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AIMERI III

Nous estimons qu'il faut restituer à ce vicomte les pièces frappées en communauté avec l'archevêque, attribuées jusqu'à présent à Aimeri IV (1271) et dont voici le type :

329. «ï« AIMERICVW). Croix cantonnée d'un annelet au 2^ R. NARBOI€ CIVI. Clef dans le champ.

PI. XIV, n° 4.

L'n l'ait historique important nous conduit à celte attribution. Le célèbre Arnaud Amaurv. légat du pape pendant la croisade des Albigeois, se fit donner l'archevêché de ^'arhonne en 1212, en récompense de ses services. En 1215, il se fit concéder par le vicomte un droit dans la monnaie. Le vicomte de Narbonne était le feudataire du comte de Toulouse et n'était pas resté étranger à la guerre soutenue par son suzerain. Il avait beaucoup à se faire pardonner et Arnaud Amaurv n'était pas homme à laisser tomber en désuétude des droits acquis. C'est méconnaître le caractère historique de cette époque que de supposer, comme l'ont fait B. Filloii et Poey d'Avant, ([u'il était loisible au vicomte de revenir sur la concession monétaire par lui octroyée. Arnaud Amaury appesantit sa main de fer sur toutes les populations du Midi, jusqu'à sa mort violente en 1229. Ce fut lui qui manpia de la clef les monnaies de >arbonne; si cette clef ne fut pas celle de saint Pierre, dont il était le légal, elle est en tout cas le symbole de la puissance ecclésiastique. La. légende AMALRICVS (Poey d'Avant, PI. LXXXII, n" 19), est au nom de l'archevêque (1) et à supposer qu'elle soit le synonyme exact de celle d'AlMERiCVS. elle s'appliquerait à la fois au vicomte Aimeri et à l'archevêque Arnaud Amaury; ne portant aucun des deux titres, elle donnait satisfaction aux deux parties.

L'autorité ecclésiastique maintint sa toute-puissance pendant la seconde période de la guerre des Albigeois, et il serait bien intéressant de retrouver la monnaie frappée avec la double légende ARCblEPiSCOPVS NARBO dont les historiens du Languedoc nous indiquent le litre et le poids et dont Duby nous a conservé le dessin. Cette monnaie n'a pas été retrouvée en nature. Mais elle est trop différente de celles connues par son module et la légende extérieure du droit (Ave Maria t/racia plena dominits teco) pour que Duby ne l'ait pas eue sous les

(1) Une inscription recueillie dans réglise Saint Alain de Lavaur et portant la date de 121.5, porte Amalricus Narbone primas. (Mémoires de la Société archéologique du Midi, Tome Vil, page lS(j).

yeux. Elle serait en tout cas antérieure à la convention monétaire de 1266, dont nous allons parler.

C'est à cette même période de la suprématie arciiicpiscopale, que se rapporterait le denier publié par Poey d'Avant, sous le numéro 3769, et qui porte des deux côtés £ S ARCbISPS â NARB. Il l'indique comme existant dans la collection Challande. Mais il ne l'a pas fait graver et nous ne le retrouvons pas dans le travail de M. Challande sur les monnaies du Languedoc. C'est peut-être une erreur de Poey d'Avant ou bien encore une erreur de frappe.

En 1266, il intervint entre le vicomte Amaury IV et l'archevêque Maurice une sentence arbitrale qui nous a été conservée dans l'inventaire des actes de l'archevêché de Narbonne. Cette sentence établit en commun la fabrication, les bénéfices, les criées et la proclamation de la monnaie, sur laquelle d'une part on devait gi-aver les nom, mitre ou bâton pastoral de l'archevêque et d'autre part le nom du vicomte, le bouclier et la clef. Cet acte est curieux à bien des titres. Il précise la date de la monnaie d'alliance entre le vicomte et l'archevêque. Il prouve que ce qui a été pris pour un cadenas n'est autre chose que l'écu du vicomte. Les consuls de la ville ne restèrent pas étrangers à cette convention. Us obtinrent la nomination des gardes de la monnaie et comme l'une des prérogatives municipales était de garder les clefs de la cité, il ne manque pas de bons esprits qui voient dans cette clé, non plus le symbole de l'autorité ecclésiastique déjà représentée au droit par le nom de l'archevêque et la mitre, mais l'affirmation des droits de la commune, droits qu'on retrouve si vivaces dans les villes du Midi à crtté du pouvoir des seigneurs et des prélats.

CÂRCASSONNE.

Poey d'Avant a doté cette ville d'un monnayage municipal. Il a lu CIVITAT et CIVITATES sur des deniers de Carcassonne celés à tous les regards dans des collections de Montpellier. Il annonce également cette môme lecture sur un denier du cabinet de France, qu'il décrit n" 3778, avec la légende CIVITATES, mais qu'il dessine, PI. LXXXIII, n° 7, avec la légende GR'i'TATCIX. !\"ous n'avons pas été aussi heureux qu'il l'a été, pour vérifier les légendes des deniers de Montpellier, mais nous avons pu étudiera loisir ledenier du cabinet de France, et tout d'abord il n'y en a qu'un seul, tandis que Poey d'Avanten donne deux, l'un sous le n" 3775, avec la légende GRiiiTATOIX, l'autre sous le n" 3778^ dont nous venons de parler. La légende du denier du cabinet de France est bien GR'i'TATCIX, et le dessin de la planche LXXXIII, n" 7, est exact. Cette légende est le débris de celle

Gratin dei rex et c'est ainsi qu'elle est énoncée au catalo^'ue manuscrit de la collection nationale. Il n'existe donc pas dans cette collection de denier de Carcassonne avec Civitates. En existe-t-il à Montpellier ? Il eut été désirable pour tous qu'on ait pu faire cette véritication et contrôler ce fait anormal d'une cité battant monnaie au x^ siècle.

Il est un fait qu'il importe de bien dégager des explications un peu confuses de Poe\ d'Avant; c'est le lien féodal qui a relié Carcassonne aux comtes de Toulouse jusqu'en 1067, et depuis cette époque aux comtes de Barcelone, qui inféodèrent le comté de Carcassonne aux anciens propriétaires avec le titre de vicomtes. Bernard- Hatton (1 083-11301 est le premier de ces vicomtes dont nous avions des monnaies. Il n"en prit pas moins sur ses monnaies le titre de comte, ainsi que ses successeurs.

M. l'abbé Verguet(l), dans sa monograpliie postérieure à l'ouvrage de Poey d'.ivant, ne nous fait connaître aucune pièce nouvelle et adopte sans restriction toutes les attributions de JI. Gayraud de Saint-Benoist (2). Mais il donne sur l'historique de ce comté des explications plus complètes que Poey d'Avant , notamment sur le partage de la monnaie entre le comte et le vicomte ; on peut le consulter utilement.

Une découverte récente nous permet de combler une lacune dans la série de Carcassonne.

PIERRE RAYMOM). 1012—1061.

330 * PITRV<rtC-0. Croix. S. RAIMVNDO. Dans le champ LIS et deux annelfts, le tout formant croix.

Billon. Denier. Collection Caron.

(Challande. Histoire monétaire du Languedoc, PI. XIV , n" 14). PI. XIV, n"5.

M. Challande rapproche cette pièce des deniers publiés par Poey d'.\vant, PI. LXXXIII, n°' 9, 10 et 1 1 , et attribués d'après lui à un comte Raimond, qu'il place de 1002 à 1012. Roger I" (937-1002) eut bien un fils Raimond, mais celui-ci mourut avant son père, sans avoir été associé à la dignité de comte. Comme ces deniers portent simplement le nom de RAIMVNDO, on peut selon M. Challande

(I) Monnaies des comtes et vicomtes de Carcassonne. extraites de la collection de cette ville, avec planches photographiées. Mars ISG-j.

ii) Mémoires de la Société des arts et sciences de Carcassonne. Tonie II, pages 139 et suivantes.

et jusqu'à ce que de nouvelles découvertes aient tranché la difficulté, les attribuer soità Pierre Raymond (1012-1061), soit à Guillaume Raymond (1012-10G1). soit enfin à Raymond Guillaum,^ (1043-1068), qui ont tenu successivement et on pariage le comté de Carcassonne.

Ce n'est pas sans hésitation que je me suis rallié à l'opinion de M. Challande, et que j'ai classé ce denier à Carcassonne. J'étais possesseur d'un de ces deniers et l'avais étudié de mon côté. Je trouvai.s au \i' siècle à Narhonne les fils du vicomte Ravmond Déranger qui , par la démission de leur père, devinrent co-propriétaires de cette vicomte et terminèrent en octobre 1066 leurs différents avec l'archevêque de iVarbonne. Ils reconnurent la suzeraineté de l'archevêque sur la moitié de la ville de ÎN'arbonne, l'autre moitié appartenant à Raymond de Saint-Gilles comme comte particulier de Narhonne, dont ils étaient les vassaux en cette partie. Or, l'un des fils de Raymond Béranger, s'appelait comme lui Raymond et un autre Pierre s'empara de l'archevêché de Narhonne et s'y maintient jusqu'à l'excommunication du pape en 1086. J'avais été tenté de voir une monnaie portant le nom de ces deux vicomtes. 3Iais d'un côté, je retrouve à Narhonne le type aux quatre annelets dans toute sa pureté jusqu'à Ermengarde morte en 1 1 92 ; de l'autre, je rencontre à Carcassonne sur le même denier le nom de RODGER d'un côté et de PETRVS de l'autre, et quoique le type du champ présente une notable difTérence avec le type odonique qui prévalut d'abord à Carcassonne, je me suis décidé à classer à cette ville le denier au nom de PETRVS C-0 et au revers RAIMVNDO.

C'est à ce même Raimond qu'il faut attribuer le denier suivant sur lequel apparaît nettement l'imitation des deniers de Pons, comte de Toulouse (1037- 1060), qui était encore suzerain de Carcassonne.

331 . RAIMVNDO. Croix chrismée comme celle de Pons, cantonnée d'un croissant au 2'' et d'un annelet au 3°. ^. CARCASONA. Dans le champ en monogramme triangulaire RVI, est-ce la première dégénérescence du mot REX ?

Billon. Denier. Poids 1-".00.

Collection Victor Bordes, à Bordeaux.

PI. XIV, n" 7.

Bernard-Hatton continua quelque temps le type triangulaire et le type carré Toulousain. .Mais il adopta ensuite la croix, coupant la légende, venant de Barcelone, qui persista sous les deux Roger, mais sans exclure la croix simple.

332. "î" ROGER COME«/). Croix cantonnée d'un besant aux 1" et 2^ ]^ CARCASONE CI. Dans le champ crosse et annelet.

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Billon. Obole. ,Z)e Longpérier inédites du cabinet Dassy.) Challanâe, PL XIV, n" 23.

PI. XIV, n"6.

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