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MANASSÈS

Il y eut à Reims deux prélats de ce nom, Manassës I*' (1069-1081) et Manassës II (1096-1106), et Poey d'Avant leur a attribué à chacun une monnaie d'un lype différent; à Manassës I", un denier avec MSES, dans le champ, en légende ARCHIPRESVL. ^. VlTA XIANA avec une croix dans un cercle à quatre lobes; à Manassës II, un denier avec la légende * ....ASSES ARCHIEPC Croix cantonnée d'un trèfle au 2* et d'un annelet au 3». ^. * SCE or)ARI....e0OENSlS. Monogramme. (Poey d'Avant. PI. CXL, n~ 16 et 15).

M. de Longpérier avait attribué à Manassës I" le deuxième denier portant le titre A'archiepc. M. Duquenelle, au contraire, en publiant le premier qui porte le titre A'archtpresul, le considérait comme plus ancien et le donnait à Manassës P^ renvoyant à Manassës II, celui qui porte archiepc. Toute son argumentation porte sur ce que ces deux titres n'auraient été employés que successivement, tandis que nous venons de voir qu'ils ont existé concurremment, sinon sur les monnaies, au moins dans les documents écrits. Poey d'Avant avait adopté la distinction de M. Duquenelle. Tel était l'état de la question, lorsque M. Maxe-Werly publia l'obole suivante :

591. Dans le champ MSES en légende V ARCblE.... PVS. ^. Signe indéterminé VITA XIIANA. Croix dans un cercle à quatre lobes.

Argent. Obole. Poids 0^.53. Collection Duquenelle. (Revue Numismatique française 1867 ^ PL K/, n? 8)- PI.XXIV, nM2.

(1) Revue NumismaUque française 1845.

(i) Même recueil i840.

(3) Dom Malienne, Amp. CoUect. Tome IF, page 624.

On possède donc aujourd'hui un denier et une obole qui ne peuvent appartenir qu'au même Manassés, puisqu'elles portent le même monogramme et la même légende VITA XPIANA. Mais le denier portant le titre i'archipresul et l'obole celui d'ARCbIEjE>i5coPVS, il en résulte que ces deux titres étaient usités simultanément, et que l'emploi de l'un ou de l'autre ne peut servir d'argument pour établir le plus ou le moins d'ancienneté d'une monnaie.

Il est une autre remarque qui n'a pas échappé à M. Maxe-Werly dans cette discussion. C'est la présence du monogramme de Gervais sur un denier attribué à Manassës IL « Ne serait-il pas extraordinaire, dit-il, que le monogramme de Gervais, abandonné par iManassès P', fut remis en faveur par Renaud avec quelque différence et reparaisse avec sa forme primitive sur les deniers de Manassès IL Comment expliquer qu'après une période de 30 à 40 ans, après deux règnes pendant lesquels le type des monnaies de Gervais aurait cessé d'être employé^ nous le retrouvions identique sur les deniers attribués à Manassès IL » M. Maxe-Werly en conclut qu'il faut rétablir à Manassès P' le denier qui porte le monogramme de Gervais et la légende SCE <^AR1 .... cnf NSIS et reporter à Manassès II le denier et l'obole avec la légende VITA XPIANA. Nous serions tenté de donner les trois monnaies au même prélat, à Manassès P% à raison de l'ancienneté de la légende Vita Xristiana.

RAINAUD. 1083—1096.

592. * RE...IS....E... ROPOLIS. Monogramme formé des lettres CRAI. ^. SCA OOARlA RE. Croix cantonnée de deux lis.

Argent. Denier. Catalogue Dassy.

Le dessin de ce denier donné par Poey d'Avant, PI. CXL, n° 17, est exact, mais la description ne l'est pas. Elle a omis au revers REmensts, ce qui est la continuation par abréviation de la légende SCE ^ARI....^ENSIS et ajoute un argument en faveur de l'attribution à Manassès P' du denier à la légende sce marie remensisj les imitations procédant par retranchement plutôt que par addition.

Enfin il n'est pas inutile de faire observer que dans le monogramme CRAl la forme C n'a d'autre but que d'imiter le monogramme de Gervais par C et que les lettres RAI sont les initiales de RAlnaldus.

GUILLAUME P'. 1176—1202 ou GUILLAUME IL 1219—1226.

593. GVLERMVS en deux lignes entre deux traits, au-dessus et au-dessous un point en légende circulaire. * ARCblEPiSCOPVS. ^. X RECniS CIVITAS. Croix canJtonnée de deux croissants et de deux lis.

Billon. Piedfort. Poi(îs 3«.05.

Collection Fernand Mallet, d'Amiens.

PI. XXIV, n« 13.

Il n'y a aucune raison pour attribuer plutôt à Guillaume I*^ les monnaies à la légende GVLERM VS, et à Guillaume II celles à la légende GVLELMVS. H. Maxe- Werly fait même remarquer que les chartes de Guillaume I*' sont orthographiées GVILLELMVS. Nous croyons qu'avant le xiii^ siècle l'usage de piedforts était peu répandu et que celui-ci appartient plutôt à Guillaume II, qui ne mourut qu'en 1226. C'est même un des plus anciens exemples de cet essai monétaire.

HENRI n. 1227—1240.

594. HEhRICVS en deux lignes dans le champ entre deux traits, un point dessus

et dessous. En légende circulaire * ARCHRSNSCOPVS. ^. *TEBAV COMES.

Croix cantonnée de deux besants aux l'*' et 4®, d'un râteau au 2* et d'un A au

3*, ces deux derniers signes dégénérés de l'A et l'H. Billon. Denier. Poids 1».15. Collection Maxe-Werly.

(Buvignier. Communication au congrès archéologique de Chalon 1875). PI. XXIV, nM 4.

Nous classons cette pièce d'alliance aux archevêques de Reims à cause du type.

Elle ne peut appartenir qu'à l'archevêque Henri II (1227-1240) et au comie Thibaut IV (1201-1253), l'archevêque Henri M' (1162-1175) n'ayant pas été contemporain d'un Thibaud, mais d'Henri P% comte de Champagne (1152-1180).

M. Maxe-Werly, auquel M. Buvignier a cédé ce précieux denier, l'a étudié avec le plus grand soin (1). Il constate d'abord que nous ne connaissons aucune convention monétaire entre les comtes de Champagne et l'archevêque de Reims, qui était complètement indépendant, et il reconnaît que laconlemporanéité ne peut s'appliquer qu'à l'archevêque Henri II et au comte Thibaut IV. Mais il se présente à son esprit deux objections et ces objections lui paraissent avoir une telle valeur qu'il va jusqu'à se demander si la pièce ne serait pas le résultat, sinon d'un faux monnayage, du moins, l'œuvre d'un monnayeur se servant par erreur de deux coins de seigneurs différents. Il faut écarter ces deux idées et nous croyons que celte pièce d'alliance peut très bien s'expliquer. Ce qui préoccupe M. Maxe- Werly, c'est qu'il admet comme un fait acquis que les deniers, qui portent le nom du comte écrit TEBAV, appartiennent, soit à Thibaut III, soit à la minorité de

(1) Mémoires de la Société des sciences, lettres et arts de la Manie 1877, pages 217-241.

Thibaut IV ou à sa majorité, josqu'ea 12âi. En cette année 1334, Thibaut IV créa le lype du peigne au chatel et, dès 4335, on trouve dans les chartes la mention de Provinois neufs, sur lesquels le nom de Thibaut est écrit TEBAT. Comment concilier, se demande M. Maxe-Werly, qu'une monnaie qui ne peut être antérieure à 1337, date de Texaltation de Farchevêque Henri II, porte le nom du comte écrit TEBAV, forme qui était abandonnée en Champagne depuis 1334. Celte objection n'est pas sans réponse. D'abord la modification de type de 1334 ne s'applique qu'à la monnaie provinoise et non à l'atelier de Troyes qui continua à fabriquer avec le monogramme TEB et ses différents appendices. Nous avons déjà signalé que le denier frappé à Troyes avec le monogramme fleurdelisé était l'une des dernières monnaies frappées par les comtes de Champagne, que Poey d'Avant la classait à Thibaut IV, et que B. Fillon la revendiquait pour Thibaut V. Or, ce denier porte le nom de Thibaut écrit TEBAV. Si Thibaut IV surmonta son monogramme d'un lis en souvenir des services qu'il rendit à la couronne pendant la minorité de Saint-Louis, ce ne put être au plus tôt qu'en 1336 et probablement après. On peut donc affirmer que même après 1324 Thibaut IV inscrivait sur les monnaies son nom avec la forme TEBAV et que rien ne s'oppose à ce qu'il soit inscrit ainsi sur une monnaie d'alliance avec l'archevêque de Reims postérieurement à 1227. Du reste, une récente découverte vient de corroborer notre opinion et M. Maxe-Werly a signalé dans la trouvaille d'Autreville (Vosges), un denier de Thibaut IV, au lype du peigne au chatel, créé en 1224, sur lequel le nom du comte est écrit TEBAV [\). Rien ne s'oppose donc plus à l'attribution qui précède.

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