ALFONSE DE FRANCE. 1M
En tête du monnayage de ce prince, il faut placer les monnaies à la légende Irilinéaire qu'il a importée à Toulouse, par imitation de son monnayage poitevin à la légende trilinéaire Pictaviensis.
X 318. -i' ANFOS COVES. Croi\. ^. TOL | OS.AC I IVI . En trois lignes dans le champ.
PI. XIII, nM4.
Viennent ensuite les deniers si communs au type tournois el en troisième lieu les imitations du type du Mans.
319. * A COWES FI REG FRAN. Dans le champ les lettres ES débris du monogramme d'Erhert. i^. * TOLOSA CIVITAS. Croix cantonnée au 1" et au 3'" d'un basant, aux 2° et 4*' d'un groupe de trois points. Billon. Denier. (Dessin communiqué par B. Fillon). PI. XIII, n"15.
Ce denier dilTère de celui publié par Poey d'Avant, qui porte en cantonnemeni une Heur de lis au 3*. Le double grenetis de cette pièce, encore plus que le monogramme ES, lui donne la physionomie d'une pièce mansaise.
Poey d'Avant se demande pourquoi cette empreinte se retrouve à Toulouse et n'en trouve d'autre raison qu'un caprice d'imitation. N'en existe-l-il pas une plus satisfaisante. Charles d'Anjou, qui était comte du Maine, et auquel le type mansais appartenait, s'en est servi comme comte de Provence, et Poey d'Avant a classé ces monnaies sous la rubii(|U(' du Maine. Elles portent la légende K COMES FIL REG el COMES PROVINCIE. Charles d'Anjou et Alfonse de Toulouse élaienl chacun propriétaire de la moitié d'Avignon, et tous deux portent sur les sceaux le titre de marquis de Provence; je possède une bulle sur laquelle sont inscrits tous leurs titres de l'un ou l'autre côté. La monnaie au type mansais de Charles d'Anjou, circulait donc dans Avignon. M. Blancard, dans son remarquable travail sur les monnaies de Charles \", que nous aurons si souvent l'occasion de citei'. l'ail connaître un acte du 12 mars 1268 (1) par lequel Alfonse mande à son sénéchal
(Il Cet acte lui avail clé iniliqué par M. de Harlheleiny, [liri'ue Crilique tSOOi
d'Avignon de faire de la monnaie semblable à celle de son frère Charles, excepté la monnaie d'argent. C'était le ninment où le roi saint Louis interdisait si formellement à ses frères d'user du lyp,> tournois. Le type mansais jouissait d'une grande faveur; c'était uue des monnaies les plus accréditées des croisades. La raison du voisinage a donc fait naîti-e dans le marquisat de Provence et peut être dans la ville même d'Avignon cette imitalion, qui a passé tout naturellement dans le comté de Toulouse.
Les monnaies très rares, aux armes rai-partie de France et de Castille, viennent en dernier lieu. C'est à tort que Poey d'Avant considère comme une demi-maille, l'obole décrite par lui sous le n" 3713, et que nous retrouvons dans le Catalogue Roii.fseaii, n" 459- Cette pièce pèse O'.3o. qui est le poids de diverses oboles, et la petitesse de son module est rachetée par son épaisseur.
SALNT GILLES.
B. Filion (Catalogue Rousseau, parje 55). propose pour ce fief une dégénérescence qu'il explique ainsi :
« Il a (lu y avoir des monnaies de Saint trilles antérieures à celles d'Alfonsc .lourdain [\ 1 12-1148). Elles ont dû porter un monogramme dans le champ, ainsi que cela résulte de l'agencement du type. Nous pensons même que ce monogramme, venu de Toulouse, eut la forme du denier et de l'obole de Pons, gravés aux n"* 21 et i.i de la planche LXXIX de Poey d'Avant. Qu'on le place en effet de façon à renverser la lettre E, et aussitôt on a les rudiments de l'.agneau Egidien ; les ligures (qu'il a dessinées et que nous crayons devoir reproduire, PI. XIII, n°' 16 et 17), dispensent de toute démonstration, d'où il résulte que les monnaies de Pons en question pourraient fort bien sortir de l'officine de Saint Gilles. »
Personne n'a plus fait que B. Filion pour expliquer l'origine et la dégénérescence des types, mais nous croyons que dans le système proposé pour le comté de Saint Gilles, tout est conjectural et que B. Filion a été entraîné un peu loin par son imagination, quand il a été frappé de la ressemblancL' qu'offrent ces deux figures. On comprend liien que ce qui était un agneau ait pu dégénérer eu uu u) ou en un G lunaire renversé. Mais j'ai peine à admettre la récipi'oque et qu'un signe qui n'était qu'une lettre à trois jambages ait pu engendrer un animal a quatre pattes et une tète. J'aime encore mieux, pour expliquer l'origine du type, i-ecourir à la légende de G. Catel (Histoire des comtes de Toulouse), en la dégageant des anaclironismes monstrueux qu'tlle présente. Il est bien certain que jamais comte de Toulouse, du temps de Charlemagne, n'eut d'armoiries et
lie porta de trois moutons ; il faut aussi reléguer, au nombre des fables, l'étendard sui" lequel on voyait un agneau et une croi\ à douze pointes, que d'après un manuscrit cité par Catel, le comte Torsin à genoux présentait à Charlemagne. Mais, lors du monnayage d'Alfonse Jourdain, nous sommes en pleine elTervescence des croisades. C'est le moment où apparaissent les armoiries comme signe de ralliement entre tant de seigneurs étrangers les uns aux autres. Kaymond IV de Saint Gilles était un des cbefs de la première croisade, et certes lors([u'il choisit un signe dislinctif, il n'alla pas le chercher sur l'imitation sans valeur de la monnaie de son prédécesseur, mais bien plutôt dans les symboles de la foi qui l'avait entraîné. L'agneau pascal, tel qu'il est figuré sur les monnaies, n'a pas d'ailleurs les jambes pendantes et droites. Dans l'une des monnaies dessinées par l'oey d'.VvanI, pour Alfonse Jourdain, il les a complètement repliées sous lui-même, et d'ailleurs, .41fonse lui-même, employa le type de Pons (Poey d',4vant, PI. LXXXI, n" 15). Lorsqu'il frappa au type de l'agneau pascal, c'était donc un type nouveau et non une réminiscence du passé.
Le Cabinet de France possède deux oboles sur lesquelles l'altitude de l'agneau ne coïncide pas avec les données de B. Fillon.
:i2(). ONOR STL... Agneau. &. .î< ANFOS. Croix cantonnée de ([ualre points. PI. Xlli, n" 18.
;iil ONOR SCI I GIDIL Agneau en marche, if >i< RAMVNDVS. Croix simple. PI. Xlll, II" ii).
MARQUISAT DE PHOVE.NCE.
Les comtes de Toulouse, devenus marquis de Provence depuis 990, durent frapper monnaie dans ce fieL Mais nous n'en connaissons pas d'antérieure à la seconde moitié du xii° siècle. Ils se servirent de deux types successifs sur leurs monnaies comme sur leurs sceaux.
Le type le plus ancien est celui ou la croix pommetée dépasse le champ et sépare les lettres de la légende D | V | X I M.
L'obole de ce type était restée inconnue à Poey d'.Vvanl.
322. iî« R COMeS. Le soleil et la lune. ^. D | V | X 1 M entre les quatre branches d'une croix évidée et garnie de trois besants à chaque extrémité.
PI. .\III, n" 20.
(Histoire monétaire du Languedoc).
Le denier suivant présente quelques dissemldances avec le type connu.
3i3. R'COMGS. Le soleil et la lune, inai> autieiucnt disposé» que sur les dessins de Poey d'Avanl. r. D | V | X I M. Dans les quatre !)ras d'une croix pommelée. Denier. Poids O'.TO. Collection I.alanne. PI. XllI. n° 51.
X quel comle du nom de Raymond i"uut-il faire remonter ce munuayage ? La question controversée depuis Ducange et D. Vayssette (Histoire dit Languedoc) . ne peut plus l'être aujourd'hui en présence d'un texte de M 84, cité par -M. Blancard [Monnaies de Charles I"). Dans ce titre, qui est contemporain de Raymond V (Ili8-ll941, il est fait mention des Raymondins. Ils circulaient même à (iap et à Forcalquier en dehors des domaines du comte. C'est donc à Raymond V, qu'il faut attribuer le commencement du monnayage à ce premier t\pe. Il fut continué par Raymond VI (1194-1222), dont nous possédons des sceaux présentant la même disposition de croix. M. Blancard indique trois émissions contemporaines de ce comte 1293, 1210 et 1219. L'avènement de Raymond VU est de 1222. Il changea le type du sceau de son prédécesseur. Sur le sien la croix est circonscrite par la légende et le même changement se produit sur les monnaies; M. Blancard indique .sous ce comte trois émissions 1222, 12:30 et 1238, dans celle de 1230, il est question de Raymondins neufs qui sont sans doute les monnaies du 2" type.
Voici une variété de ce 2'" type.
Mï. "î* Ri COS PÂLACI. Croix pommelée circonscrite dans le champ, r. "îi DVX MARCb OPV. Le soleil et la lune avec la même disposition que sur le numéro précédent.
Billon. Denier. Collection Lalanne.
PL XIII, n" U.
Nous retrouvons Tahréviation COS, qui ne peut être lue ici que cornes palaci. Nous l'avions souvent traduite par consul, et cette nouvelle légende est un argument contre notre système. Nous ne l'en reproduisons pas moins, n'ayant pas de parti pris, mais le désir d'arriver en tout à la vérité.
NARBO.NNE.
C'est dans cette vicomte qu'a été frappée la première monnaie, émanant d'uu seigneur ayant ou usurpant les droits régaliens. C'est la fameuse monnaie de -Milon de Narbonne, dont l'authenticité a été très attaquée; les exemplaires connus, lors de la publication de l'ouvrage de Poey d'Avant, n'étaient qu'au nombre de
trois, tous différents de coin. Ils ont résisté à l'eMimen le plus scrupuleux. Il est à regretter que dans la publication de cette pièce capitale, Poey dWvant ait laissé passer une faute d'impression et qu'on trouve écrit dans le texte NARBO. dans les quatre cantons de la croix, quand en réalité Ui pièce porte NRBi^i.
Mais si les soupçons de falsification sont tombés devant les pièces connues en 1S60, il parait à peu près certain qu'il en a été fabriqué depuis; M. Charvei atlirnie qu'il lui en a été proposé divers exemplaires de provenances dilerentes et (ju'il les a toujours refusés comme suspects. Cette monnaie étant une des plus grandes raretés de la série féodale, les amateurs feront bien de no l'acquéi'iiqu'avec les plus strictes précautions.
Il faut laisser s'écouler prés de deux siècles après la mort de .Milon. avant de letrouver une monnaie signée par un vicomte de Narbonne.