ARCHEVÊQUES DE REIMS
C'est à MM. de Barthélémy et Maxe-Werly que depuis 1862 la Numismatique rémoise est redevable des progrès sensibles qu'elle a faits. MM. de Longpérier (I), Duquenelle (2) et de Barthélémy (3), avaient singulièrement facilité la tâche de Poey d'Avant. C'est surtout dans les travaux de M. Maxe-Werly que nous puiserons les renseignements nouveaux que nous soumettrons à nos lecteurs. Après son Essai sur la Numismatique Rémoise (1863), nous trouvons de lui uo article sur le môme sujet (Revue Numismatique française 1867, page 209), une lettre à M. de Barthélémy (Revue de Champagne et Brie, novembre 1876, page 315) et une étude sur la pièce d'alliance du comte de Champagne et l'archevêque Henri (Mémoires de la Société de la Marne 1878).
Quant à l^essai publié à Châlons en 1872, par M. Auguste' Denis, sur la Numismatique du département actuel de la Marne, nous n'avons pas trouvé grand chos^ à y relever.
Les archevêques de Reims durent faire d'abord usage du monogramme carolingien. C'est ce que M. Maxe-Werly a excellemment exprimé dans sa lettre à M. de Barthélémy de 1876, en termes que nous croyons utile de relater.
« Selon Leblanc, le roi Louis IV d'Outremer aurait accordé en 940, à Artald, archevêque de Reims, le droit de bat(re monnaie. Cette concession fut-elle réelle? Je ne saurais l'affirmer. Il n'en existe aucune trace dans les archives, et le chroniqueur Flodoard, qui le premier rapporte ce fait, ne cite pas le texte, qu'il eût été si important de connaître. Toutefois, malgré l'absence de cette charte, qui sans doute devait déterminer la forme de la monnaie rémoise, je crois que dès le milieu du X® siècle, les archevêques de Reims, mis en possession de l'atelier de cette ville, durent y continuer la fabrication pour leur propre compte, qu'ils émirent des
(1) Revue Numismatique française 1840, page 338.
(2) Revue Numismatique française i845, page 447.
(3) Revue Numismatique française 1860, page 138.
espèces au type royal et que sans inscrire leur nom dans les légendes, ils prirent soin de désigner par une lettre, par un signe le produit de leur fabrication. »
« La présence de la lettre A isolée entre les bras de la croix sur deux monnaies au monogramme carolingien frappées à Reims et que je rencontre pour la première fois, m'a suggéré, en raison de l'altération de leur type, l'idée de rechercher si la lettre A ne serait pas l'initiale du nom de l'archevêque Arlald, (932-941) et(94&-96<), ou de ses successeurs Adalberon et Arnould (970 à 1021). »
A l'appui de sa proposition, M. Maxe-Werly cite les exemples nombreux de lettres initiales : H, initiale de Hugues-le-Noir, duc bénéficiaire sur les monnaies de Mâcon vers 936; R, première lettre de Robert, roi de France (996-1031), sur un denier de Mâcon; S, initiale de Sedon, archevêque de Vienne, vers 946. (Voir notre PI. XX, nM9).
Voici les deux monnaies signalées par M. Maxe-Werly.
586. « GRATIA DI DEX. Monogramme carolin. ^. * REMIS CIVITAS. Croix cantonnée d'un A au 3*.
Argent. Denier. Poids 1».65.
Collection A. de Rarlhélemy. PI. XXIV, n« 8.
587. * GRATIA.... RII. Traces du monogramme carolin. i^ MIS CIViTAt/).
Croix cantonnée d'un A au 4®.
Argent. Obole. Poids 08.73.
Collection Duquenelle.
PI. XXIV, n*» 9.
M. Maxe-Werly s'est aussi demandé si cet A ne serait pas autre chose que l'alpha des monnaies capétiennes, qui présentent aux bras de la croix l'alpha et l'oméga. Mais je préfère avec lui y voir l'initiale d'un prélat, je le préfère parce qu'un denier de 1^.65 et une obole de 0^.73 sont d'un poids, qui dénote une fabrication antérieure au monnayage capétien et aussi parce que les signes A et H sont suspendus aux bras de la croix et que l'alpha des monnaies précitées occupe une toute autre place dans le champ.
Quant à l'archevêque, dont l'initiale A désignerait le nom, nous ne croyons pas qu'il puisse être autre que l'archevêque Artald; car sous ses successeurs Adalberon et Arnould, dont le nom commence, il est vrai, par la même lettre A, nous voyons apparaître un type original , qui s'affranchit du monogramme
carolingien, qui n*estpas encore le monnayage indépendant et cpn'i caractérise cette période de transition qu'on a appelée le monnayage mixte on semi-royal.
588. * ArcAtePICO REM. Tête de face. ^. * FrmcoRyià REX. Télé de face.
Denier. Collection Dannenberg.
Dessin communiqué par M. Maxe-Werly.
PI. XXIV, no <0.
Ce denier nous donnerait la provenance certaine du denier suivant, si déjà nous n*avions été mis sur la voie par la similitude de son style avec les deniers du comte Eudes (1019), qui en copia évidemment le type, et les deniers semi-royaux d'Adalberon, évéque de Laon et du roi Robert, et surtout par la présence du mot archiepc, dont l'application est très limitée dans la région de TEst de la France.
589. * A.... HiePC... PV. Tête de face. i^. * rRANCORVM REX. Tête de face.
Billon. Denier. Collection Gariel.
PI. XXIV, n» 11.
Les pièces à ce type semi-royal ne sont pas les seules; si nos renseignement sont exacts, il en existerait d'autres spécimens dans certaines collections de TEst. Espérons que M. Maxe-Werly obtiendra Tautorisation de les publier et nous en fera connaître toutes les variétés.
Ces deniers sont évidemment postérieurs ou contemporains des deniers au monogi'amme carolingien; M. Gariel (1) a classé le sien tu roi Lothaire et nous espérons démontrer qu'il a eu raison de le faire. En effet le monnayage des archevêques de Reims est un des plus riches que nous possédions et nous fournit des jalons certains. Nous possédons une pièce signée de Guy deChâtillon (1 033-1 05S) et peut-être un denier de Tarchevèque Adalberon (989) ayantempranté le nom da roi Hugues Capet. (Poey d'Avant, 6050, PI . CXL, n*» 9). Or le droit monétaire n'ayant été concédé qu'en 940 par Louis d'Outremer à l'évéque Artald, et celui-ci ayant émis des monnaies au type carolingien, il est très vraisemblable que les deniers semiroyaux furent émis sous le roi Lothaire, dont le rogne (954-986) embrasse presque toute la période intermédiaire entre la fin de l'archiépiscopat d'Artald (961), et lu monnaie au nom d'Hugues, qui a du être émise entre 987 et 996.
(\) MMUiales royaîes sotiB b race earoIfAgientie.
Ce type se continua sans doule sous Arnoul etGerberi, et Eudes, comte de Blois (1019), trouvant à Reims cette tête déjii barbare, rimitu par une tète plus barbare encore. Ce sont les deniers que Poey d'Avant a gravés PL GXL, n" <0 et 41, et dont le poids 1^.30 indique bien des deniers du comakencemeat du xi^ siècle.
EBLES.
Le monnayage comtal ne se continue pas à Reims. L'archevèques Ebles ou Ebalus de Roucy, réunit le comté de Reims aux domaines de Téglise et la possession de ce comté en fut confirmée à ses successeurs en 1059, par Philippe I*^
Poey d'Avant, qui n'avait point connaissance des deniers semi-royaux aux deux tètes, a raisonné comme si l'immobilisation du monogramme carolingien avait persisté jusqu'à ce que Guy de Châtillon signât ses monnaies, et il a cru pouvoir attribuer à Ebles une obole dont la croix est cantonnée de deux points et de deux croissants (PI. CXL, n° 8). Cette obole, par les cantonnements de la croix, est bien un des derniers produits du monnayage au type carolingien dégénéré; mais on ne peut admettre qu'après avoir émis un type aussi complètement diiïérent que celui de la monnaie mixte aux deux tètes, les archevêques de Reims soient revenus au monogramme. Nous rejetons donc l'attribution à Ebles d'une monnaie au type carolingien.