RENAUD DE MONTFAUCON
159. « CIARENTONIS. Tête de profil à gauche. ^, 9f R DOMINVS. Croix cantonnée de quatre besants.
Imitation du type de Saint-Maurice de Vienne. Billon. Denier. Poids 0«.78.
Collection Jarry.
PI. VII, n« 11.
Un exemplaire publié (Revue Numismatique 4859, PL V, if S) porte CbÂRENTONIu) et un type de tète un peu différent.
160. i^ SCIXMANTIS. Main béaissante. Imitation éeeestevenants de Besançon. ^. RoDNUDoCbAR. Croix.
Billon. Denier.
Cabinet de France.
PI. VII. nM 2.
Nous pensons que cette pièce appartient comme la précédente à Renaud de Montfaucon, sire de Charenton, qui épousa Isabeau, fille de Robert de Courtenay et nièce de Pierre de Courtenay, comte de Neyers.
M. Charvet, en publiant ce denier dans son catalogue, Ta attribué à Raoul de Chauvigny, qui serait le troisième fils d'André de Chauvigny et de Denise de Déols, et aurait été seigneur de Saint-Amand.
Ce serait une véritable usurpation monétaire. M. Charvet ne se préoccupe pas assez du nom de Charenton inscrit au droit du denier et dont Raoul de Chauvigny n*a jamais été seigneur, si tant est, ainsi que nous le verrons plus loin, qu'il l'ait été de Saint-Amand. Les deux branches de Chauvigny et de Charenton proviennent bien d'une origine commune qui se perd dans le x^ siècle. L'auteur commun serait Raoul II de Déois (952), dont le fils Eudes-I' Ancien, a été seigneur de Châteauroux, et l6 sixième fils Ebhes a été la tige des sires de Charenton.
Mais l'attribution ne nous semble pas pouvoir subir de dilBculté en présence des faits que nous allons exposer et de la charte qui les relate.
Saint-Amand n'était d'abord qu'une abbaye sous le patronage de Saint- Colomban; plus tard on y éleva un château, dont Humbert de Prailly était le seigneur, lorsque Ebbes VI de Charenton fonda la ville franche de Saint-Amand à laquelle il concéda une charte copiée sur celle qu'Archambaud de Bourbon venait d'octroyer à Villefranche qui en a gardé le nom. Cette charte fut jurée par Ebbes VI de Charenton et confirmée par Renaud de Montfaucon, son gendre et successeur.
Nous n'avons pas l'original de cette charte, mais elle est visée dans une transaction de 1292, dont le vidimus de 1389 existe aux archives de Saint-Amand, et a été publié par M. Chevallier dans ses Recherches Historiques sur Saint-Amand' Mont'Rond. Nous extrayons de cette charte les passages qui intéressent notre discussion :
Ego Humberlus de Praœllis, miles dominos de Castro SancU Amandi notum faeio qnod cum dominus Ebo de Carentonis œdiâcaverit villam francham de S. Amandi et dominus Regnaudus de Honte-Faloonis successor sans dictam
franchisiam dictœ villœ confirmayerit, ^o similiter dictam franchisiam confirmo sicat inferius est expressum.
A cette transaction figurent :
Nobilis vir Renulphus , dominas de CuUento , de Castro novo et castri Amandi miles ex uni parte et burgenses de S. Amandi vocati et citati.
La ville de Saint-Amand existait donc avant 1266, date de la charte d'Humbert du Prailly, et c'est à tort que la Thaumassiëre (Histoire du Berry, Livre IX, page 726) affirme que jusqu'en 1400 il n'est pas question de la ville de Saint- Amand, que ce n'était qu'une place où se tenaient les foires d'Orval.
Il paraît bien difficile en présence de ce texte de refuser le denier qui porte le nom de Saint-Amand à Renaud de Montfancon qui a confirmé sa franchise. Quant au type de la main bénissante, a-t-il été employé pour rappeler l'ancienne abbaye de Saint-Amand. Nous croyons plutôt qu'il n'est qu'une contrefaçon du type si répandu des estevenants de Besançon.
De 1194 à 1250 n'y eut-il qu'un seul seigneur de Charenton du nom de Renaud; fut-ce le même qui épousa la fille d'Ebbes VI et Isabeau de Courtenay. N'y eut-il pas dans ce demi-siècle place pour deux seigneurs du même nom et en efifet M. Chevallier écrit qu'après la mort de Renaud II, seigneur de Montfaucon , du chef de son père et de Charenton du chef de sa mère (c'était la fille d'Ebbes VI}, la baronnie de Charenton subit un démembrement entre: 1*^ Henri II, de Sully; 2** Guillaume II, de Chauvigny; 3^ Guillemette, dame de Bazernes ; et 4^ Jean de Montigny. Guillemette eut la baronnie de Charenton très amoindrie de territoire et Saint-Amand-le-Chàtel ; à la mort de Guillemette , Saint-Amand échut à Renaud de Tocy, son deuxième fils , et Charenton à sa fille Agnès de Tocy, qui épousa successivement Guillaume de Culent et en deuxièmes noces Guillaume de Courtenay. Renaud de Tocy épousa Mahaud de Culent, fille de Renoul III, sire de Culent, de Châteauneuf-sur-Cher, et chevalier du château de Saint-Amand, le même qui conclut la transaction de 1266, avec les bourgeois de la ville.
Tous ces faits ne nous donnent pas l'explication de la monnaie suivante :
RENOUL DE CULENT.
161. * RENOS DE CVLN. Croix. î^. DNS CARENTON. Dans le champ entre I est E et deux croissants en haut et en bas. Imitation du type de la Marche. Billon. Denier. Poids 0^.90.
Collection Gariel et Hoffmann.
Pl.VII,n«<1 àù.
162. RENOS DE CVLEN. Croix. ^. Mêmes type et légende. Collection Hoffmann.
Voici la suite des seigneurs de Culent ; leur chronologie n'est pas certaine . La Thaumassière cite neuf titres de donation ou autres qui pourraient nous être d'un grand secours pour l'établir, mais ses preuves n'ont pas été imprimées.
Jobert de Culent.
Guillaume de Culent.
Renoul I".
Hélie figure dans une charte de Philippe-Auguste de 1217, était mort en 1221 , puisque le prieur Raoul de Culent signe une charte de cette date comme tuteur des héritiers de Culent.
Renoul II, mineur.
Renoul III, partie à la transaction de 1266, mort en 1296.
Renoul IV.
Jean de Culent.
Nos deniers ne peuvent être attribués qu'à Renoul II ou Renoul III. Renoul III fut un des seigneurs les plus puissants et en même temps les plus libéraux du Berry, il affranchit en 1257 les habitants de Châteauneuf, en 1270 il accorda une charte de franchise à ceux de Culent, et en 1275 à ceux de Vesdier selon la coutume de Saint>Amand.
Nous pensons que c'est à lui qu'appartiennent ces monnaies, car elles faisaient partie d'un dépôt qui contenait en très grande abondance des pièces de Hugues X, de la Marche (1208-1249), et un certain nombre de Hugues XI (1249- 1260).
Nous espérons pouvoir donner sous l'article de la Marche l'analyse de cette trouvaille qu'étudie en ce moment notre ami et collègue M. Gariel.
Il nous reste à expliquer comment Renoul de Culent a pu prendre le titre de seigneur de Charenton.
La Thaumassière (Histoire du Berry) écrit que par charte du 8 mai 1217 Philippe- Auguste donne à Hélie de Culent et à Etienne de Saint -Palais la mouvance des chatellenies de Vierzon et de Charenton.
Mais ce diplôme n'est pas ainsi relaté par les savants auteurs du recueil des ordonnances des rois de France; voici le sommaire qu'ils en donnent.
Diploma Philippi francorum régis quo fidelibus suis Heliœ de CuIIento et Stephano de Santo Palisio feodam de Yirzione dividit ut sicut dominus de VirzioDe dictum feodum tenebat et tenere debebat à domino de Issoadan ita idem de prœdictis Helià et Stephano teneat.
Il n'est pas question de Charenton, non plus que dans Brussel, Histoire des fiefs, Tome I y page 401 j qui relate tout le diplôme.
Nous avons été plus heureux en recherchant à la deuxième source indiquée au recueil des ordonnances : le Père Labbe, Eloges historiques des rois de France ou alliance chronologique ^ Tome II, page 642. Nous y trouvons le texte suivant :
Philippus, Dei gratia francorum rex, noveritis, quod nos diLectis et fidelibus nostris Heliœ de CuIIento et Stephano de Sancto Palesio divisimus in partem feodum de Yirzone, ut sicut dominus de Virzone illud tenebat et tenere debebat a domino Issoudun, ita illud teneat ab Helià et Stephano prœdictis et feodum de Charenton^ quod teneat à domino Issoudun sicut illud tenebit, et tenebit Yestam sicut dominus Yssolduni illud tenebat a comité Blesense.
Il s'agit, on le voit, du partage des biens du seigneur d'Issoudun, que Philippe- Auguste avait confisqués et où il venait lui-même de frapper monnaie, comme l'avait fait Richard Cœur-de-Lion. Le nom de Charenton et celui d'Issoudun sont en français dans l'ouvrage du P. Labbe. On doit cependant ajouter quelque foi à une charte citée par deux auteurs en 1 589 et en 1661 . Hais ce droit à l'hommage, cette mouvance constituait-elle une propriété qui comprit le droit de battre monnaie ? Ce qu'il y a de certain, c'est que la monnaie existe.
Faut-il au contraire recourir à des hypothèses ?
Renoul III, chef de la maison de Culent, était-il le tuteur de Guillaume de Culent, qui épousa en premières noces Agnès de Tocy, dame de Charenton, et profita-t~il de cette minorité pour battre monnaie en son nom comme bailliste?Ou bien encore usa-t-il de son influence et du double mariage d'Agnès de Tocy avec Guillaume de Culent et de Renaud de Tocy avec Mahaut de Culent pour frapper une monnaie d'alliance avec le sire de Charenton?