AVIGNON
Nous n^avons à nous occuper que du monnayage primitif d'Avignon, ayant exclu de notre programme toutes les monnaies émises par les papes, dans le comtat Venaissin. Par le traité de Paris (1229), Raymond Vil, comte de Toulouse, avait abandonné au pape les droits lui appartenant dans le marquisat (omne jus sicut nobis competit) c'est-à-dire le comtat et la moitié d'Avignon, l'autre moitié appartenant, comme nous l'avons dit déjà, au comte de Provence; mais il fut réintégré dans ses droits en 1234, et les papes ne furent en possession incontestée du comtat qu'en 1274, après la mort d'Alphonse, comte de Toulouse. Quant. à la ville même d'Avignon, le roi s'en était réservé la moitié qu'il céda au comte de Provence, et ce ne fut qu'en 1348 que les papes en devinrent propriétaires par suite de la cession, qui en fut consentie à Clément YI par la reine Jeanne moyennant 80,000 florins.
Tous les cabinets possèdent des deniers et oboles portant une clé dans le champ et la légende Avenio au droit et Nensis au revers. Ces monnaies se sont trouvées en abondance et en parfait état de conservation dans le trésor d'Espaly, enfoui au commencement du xiii* siècle (1). Ces monnaies ont été successivement attribuées aux papes et aux évoques d'Avignon, M. Blancard les revendique pour la commune. Il faut tout d'abord exclure les évéques. M. Blancard, dans ses investigations si consciencieuses, n'a pas trouvé de charte antérieure à celle de 1365, par laquelle l'empereur Charles IV conféra aux évéques le droit de monnayage.
La commune, au contraire, qui relevait directement de l'empire, s'était fait concéder ce droit par l'empereur Frédéric II, en décembre 1 239, et c'est à ce monnayage municipal que M. Blancard propose d'attribuer les pièces qui nous occupent. La clé qui figure dans le champ est selon lui l'attribut des consuls, qui avaient le droit de garder les clés des portes (jus tenendi c laves portarum) , Ce monnayage ne dura guère que dix ans et cessa le 7 mai 1251 , par la soumission de la commune à Charles d'Anjou et Alphonse de Poitiers.
Ces dates étant d'une grande précision, on voit de quelle importance est la composition du trésor d'Espaly et la fixation de son enfouissement. Pour qu'il ait
(1) Voir pour la composition de cette trouvaiUe la Revue Numismatique françaU* iS38, page 4i5. Les monnaies au nom de Mahaut, comtesse de Me?ers, et qui étaient classées à Uahautll (1257) ont été restituées par M. de Longpérieri Mahaut I**, ainsi que nous l'avons dit pa^ 107.
pu contenir des monnaies communales d*Âvignon, il faut qu*il soit postérieur â décembre 1239 et tout au contraire tend à le placer à une date antérieure.
Nous sommes en outre frappé d'une coïncidence.
Si les monnaies à légende Avenio-nensis ont été émises par le pape, ce dut être dans le très court espace de temps pendant lequel il était propriétaire de la moitié d'Avignon, de 1229 à 1234; or, pendant cette période, il avait délégué ses pouvoirs, très contestés par l'empereur Frédéric II, au sénéchal de Beaucaire et â Adam de Milly; cet Adam de Milly, était vice-gérant royal de la province de Narbonne, pendant qu'Arnaud Amaury, le légat, en était l'archevêque. N'a-t-il pas, en frappant monnaie pour le pape à Avignon, voulu imiter la monnaie émise par le légat à Narbonne avec la clé dans le champ, pour en faciliter la circulation entre les deux villes. (Voir notre PL IV y n^ 4).