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LANGRES

Un fait qu'il ne faut pas perdre de vue quand on étudie la numismatique de la Bourgogne, c'est que Langres était la cité épiscopale et que Dijon n'était qu'un castrum. C'est donc selon nous à Langres qu'il faut chercher le prototype des monnaies frappées à Dijon, à Chalon, à Mâcon.

Le caractère saillant du monnayage de Langres, c'est l'immobilisation du nom de LODOVICVS; est-ce le nom de Louis III ou celui de Louis lY 7 Poey d'Avant

le recule à ce dernier et il donne à son opinion une raison assez plausible, c'est que le type du revers IX parait être la continuation de la lettre R barrée qu*on trouve à Langres d'abord sur la monnaie de Raoul avant de la trouver sur celle portant le nom de HLODOVICVS. Le nom de Raoul était bien moins connu de la population que celui de Louis qui s'est immobilisé dans un si grand nombre d'ateliers et c'est pourquoi ce dernier a été adopté de préférence.

Le monnayage commence à Langres par des deniers et Ides oboles à légendes très correctes et d'un poids élevé, le denier pèse 1».30. Le type du champ fut d'abord la lettre R à queue barrée, qui produisit le type à la croisette accostée d'un 1. La croisette primitive devint une croix fichée, accostée à droite ou à gauche d'un trait. Les légendes deviennent complètement barbares. Le nom de LINGONIS peut encore se reconstituer; mais celui de HLVDOVICVS est devenu méconnaissable . Voici un denier qui doit servir de jalon dans l'étude des dégénérescences.

574. * ICDIVVVISVX . Croix fichée accostée d'un chevron à droite. ^. ^ IINONIS IVCL... Croix cantonnée d'un besant au premier.

Argent. Denier. Collection Gariel.

PI. XXIII, nM6.

Ce denier peut être rapproché de celui plus barbare encore que Poey d'Ayant a publié PI. CXXXV, n« 8.

Une réaction s'opère dans le xii^ siècle; elle s'opère à la fois sur le poids, sur Taloi et sur le type de la monnaie, mais la légende LOt>OVICVS persiste et ceitains numismatistes en font des monnaies royales ou semi royales qu'ils attribuent à Louis VIL Selon nous, c'est le rétablissement de la légende primitive avec le type nouveau de la crosse accostée du soleil et de la lune.

A la fin du xu® siècle apparaît un autre type, qui ne nous est connu que depuis peu d'années.

575. 9 SCS MAMCOES. Croix cantonnée de deux besants et deux annelets. ^. *h LINGONIS VRBS. Double crosse entre deux annelets.

Billon. Denier. Cabinet de France.

(Bulletin de la Société archéologique de Langres 1878). PI.XXIII, nM7.

M. de Barthélémy en publiant cette pièce la rapproche du type émis par Eudes III, duc de Bourgogne (1 1 93-1 21 8). Il y a lieu également de tenir compte de

l'observation de M. Maxe Werly que nous avons rapportée plus haut; d'après lui, la double crosse aurait paru à Dijon dès Hugues III (1162-1193). A eetteméme époque, Renaud ou Bernard de Bar-sur-Seine était évéque de Langres. Il avait obtenu de l'empereur ul'Orient le bras de Saint Hammès, et traduit en latin le commentaire grec de Melaphraste sur les actes de ce saint. L'ayant donc en vénération particulière, il n'est pas étonnant qu'il ait inscrit son nom sur la monnaie épiscopale.

Ce denier a été trouvé en Orient, mais nous ne pensons pas qu'il y ait été frappé.

Quant à la double crosse, nous ne pourrions donner à ce sujet que des conjectures plus ou moins hasardées.

En même temps qu'il publie le denier au nom de Saint Mammès, M. de Barthélémy esquisse à grandes lignes le monnayage de Langres, dont il se propose de faire ultérieurement la monographie et pour la numismatique féodale, il pose deux problèmes dont il laisse entrevoir la solution.

Le denier au nom de HVGO (Poey d'Avant, PL CX.XXV, n^ 9), appartient-il à Hugues de Bretcuil (4032-1049), auquel il a été attribué jusqu'à présent ou à Bernard, ou Renaud Hugues de Bar (1065-1085), plus voisin de Hugues P^ duc de Bourgogne (1075-1078), avec la monnaie duquel le denier en question a une grande analogie, cette analogie est évidente; mais d'où vient l'imitation ? A cette époque, la monnaie de Langres au nom immobilisé de HLVDOVICVS était bien plus répandue que la monnaie des ducs de Bourgogne de la première maison de France, dont l'avènement était récent. En outre, le type de Langres est à la croix ^ (ichée accostée de deux chevrons. Le type de Dijon n'a que la croix fichée et il est bien plus naturel de supposer dans une imitation un retranchement qu'une addition. Le type du revers avec ses deux croisettes est identique dans les deux deniers.

La solution du deuxième problème parait rallier toutes les opinions, n Guy de Rochefort, dit M. de Barthélémy, inscrivit son nom et Guy de Genève continua le monnayage de son prédécesseur. Mais je crois avoir de bonnes raisons pour classer à Guillaume de Durfort (1307-1318), la pièce donnéejusqu'ici à Guillaume de Joinville (1209-1219)».

La même idée nous était venue en constatant dans le dépouillement de la trouvaille de Sierck, enfouie en 1327, la présence d'un certain nombre de deniers à la légende GVL' en bon état de conservation.

Ajoutons qu'au commencement du xiu^ siècle l'écu armorié ne figurait point

encore sur les monnaies et qu*il ne parut en Bourgogne que sous Robert II (1272-1305), à Nevers que sous Eudes de Bourgogne après 1257, en Bretagne (]ue sous Jean V (1237-1286). Enfin nous trouvons un autre argument dans une charte publiée par M. de Barthélémy (loco cùato). Il résulte de ce document qu'en 1238, l'évéque Robert de Thorolte voulut modifier sa monnaie (Monetam novam concedere); si son prédécesseur avait déjà adopté le type nouveau de l'écu, il n'est pas vraisemblable que si peu de temps après, Robert de Thorotte ait voulu le modifier. On ne comprendrait pas en tout cas que, si ce type avait été modifié sous Robert de Thorolte, il ait été repris par ses successeurs Guy de Rochefort et de Genève.

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