AMIENS
MM. Desains (1), Nailet (2) et Rigollot (3), ont les premiers fait connaître le^ monnaies picardes en s'aidant des conseils de Leiewel. Un certain nombre des monnaies publiées par eax porte bien au revers le nom d'AMBIANIS avec diverses interversions et omissions qui rendent parfois ce nom bien diflScile à reconnaître. Il en est sur lesquelles du côté du monogramme on peut distinguer des traces de XPISTIANA pour Christiana religio. Quant aux lettres XEAICICESS dont on a voulu faire Xrisie VictsseSy cette interprétation me paraît inadmissible. M. Mallet a bien voulu m'envoyer en communication toutes les pièces qu'il possède de ces premières trouvailles; je n'ai rien pu y découvrir de nouveau. (Vest à M. de Longpérier qu'on doit la publication des plus anciennes monnaies signées parle comte Gautier (986-1027) et l'évoque Foulques II (1031-4058]. J'ai publié sur les monnaies à la légende PAX un petit travail sur lequel j'aurai l'occasion de revenir plus loin.
Kniin MM. Bazot (4} et Serrure fils (5) ont fait, chacun de son côté, deux monographies de l'atelier d'Amiens , dans lesquelles il se trouve des idées nouvelles, mais aucune pièce à publier.
Dans la collection de mon regrettable ami Gariel, j'ai rencontré un denier qui lui avait été cédé par M. de Roucy de Compiègne. Il m'a semblé d'un type complètement nouveau.
603. Traces de légendes, dans le champ deux croisettes séparées par un annelet, à droite la lettre R ou B, à gauche un annelet. ^. 9 AMBIANIST en rétrograde. Croix.
Billon. Denier. Collection Gariel.
PI. XXV, n« 1 (6).
(i) Recherches sur les monnaies de Laon. Saint-Quentin 1840.
(i) MaUet et RigoUot. Découverte de monDaies picardes. Amiens i841.
(3) RigoUot. NouveUe découverte de monnaies picardes.
(4) Mémoires des antiquaires de Picardie 1837, page 1 à 26.
(5) Bulletin mensuel de Numismatique 188Â, page 38.
(6) J'ai rendu aussi exactement que possible le style de cette importante monnaie. Hais n'ayant pu la faire reproduire par M. Roman, je n'en garantis pas le dessin.
Il est impossible de classer cette pièce dans la série royale, le monogramme de l'avers s'y refuse complètement.
La monnaie la plus connue d'Amiens est celle à la légende PAX; j'ai essayé de rattacher cette monnaie à la commune d'Amiens (1), en me fondant sur ce que le mot de PAX était le synonyme de celui de communia, communùas, j'ai étayé ma thèse sur une foule de textes qui lui donnaient une apparence de vraisemblance. La composition des trouvailles semble en contradiction avec cette opinion. M. Desains ayant rencontré ces monnaies avec des pièces royales qui ne dépassent pas le règne de Robert (1031), M. Mallet avec des monnaies d'Evrard de Corbie (1096), M. de Roucy (2) les ayant trouvées avec des deniers de Philippe P% ces enfouissements doivent être antérieurs à la commune d'Amiens, qui ne date que de 1113.
Ce qu'il y a de certain, c'est que cette légende se perpétua à Amiens. Nous la retrouvons sur les nombreux deniers de la trouvaille de Corbie enfouie de 1120 à 1138. Les légendes sont restées les mêmes, mais le style de la monnaie a changé et nous conduit au monnayage de Philippe d'Alsace (1161). Aussi croyons-nous devoir reproduire deux de ces deniers.
603 . Dans le champ PAX et en légende circulaire CIVIBVS TVIS . ^. * AMBIANIS. Croix.
Billon. Denier. Collections Letellier et autres. PI. XXV, n« 2.
604. Mêmes légende et type. £^. 9 AMS ^ AMIS. Croix. Billon. Denier. Collection Caron.
PI. XXV, n° 3.
Cette répétition du nom de la ville nous est déjà connue par les monnaies de Saint-Omer.
Il n'en est pas moins incontestable que la commune d'Amiens a battu monnaie et qu'on ne peut lui refuser les mailles qui portent 9 CIVIVM ; dans le champ AMB en triangle et au revers MONETA; or, n'est il pas singulier de retrouver le même nom employé sur les deux monnaies par les formes CIVIBVS et CIVIVM pendant plus d'un siècle et demi? n'en devrait-on pas conclure que ces deux monnaies émanent de la môme autorité, et qu'Amiens avait un pouvoir municipal indépendant, avant
(i) Annuaire de la Société de Numismatique française 1867, page 179. (2) ReTue Numismatique française 1865, page 65.
d'avoir une charte communale légalement reconnue par le roi ; c'est ce qu'avaient déjà indiqué MM. Mallet et Rigollot, quand ils nous pariaient iesprimores urbis, des viri atithentici existant avant l'établissement de la commune. Je dois cependant reconnaître que je n'ai trouvé aucun texte du xt siècle où le mot PAX ait la signification de commune.
L'homotypie du mot PAX avec le mot RIX, la place que tous deux occupent dans le champ, la similitude du style et la présence fréquente des monnaies avec RIX dans les dépôts de monnaies picardes avec PAX ont conduit les numismalistes de la Picardie à donner ces deniers à Amiens, bien qu'ils portassent le nom de HENRI plus ou moins altéré. Poey d'Avant les a suivis dans cett« voie et sous les n*** 6400 et 6401, PI. CXLIX, n® 5, il les classe à Amiens. Il faut leur rendre leur première attribution et les restituer au monnayage immobilisé d'Henri-l'Oiseleur, frappant originairement à Verdun. Ce monnayage qui s'est perpétué pendant les xi^ et xii* siècles a produit des dégénérescences, où le mot RIX a seul gardé la physionomie originaire. Il est étonnant que Poey d'Avant, si partisan du système des immobilisations, n'ait point reconnu celle-là.
On retrouve encore le mot PAX dans le champ de deniers qui portent des deux côtés ISIAMVNTAI - ISIAMVNAI — ISIANVMAI. Je me refuse à voir sur ces deniers du xi® siècle, et sans doute les plus anciens d'Amiens, la légende en langue vulgaire : ici a monnaie; j'y cherche vainement le mot AMBIANIS dont le B n'était pas encore tombé, puisque nous le retrouvons sous Philippe d'Alsace dans la légende AMB. Peut-être faut-il encore revenir à l'opinion, si singulière qu'elle ait paru, de M. Piot qui y lisait ISIA MVNTEI pour le monétaire ISIAS. Nous allons voir ce rôle des monétaires s'affirmer de plus en plus dans la fabrication des monnaies picardes.
Celui qui joua le rôle le plus important est le monétaire Simon investi de la pleine confiance du comte Philippe d'Alsace, battant monnaie pour iui à Amiens, à Crépy-en-Valois et sans doute à Arras, et qui est peut-être le même que celui qui figure sur une charte de Jean !•', comte d'Abbeville,.en H86, charte dont on trouvera le texte sous le n° 690 et suivants.
Philippe d'Alsace et son monétaire Simon avaient d'abord conservé l'ancien type d'Amiens avec PaX au centre, puis le grand A resta seul dans le champ et les deux lettres P et X furent remplacées par deux fleurs de lis ou deux croissants.
Avec le système flamand importé par Philippe d'Aisace, apparaissent les petits deniers et les mailles d'argent. Nous avons déjà parlé des mailles frappées par la
commuDe. Le comte en frappait aussi avec la légende PHILIPVS au droit, et aa revers celle de LIPLOA, qu'on a diversement traduite, primitivement par Lille, puis par un nom de monétaire, enfin par LlPLMd ou PLhcitum, le plaid, rassemblée des citoyens. Cette dernière explication ne me satisfait pas pleinement, bien qu'elle soit adoptée par M. Serrure fils, qui a par lui et ses traditions de famille une réelle compétence sur la matière. M. Serrure n'est pas partisan des noms de monétaires et il attribue les mailles aux légendes FAVREBI et CHIRIBI à deux villages de ce nom dans les environs d'Arras.