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ÉVÊQUES DE GRENOBLE

On a divisé avec raison le monnayage des évêques de Grenoble en deux périodes bien distinctes.

La pi'emière comprend le monnayage propre de l'évoque, antérieur à celui des comtes d'Albon, dauphins de Viennois, et dont nous n'avons que de rares spécimens frappés vers le xi"^ siècle, avec le nom et la tête de saint Vincent, patron de Grenoble, et au revers le nom de la ville GRANOPOLIS.

La deuxième période comprend le monnayage mixte entre l'évêque et le dauphin. Des découvertes récentes ont modifié l'étude de cette période en accentuant la marche des envahissements accomplis par les seigneurs contre le pouvoir ecclésiastique.

.4près le monnayage indépendant et anonyme de l'évêque, le monnayage fut partagé, on peut le dire, par égale portion, entre l'évêque et le dauphin. Chacun eut un des côtés de la monnaie; chacun y mit son titre sans y mettre son nom, l'un DALPblnVS VlfiR avec l'emblème du daupliin, l'autre GPS GRONOPOL avec la croix. (Pocy d'Avant, PI. CV, n"" 9 et 10). Puis le dauphin Humbert I" mit son initiale b DALPbS VIENS. Le titre de l'évêque disparait pour faire place au .saint patron, SGS VINCENTI. (Poey d'Avant, PI. CV, n" 11). Enfin,

sur les gros, le nom de GVIGO figure en entier avec le vocable de SANCTVS VINCENTIVS au revers.

II ne paraît plus possible aujourd'hui, eu présence des découvertes récentes, de faire figurer le monnayage mixte à l'article des évoques de Grenoble. Il me semble qu'il faut le reporter à celui des dauphins de Viennois, dont le rôle a, dans le monnayage comme dans la politique, toujours tendu à s'agrandir aux dépens du pouvoir ecclésiastique.

D.AL'PIIINÉ.

M. Morin et d'après lui Poey d'Avant n'avaient pas fait remonter le iponnavage du Dauphiné au-delà d'Humbert 1", premier dauphin de la maison de la Tour. C'est à lui qu'ils attribuaient les premiers essais du monnayage mixte anonyme portant d'un côté la légende DALPbiRVS et de l'autre fîPS GROROPOL. Mais M. Vallier se croit en droit de faire remonter plus haut le monnayage mixte et même le monnayage indépendant du Dauphiné.

Ce fut, en effet, en 1135 que l'empereur Frédéric I", en confirmant à Guigues V, comte de Grenoble, la jouissance de; bénéfices héréditaires de la maison d'Albon, y ajouta le privilège de frapper monnaie. Ce privilège fut confirmé plus tard, en 1238, par Frédéric II. On ne peut admettre que jusqu'à l'avènement de Humbert V (1281), c'est-à-dire pendant plus de 123 ans, les dauphins de Viennois, barons essentiellement turlmlents et envahissants, aient laissé sans l'utiliser un privilège aussi important que celui de battre monnaie.

.4ussi M. Vallier n'hésite-t-il pas à faire remonter à l'origine même de cette concession les deux monnaies dont voici la description :

496. 'i' CO. DALFlNVy>. Dauphin en pal à gauche, â. lî- S ViNCENCIVc/). Croix cantonnée de quatre besants.

Argent. Denier. Poids H. Collection Vallier.

(Vallier. Revue Xiimismatigue belge 1877 , PI. VII, n° 19). PI. XXI, n"!.

497. "î" CO DALFiNVcn. Dauphin en pal à gauche avec deux nageoires. ^. *if VIENENSIVM. Croix pattée, anglée aux l"et 2" d'un trèfle à longue tige.

Argent. Denier. Poids O^'.TO. Collection Lamorte-Félines.

(Vallier. Revue Numismatique belge 1877, PL VI H, n" W} PI. XXI, n°i.

Le flaupliin fit-il acte d'indépendance en snpprimanl la léijende SPS GRAnOPOL et en n'inscrivant cjue le nom de saint Vincent, patron de Grenoble. Il s'aiïrancliit en tout cas de toute participation avec l'évêque par le type francliement indépendant qui porte VIENENSIVM. Nous reconnaissons, avec M. Vallier, qu'il faut placer ces monnaies en tète des monnaies Delphinales connues ju.squ'à ce jour, et il nous est impossible de ne pas partager son étonnement en voyant Poey d'.Vvant lire sur notre n" 496 OuigO et l'atti'ibuer à Guignes VIII. Mais M. Vallier n'a-t-il pas été trop loin ? N'a-t-il pas fait remonter trop baut les monnaies dont s'agit ? C'est l'opinion de M. Roman (I) qui a réfuté un à un les arguments de M. Vallier et ne pense pas que ces monnaies soient antérieures à 1236. En effet, dit-il, à un an près, nous connaissons le moment où le daupbin fit son apparition dans les armoiries des comtes d'Albon. Avant Guignes VII, ce symbole était inconnu en Dauphiné, les sceaux de Hugues de Bourgogne (1189), ceux de Guigues André représentent d'un côté un cavalier l'épée haute et de l'autre une enceinte de ville et de château. Ce n'est que sur le sceau de Guigonet (1236) qu'apparaît un dauphin sur l'écu du cavalier, et, sous Jean I", que le dauphin commence à envahir le champ et à en chasser le cbàteau à trois tours, qui désormais ne reparait plus. Or, vers la même époque (1238), l'empereur concéda à nouveau au jeune daupbin le droit de battre monnaie. Cette coïncidence paraît décisive à }\. Roman. Le dauphin n'a pas été figuré sur les monnaies avant de l'être sur les sceaux, et les monnaies qui le portent ont dû être émises après la confirmation de 1238. M. Roman ajoute qu'e/i effet la figure du dauphin l'ut à son apparition plus sobre d'ornements que par la suite et que sur deux .sceaux de 1237 le daupbin offre de nombreux rapports avec celui gravé sur les deux deniers dont s'agit.

Quant à la forme DALFINVS avec un F, M. Roman l'a retrouvé sur trois sceaux de Humbert II portant les dates de 1330, 13i3 et 1334 et même sur des douzains de Charles VIII, et en conclut qu'elle n'est point une preuve d'ancienneté, non plus que l'S couché qui n'est pas nécessairement un caractère du \if siècle et (ju'on retrouve au contraire fréipiemment au xiii''.

Ce n'est pas à dire poui- cela que les dauphins n'aient pas battu monnaie avant 1238. Le diplôme de 1155 est trop positif pour on douter; non seulement il

(I) .Mélanges Je Numismatique 1878, page lo8.

accorde formellement le droit de battre monnaie, mai^ il concède les raines d'argent à exploiter et détermine l'atelier à Cézanne. Mais ces monnaies ne peuvent selon nous être empreintes d'un dauphin. Elles sont encore à retrouver.

De 1238 à 1281 , avènement de la maison de la Tour, se placent tout naturellement les monnaies indépendantes et anonymes des dauphins qui portent d'un côté Dalphs vieil et de l'autre Cornes Albon, et aussi les monnaies mixtes et également anonymes qui portent d'un côté Dalps vien et de l'autre Eps Gronopol.

Ce monnayage appartient à Jean I" ou à son prédécesseur Guignes VII; mais portant la figure d'un dauphin, il ne peut remonter au-delà de 1236, apparition de ce type héraldique.

HIMBERT I". 1281 — 1307.

Huuihert I" de la Tour est le chef d'une dynastie nouvelle. Devenu dauphin de Viennois et comte d'Alhon par son mariage avec Anne, sceur aînée de Jean I". mort sans postérité, il a voulu donner à sa race un relief de plus par un acte de suprématie qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait encore osé. Peut-être continua-t-il d'abord le monnayage mixte doublement anonyme; mais il mit bientôt son initiale sans admettre l'évêque à la même faveur.

498. S-î"? KïDALPKS « VlGR. Dauphin creté . ^. S-î"? HPS : GRONOPOL. Croix simple.

Billon. Denier. Collection Bastide, à Grenoble. PI. XXI, n''3.

La première lettre a plutôt la forme d'un K que d'un H, mais en la rapprochant de l'H de Dalphs qui est identique, il ne peut y avoir aucun doute. Il serait d'ailleurs impossible de reculer cette pièce jusqu'au dauphin Charles, lils de France, et nous croyons devoir l'attribuer à Humbert I". Voici d'ailleurs d'autres exemplaires de la même fabrication :

499. i^i h° DA.... ViSn. Dauphin en pal à gauche surmonté d'un annelet. Ê. ^ ePS GROROPOL. Croix pattée.

Argent. Denier. Poids 0-.80. Musée de Lyon. (Vallier. Revue Numismatique belge 1877 , Page 350- Vignette)- PI. XXI, nn.

500. l'itl h° DA.... bS VIGR. Dauphin en pal à gauche surmonté d'un annelet. ^. 6PS I GR I OnO I PO. Croix coupant la légende.

Billon. Petit denier ou obole. Poids 0^.4o. Collection de Brye, à Vienne. {Valller. Revue Numismatique belge iRll ,pafje 350. Vignette). PI. XXI. n° .

En publiant ces deux dernières monnaies, M. Vallier en tire les conclusions suivantes :

Les pièces à l'initiale b appartiennent à Humbert I", celles avec bV ont été émises par Humbert II. Cette classilication, pour laquelle M. Vallier se prononce très énergiquement, résulte pour lui de l'étude des sceaux de ces deux seigneurs.

Il propose un autre critérium de classification. C'est celui fondé sur la forme du dauphin.

Trois types principaux, dit-il, dans le même article, se font remarquer sur les empreintes des sceaux et des monnaies avant l'époque de la réunion du Daupliiné à. la France en 1349 :

Le dauphin à tête nue.

Le dauphin à tête surmontée d'un annelet. Le dauphin à tête panachée de plusieurs crêtes.

Le dauphin à tête nue est le plus ancien. C'est celui des n"' 494 et 493.

Le dauphin à tête surmontée d'un annelet aurait été adopté par Humbert 1^' et nous le retrouvons sur les n"' 497 et 498.

Le dauphin à tête panachée ne serait venu qu'en dernier lieu. Certes les monnaies de Guigues VIII et d'Humbert II sont empreintes d'un dauphin beaucoup plus orné que les monnaies antérieures et cela tient au style du temps beaucoup plus qu'à une différence héraldique. Mais noire n° 496, qui est certainement d'Humbert I", ne porte pas d'annclet et le dauphin est creté et ébarbé. Dira-t-on que ce denier a été émis dans les dernières années d'Humbert I" et sert de transition avec le monnayage de ses successeurs, cela serait possible. Mais comment expliquer la forme ornementée des dauphins sur les deniers anonymes mixtes et indépendants (Poey d'Avant, PI. CVII, n"" ~ et 8) que M. Vallier lui-même place avant l'avènement de la maison de la Tour. Xous estimons quant à nous que cette remarque n'est vraie que partiellement et ne peut servir de base à une classification générale.

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