CALAIS
Dès le 20 octobre 1347, c'est-à-dire deux mois et demi après la prise de Calais par Edouard III (3 août 1347), un atelier monétaire y était installé. 11 fonctionna immédiatement, car une ordonnance du 6 février 1348 confirme William de Salop comme gardien de la monnaie déjà frappée à Calais ou à frapper à l'avenir; le type anglais y fut naturellement adopté ; mais bientôt une ordonnance du 13 mai 1349 pennit de frapper monnaie au type qui conviendrait le mieux aux relations des habitants avec les pays voisins, et quelques types français furent imités.
Ces diverses ordonnances ont été publiées par M. de Bréquigny et relatées par Poey d'Avant, avec quelque différence dans les dates, que nous donnons d'après M. Deschamps de Pas (1). Celui-ci a poussé plus loin les recherches sur l'atelier
(i) Revue Numismatique belge 1883. Etude sur les munnaies de Cfilais.
de Calais. Il a trouvé des documenls anglais (1), qui n'avaient pas encore été utilisés en France et qui nous font connaître les noms des maîtres des monnaies. Parmi ces documents , il en est un particulièrement intéressant , qui nous renseigne sur la nature des monnaies de Calais et que nous devons analyser.
En 1371 (2) un contrat est passé entre le roi et Bardettus de Malepelys, de Florence, son maître des monnaies. Le maître devait fabriquer le noble d'or, courant pour 6 sous 8 deniers d'esterlings et de 45 pièces à la livre, selon le poids d(î la Tour de Londres, le demi-noble, courant pour quarante esterlings, et le (|uarl de noble pour vingt. Le titre devait être de 23 karats 3 grains et demi d'or fin. Chaque livre desdites monnaies devait valoir quinze livres d'esterlings. Par livre d'or, on devait fabriquer 4 onces de nobles, 6 onces de demi-nobles, et 2 onces di» quarts de nobles.
Les monnaies d'argent devaient être de quatre divisions : 1^ Le gros, courant pour quatre esterlings et taillé à raison de 75 à la livre de la Tour de Londres; 2"* le demi-gros, courant pour 2 deniers; 3** Testerling de trois cents pièces à la li\re et valant un denier; 4° enfin, une pièce appelée maille, valant la moitié de Teslerling et taillée à 600 à la livre.
Il est dit en outre que si le roi le juge convenable pour le bien de la commune. Ton fabriquera des ferlyîiges d'argent, dont quatre vaudront un eslerling et seront taillés à raison de 1200 pièces à la livre.
Le titre était le même que celui du vieil esterling, chaque livre contenant 41 onces, 2 deniers d'esterling en argent fin et 18 d'alliage, chaque denier compté pour 24 grains.
Fnfin, dans chaque livre d'argent on devait faire : 3 onces de gros, 4 onces de demi-gros, 4 onces d'esterlings et 1 once de maille; il était enjoint au maître des monnaies de mettre un signe particulier sur les produits de sa fabrication.
M. Deschamps de Pas cite un certain nombre d'actes (3) desquels il résulte que l'atelier de Calais a continué de fonctionner sous Richard II et Henri IV, bien (lu'aucune de leurs monnaies ne nous soit parvenue. Sous le règne de ce dernier, un statut du Parlement de 1411 ordonna une réforme générale des monnaies d'or et d'argent sortant de l'atelier dd la Tour de Londres et de celui de Calais.
Dès la première année de son règne, Henri V charge Lowys John d'opérer les
(1) Collection des Records. Vol. III.
(i) Collection des Records. Vol. 1I(, pars II, pa^e 915.
(3; 14 juillet 1375-1378. - 20 juillet 1393-1394-1396.
changements ordonnés par le statut de 1411. L'atelier paraissait être en décroissance à en juger par une requête de 1421 , dans laquelle les mayeur, constables et marchands de Testaple de Calais se plaignaient de ne pouvoir payer les taxes en monnaies anglaises, bien que le roi eût un hôtel des monnaies dans leur ville. M. Deschamps nous conduit ensuite par une série de citations (1) jusqu'en 1487, époque à laquelle l'atelier de Calais est nommé le second après celui de Londres, dans un acte du Parlement. Cet acte de 1 487 est, à notre connaissance, le dernier qui en fasse mention, la publication des Records n'ayant pas été continuée.
Il résulte de ce qui précède, que l'atelier de Calais a certainement émis des monnaies d'or, qu'il n'a pas cessé de fonctionner de 1347 à 1487 et probablement plus tard.
Cependant jusqu'à ces dernières années on n'avait pas attribué de monnaies d'or à Calais. Il n'a point encore été retrouvé de demi-nobles ni de quarts de noble, bien que d'après les ordonnances on ait du en fahriquer en même temps que des nobles. La maille d'argent d'Edouard est encore a retrouver ainsi que les ferlynges, si tant est qu'il en ait été frappé, ce qui n'était que facultatif d'après l'ordonnance de 1371.
Nous ne connaissons aucune monnaie d'or ou d'argent au nom de Richard II et III, et les ordonnances citées par M. Deschamps ne permettent pas de classer les monnaies entre les différents princes du nom de Henri.
Tels sont les desiderata de cet atelier diaprés les ordonnances ou chartes nouvellement découvertes. C'est une des tendances de la critique moderne de les signaler et nous avons cru devoir les mettre en relief.
Depuis l'ouvrage de Poey d* Avant, on n'a donc comblé d'autre lacune que celle des monnaies d'or; encore M. Descbamps de Pas hésite-t-il à admettre comme sortant de l'atelier de Calais les deux nobles suivants :