circulé en Provence.

Ces monnaies sont le tarin, le réale que nous connaissons mieux en Franco sous le nom d'augustale, le salut d'or et le salut d'argent.

Aussitôt que Charles d'Anjou fut mis en possession du royaume de Naples, par la bulle d'investiture du 4 novembre 1265, il s'occupa de la fabrication de la monnaie. Mais à quelle date exactement ? M. le prince de San Giorgio pense qu'il en fabriqua avant les ordonnances des 4 ou 15 novembre 1266, ou, pour être plus exact, il fait descendre ces ordonnances à 1267. M. Blancard discute cette dernière date, la rejette et maintient celle de 1266. Le tarin, dit-il, est une pièce de fabrique française, mince et presque sans relief, offrant au droit un grand K gothique pour imiter le F de la monnaie de Frédéric II. Il en existe trois types que nous ferons connaître en leur place, Poey d'Avant n'ayant puhlié qu'un seul exemplaire. Il en sera de même de l'augustale dont il ne s'est pas occupé, et du salut, qu'il n'a gravé que pour l'argent.

De ce qui précède, on voit quel jour nouveau les travaux de M. Blancard jettent sur la classification scientifique des monnaies de Charles P'', et désormais l'on peut classer par dates les produits des émissions de ce long règne. C'est un progrès immense pour la riche numismatique de cette province, que Poey d'Avant avait laissée dans une singulière confusion. Il suffît de jeter les yeux sur son texte et sur ses planches pour remarquer qu'il publie en tête et à la fin de ce monnayage le salut d'argent et le tarin d'or, qui sont tous deux émis en Italie et par conséquent postérieurs à 1266. Des deniers portant le titre de roi de Jérusalem, postérieurs à 1277, sont classés avant les premiers tournois à la légende PROVINCIALIS. Enfin Poey d'Avant semble croire que Charles P% cédant aux injonctions de son frère, cessa toute fabrication de monnaie au type tournois après l'ordonnance de 1265. Or nous avons vu qu'il n'en fut rien, qu'après la conquête de Naples, Charles I", devenu roi lui-même et ayant plénitude de souveraineté, put faire fabriquer des monnaies au type le plus en faveur, que ce type était le type tournois, à en juger par les nombreuses imitations connues (1). Il émit des gros et des deniers tournois, avec

(i) M. Chautard a commencé un travail sut les monnaies au type tournois, dont il a déjà f^raTé les planches.

le titre de REX SICILIE; il émit encore des deniers tournois en 1277, quand il prit le titre de roi de Jérusalem. Nous verrons même que Charles il continua cette fabrication.

Nous avons, d'après les événements historiques et les chartes mises au jour par H. Blancard, posé les bases d'une classification. Hais nous n'aurons pas Toccasion de les appliquer ici, les pièces que nous publions étant toutes postérieures à la conquête de Naples.

346. ^ KAROL D6I GRA. Buste à droite surmonté d'une couronne dont les fleurs de lis se rapprochent latéralement et simulent une couronne fermée. Les cheveux sont longs, la toge attachée par une sorte de fibule; le bras est orné à sa partie supérieure d'un bracelet; derrière la télé une fleur de lis. i^. * REX SICILI6. ECU triangulaire surmonté d'un lambel et orné de dix fleurs de lis, 4, 3,2 et 1.

Augustale. Or. Poids 5«.20. Collection Charvet.

PI. XV, n» 2.

Nous publions de préférence cette pièce, parce qu'elle nous a paru d'un travail exceptionnel et d'une pureté de style qui rappelle les plus belles monnaies de l'empire Romain. M.Carpentin (1) ne signalait que quatre exemplaires à ce type, un au cabinet de Vienne, décrit par Fauris de Saint-Vincent ; un au cabinet de France, venant de la collection Haumont; un au musée de Marseille, venant d'Italie; et celui de la collection Charvet. Ajoutons que la collection Dassy en renfermait un adjugé en vente publique à Paris, moyennant 640 fr., qu'un autre, dans la collection Regnault, n'a été adjugé en 1878 que 288 fr., tant il est vrai que pour ces pièces de haut prix le style et la conservation sont les éléments déterminants de .la valeur.

Enfin il existe deux augustales au musée de Naples. Deux autres figuraient à la vente de la collection X..., adjugée en avril 1880, par les soins de M. Sambon. D'autres sont encore, sans aucun doute, ignorées dans les collections d'Italie. On a donc assigné une trop grande rareté à ces monnaies. Disons en terminant que Charles P' les imita des augustales de Frédéric II.

347. * KflROU Dfil GRA. Buste drapé et couronné du roi, derrière la tête

(i) Monnaie inédite de Provence, des princes de la maison d'Anjov. CoUecUoa J. Chanret 1868.

une fleur de lis. ^. i^i R6X SICILI6. Ecusson chargé de six fleurs de lis, 3, iei\, surmonté d'un lambel .

Or. Demi-auguslale. Poids 2^.60. Musée de Marseille. (Laugier, Revue Belge 1876, PL XVIII, n!" S). PL XV, n° 3.

Le poids est identiquement la moitié de celui de Taugustale.

348. Grand K dans le champ entre deux points. ^. Croix longue accostée de deux Cl et des lettres I€ XS.

Or. Poids 4«. (Revue Numismatique française 1860, PL X). PI. XV, n° 6.

349. Grand K dans le champ entre deux fleurs de lis. i^. Croix longue entre deux n et les lettres le XS.

Or. Poids 1^.75. (Revue Numismatique française 1860^ PL XJ. PI. XV,nM.

Selon M. Blancard, le poids théorique du tarin est de (H.87; les monnaies qui précèdent sont donc des multiples du tarin.

350. * KflROL • Dfil " GRfl *» IfiRinX « SIClLIfi « R«X . Ecusson , mipartie de Provence et de Sicile-Jérusalem; au-dessus de Técu un croissant entre deux étoiles; de chaque côté un quintefeuille entre deux étoiles. ^. * fll5« *» GRflCia ^ PLena « DOMIRVS ^ jeaism . La salutation angélique.

Or. Salut. Poids moyen 4^.37.

PI. XV, n» 4.

351 . * K ^ Dfil *> GRfl ^ ieRL5n <> SlCHia ** RfîX . Même type et même revers.

Or. Demi-salut. Collection Hoffmann.

PI. XV, n« 5.

Les saluts d'or ont été fabriqués à partir de 1 278 par François Formica au château Capouan à Naples. Ils rentrent dans le système monétaire de saint Louis, dont Vaurens regalis pèse 4*^.37 (1).

(1) Nous ?eaoiu d'examiner un exemplaire de cet aurtui regalU, dont rauthentlclté a éié critiquée. Nous le troutons irréprochable à tous les points de vue.

A quelle époque fut frappé le gros tournois de Charles P% qui porte au droit KAROLVS SGL RfiX et au revers GOMES PVlNaiE? Ce quUI y a de certain, c*est qu'il est postérieur à 1266 puisqu'il porte le titre de roi de Sicile, et que c'est à tort que Poey d'Avant a écrit que saint Louis, par son ordonnance de 1265, avait prescrit que ces gros qui avaient été copiés sur les siens fussent percés. Il n'est pas question de gros dans cette ordonnance, mais des monnaies de billon comme poitevins, provençaux et tholosains, c'est-à-dire des deniers tournois.

M. Blancard considère l'émission de ce gros comme antérieure au 1 2 mars 1 268, et voici par quel raisonnement. M. de Barthélémy a publié (1) un acte du 12 mars 1268, dans lequel Alphonse, comte de Toulouse, propriétaire pour moitié d'Avignon, comme marquis de Provence, donne diverses instructions à son sénéchal à Avignon et lui ordonne notamment de faire fabriquer pour la circulation dans cette ville des monnaies semblables à celles de son frère le roi de Sicile, comte de Provence, propriétaire de l'autre moitié de la ville, excepté, dit-il, la monnaie d'argent, excepta monetâ argented qiiam fabricare nolumus quoad presens. Le roi de Sicile frappait donc de la monnaie d'argent, et M. Blancard en induit que c'était le gros tournois. Ce laisonnement ne nous parait pas déterminant. Car Charles P' frappait à celte époque des gros Marseillais qui étaient aussi d'argent, môme d'argent très pur et auxquels l'acte de 1268 peut très bien faire allusion. Mais nous répétons ce que nous avons dit plus haut, que Charles I** a pu, dès la conquête de la Sicile, faire frapper au type tournois des monnaies qui même portant le titre de comte de Provence, ne tombaient pas sous le contrôle du roi de France.

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