‹ Monnaies féodalesChapitre 88 sur 314 · SOUVIGNY · texte numérisé non relu

SOUVIGNY

On a longtemps fait remonter jusqu'à Hugues Capet le monnayage ou tout au moins la concession monétaire de Souvigny. Les Numismatistes ne pouvant frapper de suspicion une charte publiée dans le Recueil des Historiens de France^ tome X, numéro 565, admettaient que Hugues Capet, atteint d'une maladie grave et reconnaissant d'une guérison qu'il attribuait au pèlerinage fait par lui au tombeau de saint Mayeul, avait accordé à Odilon, abbé de Cluny, le droit de frapper des mailles malias de bond lege avec le nom et l'effigie de saint Mayeul. Ou sait que Souvigny n'était qu'un prieuré sous la dépendance des abbés de Cluny. .,^1^ .

M. Chazaud, dans une étude sur la chronologie des sires de Bourbon, a établi que cette charte, dont personne jusqu'alors n'avait osé suspecter l'authenticité, avait été fabriquée vers la fin du xvii® siècle, afin d'établir la parenté entre les Capétiens et les premiers sires de Bourbon , le comte Archambaud et son fils du même nom, que Hugues Capet appelle dans la prétendue charte dilectos consanguineos nostros,

M. de Barthélémy^ qui avait relaté ce diplôme dans son essai sur \t^ Monnaies de Souvigny, est aujourd'hui d'accord avec M. Chazaud pour le rejeter. Dans un article publié par la Revue Numismatique française i868, page $57, il signale ce faux et fait valoir les arguments qui paraissent condamner ce dipldme au point

de vue spécial dont il s*occupe, et d*abord le mot malia écrit par une seule L au lieu de l'être par deux, mallia^our signifier mailles, mot d'ailleurs plus moderne que l'époque de Hugues Capet, si l'on consulte les recherches faites par H. Lecointre-Dupont sur l'origine de la maille et l'étymologic de son nom.

Les mailles royales du roi Hugues Capet, ajoute M. de Barthélémy, sont aussi une énormité et l'effigie de saint Mayeul sur une monnaie du x"" siècle serait un fait exceptionnel; j'ajouterai, continue-t-il, que les concessions du droit de frapper monnaie sous les premiers Capétiens me paraissent fabuleuses, par une excellente raison, c'est qu'à cette époque on n'avait pas besoin, dans l'état de la société féodale, de recourir au roi de France pour battre monnaie.

M. de Barthélémy avait déjà pressenti par l'étude des monnaies elles-mêmes que le prieuré de Souvigny n'avait frappé monnaie qu'à dater de la fin duxi® siècle. M. Poey d'Avant, s'appuyant sur la charte de concession reconnue aujourd'hui comme apocryphe, révoquait en doute cette appréciation, espérant que l'on arriverait à retrouver des monuments du monnayage primitif ce qui est peu probable maintenant.

M. de Barthélémy fait ensuite observer qu'il suffit de voir avec attention les monnaies de Cluny, Sont dépendait Souvigny, pour conclure qu'on ne battit pas monnaie à Cluny, après la fin du xi^ siècle ou le commencement du xif. Ce sérail justement le moment où (Commencerait le monnayage de Souvigny.

MH. Chazaud et de Barthélémy sont d'accord sur ce point et l'expliquent ainsi. Nous laissons encore la parole à M. de Barthélémy.

Vers l'an 1019, Guillaume-le-Grand, duc d'Aquitaine, donnait à Cluny, alors gouverné par l'abbé Odilon, la monnaie de Niort, et en 1079, Guilllaurae-Guy Geoffroy, confirmait cette libéralité. Entre 1030 et 1039, Agnès de Bourgogne, veuve du duc Guillaume-le-Grand, ajoutait le don de la monnaie de Saint-Jeand'Angély, et vingt ans plus tard le duc Guillaume Aigi-et ratifiait ces deux donations en spécifiant que les monnaies frappées dans ces deux ateliers seraient de mêmes type, poids et titre que les espèces frappées à Poitiers.

Il en résulte que pendant près d'un siècle l'abbaye de Cluny fut chargée, en profitant des émoluments, de frapper dans deux ateliers la monnaie ducale d'Aquitaine. L'abbé, ayant apprécié les profits que l'on pouvait tirer de la fabrication des monnaies, a voulu en émettre dans ses propres domaines au siège même de l'abbaye et dans son prieuré de Souvigny. Le plus ancien acte qui parle des monnaies de Souvigny, émane de l'archevêque Aldebert de Bourges (1095-1098). Ici MM. Chazaud et de Barthélemv cessent d'être d'accord sur les concessions

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monétaires. H. Chazaud, qui a renversé rauthenticité de la charte de Hugues Capct, fait remonter le privilège à un acte de Rodolphe, roi de Bourgogne (888-91 i) rappelé dans une bulle du pape Jean XI, d'environ 931, M. de Barthélémy, révoque en doute ces deux pièces et les déclare apocryphes ou tout au moins interpolées. 11 n^admet comme authentiques qu'un diplôme du pape Calixte II de 1120, et un autre d'Innocent III de 1204. Les autres pièces auraient été fabriquées selon lui pour essayer de défendre le privilège de Cluny, lorsque le roi de France, qui battait monnaie à Maçon, voulut établir un atelier à Saint- Gengoul-le-Royal.

§ I. Le type à la tète de face et à la croix non cantonnée est le plus ancien du monnayage.

179. SCS MAIOLVS. Buste de face sans crosse. ^. « DE SILVINIACO. Croix simple. Denier.

Dessin communiqué par M. B. Fillon.

PI. VIII, n° 8.

Poey d'Avant avait déjà publié un denier sans crosse, mais il doutait de l'exactitude de son dessin.

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