ARLES
M. Biancard, par l'étude des textes, a proposé des modifications essentielles dans le classement du monnayage primitif d'Arles.
Les numismatistes étaient unanimes pour refuser à l'évoque Ytier (965-978) la monnaie qui porte au droit 9 SCI SYEPHANI ; croix et au revers lii ARELA CIVI; dans le champ un grand I. Poey d'Avant cherchait en vain dans la liste des évéques d'Arles un nom commençant par un I et n'en trouvait pas avant Jean de Baux (1 232l-'l 258) . Il reconnaissait que le style de cette monnaie ne permettait pas de la faire descendre si bas.
Voici l'attribution très plausible que propose M. Biancard (2).
En 1162, l'empereur Frédéric Barberousse partagea la seigneurie d'Arles, entre l'archevêque et le comte de Provence, et conféra au comte le droit d'y battre monnaie, droit que l'archevêque avait eu avant lui (3). Raymond BôrangerlII vint en 1465 à Arles et fut tué l'année suivante au siège de Nice. Ildefonse, roi d'Aragon, passa en Provence pour recueillir l'héritage du comte, et d'accord avec l'archevêque, il fit frapper cette monnaie purement Arlésienne. Le vocable de Saint-Etienne fut maintenu d'un côté comme signe de la participation ecclésiastique et de l'autre on plaça l'initiale I, celle du roi Ildefonse.
Le cours de cette monnaie était circonscrit par sa légende ARELA CIVI aux limites de la cité d'Arles.
En 1 177, l'archevêque Raymond de BoUène et le comte Raymond Béranger IV, comte de Provence et frère d'Udefonse, roi d'Aragon, convinrent d'en faire frapper une ayant cours dans toute la Provence. Aux termes de cet acte (4), quatre douzièmes du bénéfice appartenaient à un seigneur nommé Bernard d'Auriac. La dime des huit autres douzièmes revenait seule à l'archevêque.
(1) Revue Numismatique française 1883, page 103. (S) Monnaies de Charles I*^, pages 149-152.
(3) Archives des Bouche»-du-Rhdne, B. 285.
(4) Archives des Bouches-du-Rhône, G. 2. Livre noir, folio 41.
M. Blancard estime que la monnaie Frappée en vertu de cette convention dut être celle qu'il appelle le royal à la mitre (Voir PI. XV, n"" 1); la mitre est le seul signe qui reste de la participation archiépiscopale.
Cette association cessa en 1185, et les deux seigneurs firent battre monnaie chacun de leur côté. Le 10 août 1186 (1). Pierre Avmard, archevêque d'Arles, confia à Pierre de Thor la fabrication d'une monnaie archiépiscopale en son nom et en celui de saint Trophime. Cette monnaie nous est-elle parvenue? Je ne puis admettre, avec M. Blancard, que ce soit l'obole qui porte au droit et au revers une croix coupant la légende et que je publie (PI. XVII, n*» II), je pencherais plutôt pour le n° 399 dont je n'ai pu me procurer le dessin.
La monnaie d'Arles resta anonyme.
Le nom de SCI STEFANI ne disparut pas de la légende, par ce fait que l'église actuelle d'Arles, d'abord placée sous le vocable de suint Etienne, fut dédiée en 1152 à saint Trophime, qui était déjà le patron de la partie de la ville placée de l'autre côté du Rhône. M. Blancard cite ce texte à l'appui de cette opinion. Moneia ad jus et proprietatem ecc leste sancti Stefani omni tempore teneatur.
Il ne peut admettre, et nous sommes de son avis, que le denier à la têre de la vierge de face, que nous publions sous le n^ 398, soit antérieur à 1152.
Les statuts d'Arles de 1245-1247 constatent une convention conclue en 1234, entre l'archevêque et le podestat d'Arles, par laquelle les revenus du monnayage Arlésien et les dépenses étaient partagés par moitié entre le prélat et la ville (2).
Ces textes permettent à M. Blancard d'aiBrmer qu'avant l'avènement de Charles P', comme comte de Provence, et sans doute après, il circulait à Arles une monnaie fabriquée en cette ville aux frais de la commune et de l'église.
Aucune des pièces qui nous sont parvenues ne portent la trace de cette communauté de monnayage et il faut en rechercher les produits dans les deniers et oboles anonymes appartenant par leur paléographie à la première moitié du xiu^ siècle.
Passons maintenant à la description des pièces nouvelles qui sont venues à notre connaissance.