SAINT-MÉDARD-DE-SOISSONS
Nous intervertissons à dessein l'ordre adopté par Poey d'Avant, non seulement parce que le monnayage de l'abbaye de Saint-Hédard est de beaucoup plus ancien que celui de Soissons, mais surtout parce que l'étude de ce numéraire est de nature à jeter quelque lumière sur les problèmes, que soulèvent les monnaies attribuées jusqu'à présent aux évéques de Soissons.
Et tout d'abord, je suis bien tenté de rejeter du monnayage de Saint-Médard et même de Soissons, les deux deniers qui lui ont été attribués par M. de Longpérier (1) et qui ont été publiés par Poey d'Avant, PI. CLI, n°* 18 et 19.
Le premier n'a pour le rattacher à la numismatique soissonnaise que la présence des lettres liées et les S qui se trouvent à la fois dans le champ du droit et dans les cantonnements de la croix. Quant au second, il m'est impossible de reconnaître le mot de SVESSIO dans les lettres SOVOVIIISS. Le champ du droit contient deux croisettes et deux annelets formant la croix ; j'ai rencontré identiquement le même type avec des légendes différentes, mais inexplicables pour moi, dans la trouvaille de Corbie.
Je publierai aux incertaines ces monnaies qui par leur type et leurs légendes appartiennent aux mêmes contrées.
La pièce suivante de Poey d'Avant, n° 6504, a été mal lue et mal décrite. M. Bretagne croyait y voir les traces du nom de HENRICVS et l'attribuait à Henri l*^ Le dessin était plus clairvoyant, PI. CLI, n° 20, et on peut y lire en rétrograde »E * ... * ... C*VS.
(1) Revue Numismatique 1839, PI. XXf, ii<» 1 et 2).
Un exemplaire à pea près semblable nous donne une lecture beaucoup plus complète.
607. 9 NE ^ D....<i>RD. Croix dans un grenetis cantonnée au 1®' d'un besant, au
3*^ d'unV. ^ TN*. Etendard éployé à gauche, dessous trois annelets
formant triangle.
Billon. Denier. Collection Frédéric Moreau. PI. XXV, n<> 5.
Ce denier a été trouvé dans une tombe de pierre à Arcy-Sainte-Restitute (Aisne) et m*a été obligeamment communiqué par M. Moreau, Tinfatigablc et heureux explorateur des tombes de Caranda et autres nécropoles voisines ; je n'ai pas hésité à Tattribuer à l'abbaye de Saint-Médard et à le rapprocher du denier mal lu par Poey d'Avant. Les deux lettres du revers TN peuvent faire partie du mot SebasTiaHus. M. Maxe-Werly (1) préfère y lire SaHcTtis en rétrograde.
Nous sommes en tous cas tous deux d'accord pour refuser ce denier à Henri I".
L'étendard éployé à droite dans le denier de M. Bretagne, à gauche dans celui de M. Moreau, appartient évidemment à Saint-Médard. Nous le retrouvons sur les deniers qui portent en légende SIGNVM SEBSTN et au revers une tête informe de profil à droite avec la légende SCI MEDARDI CAPVT.
Or, M. Maxe-Werly signale ce môme étendard sur la monnaie suivante :
608. ...L...V3E— COE. Etendard développé à gauche, au-dessus et à droite un globule, au-dessous une croisetle pattée accostée à gauche d'un globule. ^ E....LCOEa. Croix évidée au centre cantonnée de quatre besants.
Billon. Obole. Collection Meyer.
PI. XXV, n« 6.
Cette obole est inédite, mais dès 1841 MM. Mallet et Rigollot avaient publié le denier d'après un dessin de M. de Longpérier sous le n** 76 de leur Découverte de monjiaies picardes.
On ne peut distinguer sur ces monnaies ni le nom de Saint-Médard ni celui de Soissons. Nous allons voir cependant quelles conséquences en tire M. Maxe- Werlv.
SOISSONS (ÉvÉQUES de).
Les évéques de Soissons ont-ils battu monnaie; c'est un droit que leur refuse
{{) Revue Numismatique française 1884, page 92.
rntégoriquement M. Maxe-Werly, contrairement à Topinion de tous les numismatisles et des historiens, qui se sont occupés de la ville de Soissons. Je reconnais avec lui qu'aucun texte certain ne leur confère ce privilège et que les légendes des monnaies qui leur sont attribuées sont bien peu probantes. Hais je ne puis le suivre dans une opinion aussi absolue, et tout d'abord M. Maxe-Werly fait justice de la légende * VGO VTLNTOT que M. Voillemier avait cru pouvoir attribuer à Hn^ies de Pierrefonds, cvéque de Soissons (<092-<103). Il a prouvé matériellemt'nt que la lettre G avait disparu au lavage de la pièce et que ce denier était à peu près le même que celui où d'autres numismatistes lisaient GVLENV.
Il ne reste donc plus à l'actif des évéques de Soissons que les monnaies aux légendes indéchiffrables EDEDPEDE ou Œ E Œ C; nous en faisons graver une variété, dont les lettres liées sont un peu différentes de celles reproduites jusqu'alors.
009. S) 1 3> ? h£.... Temple à quatre colonnes dont deux torses, surmonté d'une croix remplaçant la croiselte de la légende, i^. Mômes caractères liés ou l'E domine avec les lettres B P QE. Croix évidée au centre, cantonnée d'une croisette au 4^.
Argent. Denier. Collection Hoffmann.
PI. XXV, n° 7.
610 DN. Temple, i^ E Œ E Œ- Croix évidée au centre.
Billon. Obole. Cabinet de France.
Ce temple à deux colonnes torses figurées par des globules, parait être particulier à Soissons; il existe déjà sur les deniers de la deuxième race frappés dans cette ville. On a donc été porté à attribuer <au même atelier les deniers plus récents qui portent le môme temple. Ces deniers portent également au revers une croix d'une nature particulière, évidée au centre.
Or, se demande M. Maxe-Werly, en publiant l'olïole de la collection Meyer qui porte notre numéro 608, cet étendard ne serait-il pas la dégénérescence du temple primitif soissonnais, dont une des colonnes torses a déjà disparu du denier où l'on lisait VGO. Ce denier porte la croix évidée particulière à l'atelier de Soissons.
Quant à moi, je pense que l'étendard de Saint-Médard a été contemporain du temple soissonnais et n'en est pas le dérivatif, et je vois dans l'obole n"" 608 un produit de l'atelier de Saint-Médard.
Est-ce à dire pour cela que les deniers à légendes inexplicables EDEDED ou
BPEP appartiennent également à Saint-Médard, nous ne le croyons pas. L'abbaye de Saint-Médard tenait aux noms de ses deux patrons Saint-Médard et Saint- Sébastien, qu'elle inscrivait en même temps sur sa monnaie et à son étendard SiGNVM SEBSTN. Les deniers à la tête de Saint-Médard et les deniers au temple et à la croix évidée sont contemporains du xi* siècle. M. Rigollot, qui en <i examiné un assez grand nombre, a constaté sur les mieux conservés des deniers au temple le poids de <^.20, et ils ont comme signe d'aflSnité les lettres liées et enchevêtrées qui sont complètement inexplicables. Il faut pourtant bien attribuer ce monnayage, et étant donné que le temple similaire se trouve sur les deniers royaux de Soissons, qu'une croix évidée identique se voit sur des monnaies qui portent l'étendard de Saint-Médard, on est conduit à en induire que le temple à colonnes torses et la croix évidée au centre sont des signes caractéristiques de l'atelier de Soissons et à les donner aux évêques, bien qu'aucun document écrit du xi*^ siècle ne consacre ce droit.
Que faire cependant du denier que M. Maxe-Werly a justement enlevé à Tévèque Hugues de Pierrefonds ? et de ceux où les uns ont lu GVLENV (I) et où B. Fillon retrouve les vestiges de Carliis rex fr. Ils portent au revers le nom de la cité de Soissons SVESSIO CIVI et le temple à colonnes torses plus ou moins dégénéré.
La lecture GVLENV est loin d'être acquise et ces deniers pourraient bien être des deniers épiscopaux.