DUCHÉ DE FRANCE
Aucune série ne pouvait ouvrir plus dignement un recueil de monnaies féodales Françaises que la série des ducs de France. Ils avaient été sous les Carlovingiens les vassaux les plus puissants et l'expression la plus complète de l'indépendance féodale. Deux fois la famille de Robert-le-Fort s'était assise avec Eudes et Raoul sur le trône des descendants de Charlemagne, et nous retrouverons souvent au cours de ces études le monogramme odonique et celui de Raoul en concurrence avec le monogramme Carolin. Les deux familles semblent alterner dans l'exercice du pouvoir royal. Eudes succède à Charles-le-Gros ; son frère Robert est vaincu par Charles-le-Simple. Puis vient Raoul auquel succède Louis-d'Outremer. Quant à Lothaire, il ne fut roi que de nom. Hugues n'en portait pas encore le titre; mais il était roi par le fait et par les œuvres. C'est le témoignage d'un contemporain illustre, bien placé pour apprécier sainement la situation de son époque, Gerbert, archevêque de Reims, qui fut pape sous le nom de Sylvestre II.
Les barons du Nord choisirent pour roi Hugues-Capet, et longtemps ils se considérèrent comme les égaux de ces successeurs. Maîtres chez eux, ils ne se firent pas faute d'affirmer leur indépendance en battant monnaie. Dans ces vingt dernières années, il nous a été révélé rien que dans le duché de France trois ateliers nouveaux : Corbeil, Meulent et Nogent, dont nous aurons à étudier la fabrication. Le roi n'était que le premier des barons, et l'on a dit qu'à proprement parJer les monnaies des quatre premiers Capétiens étaient de véritables monnaies féodales.
C'est sans doute en s'inspirant de cette idée que Poey-d'Avant a cru devoir les publier dans les divers ateliers oublies ont été frappées, et cette incursion sur le domaine de la numismatique Royale a été l'un des reproches qui ont été formulés contre son livre. Loin de partager sa manière de voir, et désireux au contraire d'éviter autant que possible tout empiétement, nous devons protester contre tout système opposé. Aussi nous étonnons-nous de voir figurer quelques monnaies des ducs de France en tête de l'ouvrage publié par M. Hoffmann sur les monnaies
(le la IIP race. Aucun monnayage n'est plus essentiellement féodal et nous le revendiquons pour cette série. Inutile de dire que tous ses produits sont restés de la plus grande rareté.
Les monnaies décrites dans l'ouvrage de Poey d'Avant portent le nom de HVGO dans le champ de la monnaie, soit en monogramme, soit en légende intérieure autour d'une croisette. Celles découvertes depuis offrent cette différence que Hugues est écrit HVGO en légende extérieure rétrograde etqu'il porte le litre de DVX FRECO ou FRoCO . Ces pièces appartiennent plutôt à Hugues-Capet (956-987), qu'à IIugues-le-Grand (923-956). Le Cabinet de France qui les possède (1 ) les a classées à Hugues-Capet et en tête de la série Royale.
1. HVCO DVX FRECO en légende rétrograde. Croix. ^. PARIS! CIVITA en légende bilinéaire avec grenetis entre les deux lignes. Au-dessus et au-dessous de la légende une croisette.
Denier. Poids i».27.
Cabinet de France. — PI. I, n" 1 .