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DÉOLS. CHATEAUROUX

L'attribution des deniers aux légendes d'ODO DVX au droit, et de DOLEO CIVES au revers, a été l'objet entre MM. de Longpérier et B. Fillon d'une discussion, qui a dégénéré en une véritable polémique, et dont il nous semble intéressant de rappeler les phases.

Ce fut M. B. Fillon qui publia le premier, dans ses Etudes Numismatiques , page 65, un denier alors unique et inédit, trouvé à Châteauroux en 1853, et gravé PI. XL, n** 20, de l'ouvrage de Poey d'Avant ; il l'attribua à Eudes de Déols.

Un an après, une découverte considérable de ces deniers mêlés à des deniers et

des oboles d'Eudes d'Issoudun fut faite en démolissant le château d'Issoudun.

H. B. Fillon, en rendit compte dans la deuxième partie de ses Etudes Numis-

matiques, page 463. Raisonnant, non plus sur un exemplaire isolé, mais sur un

dépôt très nombreux, il est frappé de l'identité de travail et d'aspect avec les

monnaies d'Issoudun, faisant partie de la même trouvaille. Non seulement, dit-il,

ces pièces d'origine différente ont entr'elles ce lien de parenté qui lie les espèces

d'une province, mais il est facile de s'apercevoir que les coins de toutes deux ont

été confectionnés à l'aide des mêmes poinçons. Le poids et le titre du métal sont

identiques. Il persiste donc dans son attribution à Déols, et lorsque M . Cartier rendit

compte, dans la Revue Numismatique de 1865, de l'ouvrage de M. B. Fillon, il

avoue que ce n'est pas sans peine qu'il voit dans ODO DVX, le seigneur de Déols,

et dans DOLEO CIVES, le bourg de Déols. Peut-être, dit-il, aurais-je pensé à

Eudes, qui prit le titre de duc de Bretagne, en 4040, pendant la minorité de

Conan III , et à sa ville de Dol. Mais les pièces existent ; j'en ai vu plusieurs de

tous les types et mon hypothèse s'est évanouie.

M. Poey d'Avant adopta cette attribution d*abord dans son catalogue et puis dans son ouvrage sur les monnaies féodales de France. Il n'eut pas les honneurs d'une réfutation. Hais dans la Reviêe NumismaHque 1860, page 315, M. de Longpérier, répondant aux attributions réitérées de M. B. Fillon, a repris l'hypothèse de M. Cartier en faveur de Dol de Bretagne et du comte Eudes, fils cadet du duc Geoffroy, et cite à l'appui la chronique de Saint-Brieuc, Eudo regnamt in Britarmiâ tamquam dux et fecit monetam argenieam.

M. B. Fillon, dans le catalogue raisonné de la collection Rousseau, page 188 et suivantes, résume ainsi les arguments présentés par M. de Longpérier :

i'' La forme du nom inscrit sur les deniers; dès le x® siècle on trouve dans les chartes la forme Dolis i l'état indéclinable in villa Dolis , prope villam Dolis , et la trace de ce pluriel se retrouve dans le nom en langue vulgaire Déols.

3^ Le titre de CIVITAS, donné au lieu de fabrication; Dol de Bretagne, est un archevêché. La qualification cives peut lui convenir, tandis que Déols n'est qu'un vicus,

S'' Le titre de DVX ; il ne peut appartenir à Eudes de Déols, qui n'était qu'un simple sire, dont la descendance a pris le titre de comte. Il appartient à Eudes, fils cadet du duc Geoffroy et frère d'Alain.

4^ La similitude du type avec quelques pièces bretonnes, notamment avec les deniers d'Alain, dont l'un porte un monogramme et l'autre une étoile.

M. Fillon pose d'abord la question de provenance qui a bien sa valeur dans une discussion de cette nature. La découverte d'un denier unique à Ch&teauroux, d'un autre à Preuilly en Touraine, mais surtout la trouvaille du château d'Issoudun, font pencher la balance pour le Berry, plutôt que pour la Bretagne, où aucune découverte de ces deniers ne paraît avoir été faite. Il discute ensuite un i un les arguments de M. de Longpérier :

I'' Pour le nom du lieu, il rappelle qu'au x^ siècle les formes n'étaient pas régulières et il cite plusieurs cas où, sur les monnaies, le nom de la même ville n'est pas orthographié de même. Pourquoi n'aurait-on pas transformé Dolis en Dobis ou Doleus donnant Doleo à l'ablatif. D'ailleurs on ne cite pas de texte nommant Dol de Bretagne Doleus (1).

2^ Il n'est pas sans exemple de trouver le nom de Civitas donné à des villes

(1) On lit sur la tapisserie de Bayeux presque contemporaine : eiveneruntadWïL.

qui n'étaient pas des cités, et ii cite Balgenti Civitas sur ie denier de Thibaultle-Tricheur et sur ceux de Savarj de Maulëon Malm leo civis.

M. Filion a reconnu depuis que ce Malus Léo se rapportait à la ville épiscopale de Hauléon (Basses-Pyrénées). L'exemple de Beaugency avec le nom de Civitas resterait donc unique à l'appui de l'opinion de M. B. Filion. Mais il ajoute que le mot CIVES n'avait d'autre but que d'imiter les espèces voisines les plus en renom les Biturices et les Brivites et cet argument nous parait avoir une grande valeur.

3"" Le titre de DVX appartient à Eudes de Déols. En effet, d'après une lettre de M. Quicherat (Catalogue Rousseau^ SI S) y ce fut lui qui commanda la milice d'Henri 4°' dans la guerre que soutint ce prince contre la reine Constance. Il était naturel qu'il prit sur ses monnaies le titre dont il était revêtu. Raoul de Déols qui s'intitulait sur ses monnaies DVX MILICIE, remplit indubitablement, lui aussi, les mêmes fonctions.

Cette lettre n'a été adressée à M. B. Filion que lorsque son travail sur les monnaiies du Déols était terminé. Elle corroborre l'opinion émise par lui que le denier publié par Poey d'Avant, PI. XL, n^ 19, et portant dans le champ NI et au-dessous £ pourrait bien être interprété par Odo dux miKtie. Les lettres M et N ont en effet souvent la même forme sur les pièces de cette époque.

4"" Quant à la similitude des deniers en question avec les types Bretons, il faut distinguer le type au monogramme et celui à l'étoile.

Le denier d'Alain, au type du monogramme du roi Salomon, contemporain de Gharles-le-Cbauve, serait, selon M. B. Filion, la copie maladroite du monogramme de Charles-le-Chauve, qui avait été adopté aussi bien dans le Berry qu'en Bretagne.

Enfin, M. B. Fiilon rejette au xu^ siècle le denier d'Alain, à l'étoile. En cela il est d'accord avec M. de Barthélémy, qui, rendant compte de l'ouvrage de M. Bigot (Revue Numismatique 1858) y avait déjà revendiqué pour Alain Fergent (4084- 1442) ce denier à l'étoile classé par M. Bigot à Alain IIL Or, Eudes de Déols est de 4 01 2 à 4 037. Le denier de Bretagne est d'Alain Fergent (4 084) ; c'est donc en Bretagne et non dans le Berry que l'imitation s'est produite.

Depuis 4860, tous les catalogues de monnaies féodales, et ils sont nombreux, Rousseau, Gréau, Dassy, Regnault, Jarry, Colson, ont suivi l'attribution de M. B. Fiilon. Le Cabinet de France a classé les Doleo dves au Berry. La question pamt donc vidée en ce sens.

M. Filion pose également dans cet article les jalons d'une classification qui ne présente pas de différence sensible avec l'ordre adopté par Poey d'Avant.

Il place en première ligne les pièces au monogramme Carolin , et tout d'abord celles présentant aux bras de la croix des appendices, qui sont une dégénérescence de TAlpha et de TOméga.

Puis viendraient les deniers présentant dans le cbamp NI et dessous £ qu'il interprète ainsi que nous l'avons vu plus haut par mUitie.

Ce serait postérieurement qu'aurait été adopté le type de l'étoile qui resta celui de Déols, jusqu'à l'avènement de la maison de Chauvigny. Les plus anciens deniers seraient le n^ 49, PI. XL, de Poey d'Avant, et celui que nous donnons plus bas et qui est gravé PI. YI, n^ 2. Le trésor d'Issoudun contenait un nombre infini de variétés de coins et devait comprendre des émissions successives. Il en est de si barbares que c'est le type seul de l'étoile qui peut les faire reconnaître.

M. B. Fillon appelle ensuite l'attention des numismatistes du Berry sur le double type de l'étoile à cinq ou six branches. LePentalpha, comme l'indique son nom grec, ne doit avoir que cinq branches. C'est le type ordinaire des deniers d'Eudes-1 'Ancien. Le denier gravé par Poey d'Avant, PI. XLI, n'' 4, et existant au Cabinet de France, en porte six. i^'est un denier barbare. Les deniers de Raoul III et d'Ehbes n'en portent que cinq. Dans ceux postérieurs au nom de Raoul, l'étoile à six branches reparaît sous la forme de deux triangles renversés.

La multiplicité des légendes et des dessins publiés par M. Poey d'Avant parait avoir épuisé toutes les variétés de types. Nous retrouvons cependant dans les dessins qui avaient été recueillis par M. Poey d'Avant, pour son supplément, et qui nous ont été communiqués par M. B. Fillon, deux variétés inédites.

425. : OaO ; aVX. Rétrograde. Croix. % DOLEO CIVES. Rétrograde. Etoile à cinq pointes. Autre à cinq pointes dans le centre de la grande.

PI. VI,nM.

426. : CXIO : XVa. Croix. % DOJO CIVES. Etoile à cinq pointes. Poids 4«f.06. (Catalogue Rousseau. PL V, rf 10).

PI. VI, n« 2.

427. ^ lAJ DOaV. Croix. ^. ïk CV le reste de la légende se compose de sigles inintelligibles. Etoile à cinq branches et un point dans le centre.

PI. VI, n^ 3.

La gravure seule peut rendre la bizarrerie de ces caractères.

128. * : ODO : X DVX. Croix nivernaise. % CLADES SOLO. Etoile à cinq pointes, on retrouve dans cette légende singulière les éléments de DOLEO CIVES.

Catalogue Jarry, n"" 4 931 .

PI. VI, n« 4.

EBBES.

429. 9 CBODC. Croix. ^. DOLI</>. Quatre points en croix s se rapproche de la marque monétaire du n® 127 d'Eudes.

Denier. Collection Gariel.

PI. VI, n«5.

D'autres variétés de la trouvaille de Massay, donnent au revers DOLLIS et

DOSLI.

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