Mêmes types et légendes
Billon. Obole. Dessin communiqué par B. Fillon. PL VIII, n« 21.
196. * «RoVICeC... Dans le champ un V entre deux annelets et deux croissants. ^. * •TVR... Croix cantonnée de deux annelets aux 2® et 3®.
Billon. Obole. Poids 0».32.
Collection Caron.
Le poids très faible de cette obole ne vient pas de sa conservation , qui est assez bonne. M. Pau (loco citato) publie un denier qui ne pèse que 0^.65. PI. Vm, n« 22.
Le V prend dans le champ la place de l'A . Il se retrouve dans le cantonnement de Tobole qui va suivre. Ne serait-ce pas l'initiale du prieur Humbert, auquel Raymond II avait, en 4190, au moment de son départ pour la terre Sainte, accordé la dîme de sa monnaie.
M . Charvet a proposé d'attribuer à Boson II [\ 1 21-1 1 43), une obole qu'il décrit ainsi.
197. * B, VICECOMES. Croisette au centre entre deux annelets et deux croissants. ^. * TVRENNE. Croix cantonnée d'un V ou d'un A renversé au 2'' et d'un annelet au 3^
(Catalogue Charvet, ?^^ 249, PL III).
PI. VIII, n*> 20.
M. Charvet ajoute : « M. B. Fillon n'ayant vu que les deniers de Raymond en conclut que les vicomtes de Turenne copièrent leurs monnaies sur celles de Limoges. Cette monnaie nouvelle et antérieure à Raymond me ferait supposer que le type primitif fut calqué sur celui d'Angouléme dont les monnaies étaient 1res répandues et que le type odonique ne vint qu'ensuite ». M. Charvet ne nous a jamais communiqué cette pièce et il n'en donne pas le poids ; I«s lettres B et R sont souvent si peu dissemblables sur les monnaies féodales qu'il faudrait un exemplaire bien admirablement conservé pour consacrer une pareille attribution et renverser toutes les idées admises.
D'un autre côté il n'est pas admissible que l'imitation du type odonique ait commencé à Turenne en plein xii*^ siècle, alors qu'il disparaissait de Limoges et de toute la France. Aussi nous croyons-nous autorisé à affirmer que cette obole est postérieure au type ancien des Raimundiis, Nous irons plus loin et nous la
considérons comme postérieure à 1190. Car elle porte en cantonnement une lettre qui est un signe certain de la participation de l'abbé de Beanlieu, dans le monnayage de Turenne, que cette lettre soit un A, initiale de Abbas ou un V, initiale du nom du prieur Vmbertus,
Nous rejetons donc absolument l'attribution à Boson II (1 1 21 -1 f 43).
Mais le nom de Boson se rencontre fréquemment dans la maison de Turenne. Les auteurs de l'Art de vérifier les dates signalent un Boson qui aurait été associé par son père Raymond III à la vicomte de Turenne. 11 mourut avant lui et même avant 1299. Car on trouve dans Justel (1), à cett« date, une fondation faite pour le repos de son âme. Cet écrivain lui donne, dans sa généalogie, le nom Ar Boson III, et il en fait le père de Marguerite de Turenne, vicomtesse de Comborn et de Dauphine de Turenne, dame de Roquefeuil, qui prétendaient avoir des droits dans la vicomte de Turenne a« détriment de Raymond VI, leur cousin-germain.
Cette contestation fut soumise à l'arbitrage de saiiit Louis et terminée par sa sentence d'août 1256, rapportée par Justel. Ce n'est pas ici le lien d'examiner si c'est bien du chef de ce Boson III, mort depuis près de 50 ans, que les réclamantes tiraient leurs droits. Mais si le denier publié par M. Charvet porte bien B et non R, ou s'il s'en trouve d'autres au même type, il faut les attribuer à ce Boson, mort vers 1209, et ciontemporain du type créé lors de la donation faite à Fabbaye de Beaulieu.
Le type odonique s'est-il brusquement arrêté en 1190? La fabrication en a-t-elle cessé? Ou bien a-t-il coexisté avec le type nouveau, au moins comme circulation ? C'est ce que peut nous apprendre l'observation des trouvailles du pays.
Quant an denier qui porte dans le champ du revers 0/K.S entre deux traits et deux croisettes (Poey d'Avant, PI. LU, n"^ 3), M. Cartier, qui le possédait et Ya publié (2), le dit imité des «leniers de la Marche et l'attribue & Raymond VI (1 245-1 285). Je n'ai jamais vu ce denier en nature, mais je suis porté à le rapprocher des deniers d'Edouard I^, roi d'Angleterre, duc d'Aquitaine, qui porte daoïs le champ AMGL entre deux traits et deux croisettes (3) . En effet, le 22 avril 1 263 (4) ,
(1) flistoire généalogique de la maison de Turenne faisant suite à celle de la maison d'ÀnTergne, Paris, 1646.
(2) RoTue Numismatique Française i841, page 36.
(3) Voir notre plaache 1, et Poey d'Avant, PI. LX.
(4) Ittftel, preuves.
il inteiTint un acte entre Henri II, roi d'Angleterre, et Raymond VI de'Turenne, par lequel ce dernier, après s'y être longtemps refusé, mais sur les instances dd preces du roi de France saint Louis, transférait au roi d'Angleterre l'hommage qu'il dev4iit directement au roi de France pour ses châteaux, ses fiefs, etetiam pro monetâ $uâ et jure cudendieam. Il est donc rationnel d'admettre que vassal du roi d'Angleterre, seigneur de domaines limitrophes à l'Aquitaine, le vicomte de Turenne ait imité les espèces circulant dans cette province.
Il reste à retrouver le type «à l'écu triangulaire pubiré par Duby li'après un dessin quelle Boze et Ducange -avaient trouvé dans l'ouvrage de^ustel. H est<à remarquer que cet ouvrage remonte à 1 64S, que Justel affirme que de son temps il se voyait encore des deniers tels qu'il Jes représentait et qu'enfin la forme des ro des 6 et des £ donne beaucoup de- vraisemblance. à l'authenticité de ce dessin. Nous pouvons donc .espérer que ce denier se produira tôt ou tard, comme bien d'autres donnés par Duby et que Poey. d'Avant n'avait pas retrouvés en nature. Il convient 4e le rapprocher du même type émis à Limoges par Arthur (1275-4301) ce qui classerait le denier de Turenne au même Raymond YI, ou peut être à son successeur Raymond .VU (1285-1304).
Le monnayage de Turenne peut donc>âtre classé plus utilement que ne l'a fait Poey d'Avant. Il est probable que ce déniera l'écu triangulaire lut Ja dernière manifestation de cet atelier.
M. de Barthélémy (1) avait écrit que les droits monétaires des vicomtes de Turenne avaient été confirmés par la reine Blanche en 1251 ; par Philippe-le- Hardi en 1280; par le roi Jean en 1 351 ; et par Louis, duc d'Anjou, comme régent, en 1 380 ; Poey d'Avant reproduit ces lignes et ajoute : Leur monnaie eut donc un cours très prolongé. M. l'abbé Pau, qui a le dernier écrit sur les monnaies de Turenne et les a étudiées avec compétence, accepte aussi l'ordonnance de 1351, comme conférant au vicomte de Turenne le droit de battre monnaie.
Cependant. les vicomtes de Turenne ne figurent pas à l'ordonnance de 1315 (2), et il semble anormal qu'à une époque où les rois tendaient par tous les moyens possibles, rachats, confiscations, poursuites de toute .nature 4 faire disparaître la
(1) Manuel de Numismatique moderne, page 222.
(2) Le texte de rordonnance de 1315 présente, il est yrai, une lacune. Mais nous l'avons de nouveau coUationnée aux archives nationales Uans le registre, dit entre deux ais ; la lacune qui se trouve après ces mots; la momnoyt au ém 4e Burgan ne comporte que la place réservée aux monnaies de ce prince. Il n'y a pas place pour les monnaies d'un autre seigneur.
monnaie des barons, Jean, au moment le plus tranquille de son règne, ait en effet confirmé un droit de monnayage. Nous avons donc voulu recourir au texte des ordonnances. Les lettres de Philippe-le-Hardy contiennent bien la confirmation' expresse du droit de monnayage, Nec non jus cudendi monetam tant albani quatn nigram legis et valoris approbatorum quam dicti duces (Aquitanie) tenentur sibi facere admitti per Lemovicensemy Petrogoricensem et Caturc€?isem diœceses. Mais Tordonnance de 1350, est bien moins explicite. Guillaume de Beaufort, vicomte de Turenne, s'adresse au roi Jean; il expose très longuement tous les privilèges de la vicomte de Turenne et il se garde bien d'omettre le droit de monnayage; à ce sujet il emploie exactement les mêmes expressions que l'ordonnance de Philippe-le-Hardy, nec non fus cudendi monetam, etc. Après cet exposé vient la confirmation du roi dans cette phraséologie redondante qui est le propre de la chancellerie (fa moyen-âge, et en voici les termes : Prœdictas libertaies et immunitates et franchisias universas et singulas eidem vicecomiti hominibus que et prœdictis subditis ejusdem vicecomitatus salvamus et conservamus et confirmamus. Il n'est pas question des droits /wr^i, ni surtout de celui de battre monnaie, et certes les légistes de cette époque, si minutieux dans leurs controverses, n'auraient pas manqué de faire remarquer que ce droit régalien ne pouvait rentrer dans aucune des expressions employées libertates immufîitates et franchisias.
En 1372, Louis,, duc d'Anjou, lieutenant du roi en Aquitaine, rend une ordonnance à propos des libertés de la vicomte de Turenne, où il n'est pas question de la monnaie. Mais son ordonnance de 1380, alors qu'il était régent du royaume sous Charles Vf, rapporte en entier les deux chartes des rois Philippele-Hardy et Jean, et son ordonnance de 1372, et contient ces expressions : ^ios litteras prœdictas et omnia en eis contexta rata habentes et grata. Du moment, dira-t-on, où il ratifie tout ce qui est contenu dans les lettres précitées, il ratifie le droit de monnayage; mais appartenait-il bien à un régent, à un tuteur de conférer à nouveau un droit qui était refusé en 1315.
Si, d'ailleurs, on attribue à l'ordonnance de 1380 toute cette portée et la confirmation du droit de monnayage, il faudrait ajouter que ce droit n'a. pas cessé d'exister sous Tancienne monarchie. Car les vicomtes de Turenne ont ftiit renouveler et confirmer leurs privilèges par tous nos rois (1) : par Charles VII,. on 1446; par Louis XI, en 1461 ; par Charles VIII, dans une charte qui relate en
(I) Libertés et f ranch iies du vicomte de Turenne, Paris, 16o8.
entier les lettres de Philippe-le-Hardy, de Jean-le-Bon et de Louis, duc d'Anjou; par Louis XII, en 1499; par François P', en 1522; Henri II, en 4547; Charles IX, en 1564; Henri III, en 1574.
Mais la plus remarquable de ces confirmations est celle de Henri IV, du 22 octotH*e 1593. Elle ne se contente pas de viser les chartes originaires de Philippe-le-Hardy, du roi Jean et du duc d*Anjou. Elle en fait collationner des copies sur les originaux et les annexe sous le cantresceau aux lettres patentes délivrées au vicomte de Turenne, Henri de la Tour, duc de Bouillon. Il faudrait en conclure, pour^tre conséquent avec le système admis plus haut, qu'Henri lY a confirmé le droit de monnayage à Henri de la Tour, duc'de Bouillon. Or, si celui-ci a battu monnaie, ce n'est pas comme vicomte de Turenne, mais comme duc de .fiouillon, et prince de Sedan, et exerçant du chef de sa^femme Charlotte de la Marck les droits du monnayage inhérent à ces seigneuries.
Nous répétons donc que le dernier type du monnayage de Turenne est le type à l'écu triangulaire, qui est contemporain de la fin du xiii® siècle ou du commencement du xiv®, et qu'aucune des monnaies que nous possédons n'est contemporaine des lettres patentes du roi Jean (1350), et moins encore de celles du duc d'Ànjo^i (1380).