BOURBON
C'est aux démêlés entre les sires de Bourbon et les prieurs de Souvigny, au sujet de la fabrication de la monnaie, que l'on doit les monnaies que les sires de Bourbon émirent en leur nom personnel.
Ils adoptèrent le nom immobilisé de LODVICVS REX et LODOICVS, au revers la légende BORBONENSIS. Ils imitent les types les plus en faveur, le type Niver-
nais à la faucille, la tête de Saint-Haurice-de-Vienne, la main bénissante de Besançon. M. B. Fillon recherche (Catalogue Rousseau, page 19) vers quelle époque les sires de Bourbon ont imité le type nivernais. Les débris du mot rex sont encore reconnaissables. L*R seule est dégénérée mais n'est pas encore remplacée par la faucille^ TE subsiste. L'X a fait place à une croisette. C'est vers le premier tiers du xii^ siècle que le type nivernais était arrivé à cet état de dégénérescence. !Vous avons vu plus haut, à l'article de Nevers, qu'il fut abandonné entre 1450 et 1160. Il en résulte que le monnayage de Bourbon remonte au moins jusque-là. Car on ne peut admettre qu'on ait imité des pièces plus anciennes que celles en cours et moins encore qu'on ait imité des pièces démonétisées.
Ils copient encore la tète de face de saint Mayeul en y plaçant la légende Borbonensis et de l'autre celle de Lodovicus rex^ avec la croix cantonnée d'un croissant au deuxième. Nous reproduisons ce denier, PI. VIII, n° 12. Ce n'est pas sans étonnement que nous l'avons vu publié par Poey d'Avant parmi ceux de Souvigny. C'est une contrefaçon flagrante de cette fabrication, mais elle appartient en entier aux sires de Bourbon, et c'est dans cette série que ce denier est classé dans la collection du Cabinet de France. Comment y voir les signes d'une association quand rien ne rappelle le nom de Souvigny et de Saint-Mayeul I Nous estimons au contraire que cette contrefaçon fut la cause déterminante de l'association.
En 1213, Guy de Dampierre, le deuxième mari de Mahaut, fille d'Archambaud VIII, et le prieur de Souvigny, convinrent de s'associer et de monnayer en commun dans l'atelier de Souvigny. Guy ne stipule que pour lui, qtumdtu vixero^ dit la Charte.
Archambaud IX et Archambaud X, se font associer au monnayage prioral et c'est dans cette période que furent très vraisemblablement émis les deniers au type de Saint-Mayeul et portant dans les cantonnements de la croix les deux lettres B D Borbonie Dominus; c'est à cette même période, qu'appartiendrait la monnaie d'alliance, publiée par Duchalais. (Revue Numismatique Française i85S, page 135), et qui a soulevé tant de controverses. Poey d'Avant la déclare péremptoirement fausse. Il se fonde sur la singularité de sontype^ sur la mauvaise qualité du métal et surtout sur la disparition subite de cette pièce, et tout d'abord cette pièce n'a pas disparu. Elle faisait partie de la collection Colson, quoique non cataloguée. Elle a subi l'épreuve d'une adjudication publique et vient d'être vendue 115 francs. Elle fait aujourd'hui partie de la riche collection de H. Meyer, et nous croyons devoir la faire graver.
185. LODOCVS RX BORBO . Croix. ^. « EMRICVS DE FRAN . Dans le champ CIE entre deux croissants.
PI. VIII, n« 12*15.
C'est le type de la Marche. Pourquoi s'étonner que les sires de Bourbon, dont nous avons déjà signalé les imitations des types de Vienne et de Besançon, aient aussi copié celui de la Marche. La pièce est en effet de mauvais aloi. Elle est de billon noir, on pourrait presque dire de cuivre et c'est peut-être le plus gros argument contre elle. Mais du moment qu'un numismatiste, auquel tous ses contemporains reconnaissaient les qualités d'un fin connaisseur, a cru devoir la publier, il ne nous appartient pas de l'exclure.
Nous avions à peine écrit ces lignes, qu'une trouvaille recueillie par M. Hoffmann a mis au jour deux exemplaires de cette monnaie incriminée.
Ils sont identiques comme type ; la légende présente comme seule différence ENRICVS- Le poids est de 0^.84, le métal est de billon.
La descendance mâle des sires de Bourbon s'arrête de nouveau et Mahaut II apporte la seigneurie à son mari Eudes de Nevers.
M. de Longpérier, dans les Monnaies inédites du Cabinet de M. Dassy, Paris 1840 y avait publié sous le numéro 22 la pièce suivante.
186. « MEAT...DSA ? Croix. ^. « BORBONENSIS. Château flanqué de deux tourelles, au-dessus un O, au-dessous un B.
Billon. Obole.
Il attribuait cette pièce à Mahaut. Malheureusement cette brochure ne contient pas de planches. Plus malheureusement encore cette pièce ne faisait plus partie de la collection de M. Dassy, quand elle a été vendue i Paris en 1869, et nous ne pouvons en donner le dessin, qui du reste aurait quelque ressemblance avec notre n° 14, PI. VIII.
Mahaut mourut en 1 262 ; sa sœur Agnès lui succéda. Un de ses premiers actes fut d'interdire la monnaie de Souvigny dans toute l'étendue de la sirerie, et son mari, Jean de Bourgogne, frappa monnaie en son nom en reprenant l'ancien nom royal immobilisé.
187. ^ LODOICVS REX. Dans le champ, deux étoiles entre une fleur de lis et une faucille. ^. I DNS BORBONIL Croix cantonnée de deux croissants aux deuxième et troisième.
Billon. Denier.
PL VIII, nM 3.
Cette pièce capitale décrite par M. deLongpérier daos le catalogae de M. Ducas de Lille et signalée par M. Poey d'Avant, numéro 2202, a depuis été gravée dans la Revue Numismatique 1859, PL V, n* 7. Elle a du être émise de 1262 à 1263 ; en eiTeten 4263 Jean de Bourgogne renouvela Talliance monétaire avec les prieurs. Mais à sa mort (1268) sa veuve Agnès eut des démêlés sérieux avec eux et alla même jusqu'à contester leurs droits.
Ce ne fut que trois ans après, en 1271 , que Taccord se fît à nouveau. Cette fois, Agnès stipula pour elle et ses successeurs la moitié des produits de la fabrication. Il fut convenu que les religieux ne pourraient interrompre le monnayage sans le consentement des seigneurs. Enfin Agnès réserva pour la mannaie de Charenton le cours dans la sirerie de Bourbon.
Pourquoi celte réserve ? avait-elle donc un droit dans le monnayage de Charenton ? c'est ce que nous n'avons pu vérifier.
Voici en tout cas une obole qui prouve une alliance monétaire entre les sires de Bourbon et ceux de Château-Meillant.
188. 9 BORBONGNSIS. Deux tourelles reliées par une porte pouvant simuler un A, au-dessus un O. Au-dessous peut-être un B. ^. ...• D t CAST • VILLA. Croix non cantonnée.
Billon. Obole. Poids, 0«.40.
Collection Gariel.
PI. VIII, no 14.
Dans l'ordonnance de 1 3 1 5 il est question de la monnaie de Madame de Chastiau Villain, mère du seigneur de Sully, c'est celle dont nous avons publié les monnaies à l'atelier de Château-Meillant avec la légende CASTRI COILITVCO. Mais il n'est pas impossible que Ton puisse lire CAST VILLANI sur le n^ 2065, PI. VL, n** 9 de Poey d'Avant.
Moneta castri meliandi perperam scriptum. Registre 123. Castri Villani lit-on dans Ducange.
M. B. Fillon est le premier qui, àdiXis ses études numismatiques , souvenir d'un Voyage en Poitou^ a publié le denier au nom de 0) DA^£ D€ SOVLI. La pièce, dit-il, est bien conservée et la légende CASTRO du revers est bien lisible.
Il n'en est pas de même du nom de ce castrum. Il lit MEL, mais il ajoute que cette partie de la légende est tellement fruste qu'il ne verrait pas d'objection à ce qu'on y lut le nom de tout autre fief. Poey d'Avant ne fait que copier la légende de M. Fillon, et inscrit au revers MEL CASTRO. Le dessin, souvent plus exact
que le texte, ne porte que quatre traits llll CASTRO. Il existe, au cabinet de France, une obole où Ton ♦distingue IHI ce qui pourrait être la terminaison de VILLAHI.
En tout cas la lecture CAST VILLANI est hors de doute sur l'obole que nous faisons connaître. L'initiale seule du sire ou de la dame est trop fruste pour pouvoir être affirmée.
A quelle époque le sire de Bourbon a-t-il fabriqué cette monnaie d'alliance ?
Les relations des seigneurs de Bourbon avec les prieurs ont été interrompues trois fois.
De 1249 à 1262, sous Mahaut et Eudes de Bourgogne; c'est à cette période que se rattache Tobole de la collection Dassy.
De 1262 à 1263, sous Agnès et Jean de Bourgogne.
De 1268 à 1271, après la mort de Jean de Bourgogne et pendant le veuvage d'Agnès.
Si, comme on l'a proposé on voit un A et non une porte entre les deux tourelles, puisque Jean de Bourgogne a frappé à son nom, c'est à Agnès, sa veuve, qu'il faut attribuer cette monnaie.