‹ Monnaies féodales françaisesChapitre 210 sur 262 · LANGRES · texte numérisé non relu

LANGRES

Un fait qu'il ne faut pas perdre de vue quand un étudie la mimismatiquc de la Bourgogne, c'est que Langres était la cité épiscopale et que Dijon n'était (pi'iin castnon. C'est donc selon nous à Langres qu'il faut chercher le prototy|)e des monnaies frappées à Dijon, à Clialon, à Màcon.

Le caractère saillant du monnayage de Langres, c'est l'immobilisation du nom de LODOVICVS: est-ce le nom de Louis lil ou celui de Louis IV ? Poev d'.Vvaiit

|p recule à ce dernier et il donne ta son oiiinion une raison assez plausilde, c'est i[uc le tvpe du revers IX parait être la continuation de la lettre g barrée qu'on li'ouve à Langres d'abord sur la monnaie de Raoul avant de la trouver sur celle portant le nom de HLODOVICVS. Le nom de Raoul était bien moins connu de la population que celui de Louis qui s'est immobilisé dans un si grand nombre d'ateliers et c'est pourquoi ce dernier a été adopté de préférence.

Le monnayage commence à Langres par des deniers et des oboles à légendes 1res correctes et d'un poids élevé, le denier pèse 1-.30. Le type du cliamp fut (l'abord la lettre R à queue barrée, qui produisit le type à la croisette accostée iriiii I. La croisette primitive devint une croi\ ficbée, accostée à droite ou à liiiiulie d'un Irait. Les légendes deviennent complètement iiarliares. Le nom de LINGONIS peut encore se reconstituer; mais celui de HLVDOVICVS est devenu méconnaissable. Voici un denier qui doit servir de jalon dans l'étude des dégénérescences.

■"17 i. >i* ICDIVVVISVX . Croix ficbée accostée d'un clievron à droite.

1^. lî" IINONIS IVCL... Croix cantonnée d'un besant au premier. Argent. Denier. Collection (lariel.

l'I. XXIII, n"16.

Ce denier peut être rapproché de celui plus barbare encore que Poey d'Avant a publié PI. CXXXV, n»8.

Une réaction s'opère dans le xii"" siècle; elle s'opère à la fois sur le poids, sur l'aloi et sur le type de la monnaie, mais la légende LOÏïOVICVS persiste et rertains numismatistes en font des monnaies royales ou semi royales qu'ils ^iltribuent à Louis VII. Selon nous, c'est le rétablissement de la légende primitive :ivec le type nouveau de la crosse accostée du soleil et de la lune.

A la fin du xii*" siècle apparaît un autre type, qui ne nous est connu que depuis peu d'années.

■ )7."). ^ SCS MAMO')ES. Croix cantonnée de deux besants et deux annelets. K). ^ LINGONIS VRBS. Double crosse entre deux annelets. Rilliiu. Denier. Cabinet de France.

(Bitlletin de la Société arcIiéoloi/itiHc de Linu/res 1S7S- PI. XXIII, n"17.

.M. (le Bartbéleniy en publiant cette pièce la rappi'oclu' du type émis pail'.ddcs III, ducde Bourgogne (1193-1218). Il y a lieu ('■galemeut de tenir compte de

l'observation ik' M. Mavo Werly que nous avons i-apporlée jiliis liant; d'après lui, la double crosse aurait paru à Dijon dès Hugues III il 102-1 193). A cette mênie époque, Renaud ou Bernai'd de Bar-sur-Seine était évêque de Langres. Il avait obtenu de l'empereur d'Orient le bras de Saint Mammès, et traduit en latin le commentaire grec de Melapliraste sur les actes de ce saint. L'ayant donc en vénération particulière, il n'est pas étonnant qu'il ail in-cril son nom sur la monnaie épiscopale.

Ce denier a été trouvé en Orient, mais nous ne pensons pas qu'il y ait été frappé.

Ouanl à la double crosse, nous ne pourrions donner à ce sujet que des conjectures plus ou moins basardées.

En même temps qu'il publie le denier au nom de Saint Mammès, M. de Barthélémy esquisse à grandes lignes le monnayage de Langres, dont il se propose de faire ultérieurement la monographie et pour la numismatique féodale, il pose deux problèmes dont il laisse entrevoir la solution.

Le denier au nom de HVGO (Poey d'Avant, PI. CXXXV. n° 9', appartient-il à Hugues de Breteuil (1032-1049;, auquel il a été attribué jusqu'à présent ou à Bernard, ou Renaud Hugues de Rar J 063- 1085), plus voisin de Hugues I", duc de Bourgogne (1073-1078), avec la monnaie duquel le denier en question a une grande analogie, cette analogie est évidente; mais d'où vient l'imitation ? X cette époque, la monnaie de Langres au nom immobilisé de HLVDOVICVS était bien plus répandue que la monnaie des ducs de Bourgogne de la première maison de France, dont l'avènement était récent. En outre, le type de Langres est à la croix fichée accostée de deux chevrons. Le type de Dijon n'a que la croix fichée et il est bien plus naturel de supposer dans une imitation un letranchement qu'une addition. Le type du revers avec ses deux croisetles est identique dans les deux deniers.

La solution du deuxième problème paraît rallier toutes les opinions. « Guy de Rocbeforl, dit M. de Rartbélemy, inscrivit son nom et Guy de (ienève continua le monnayage de son prédécesseur. Mais je crois avoir de bonnes raisons pouiclasser à Guillaume de Durfort (I307-I3IS), la pièce donnéejusqu'ici à Guillaume de Joinville (1209-1219) ».

La même idée nous était venue en constatant dans le dépouillement de la trouvaille de Sierck, enfouie en 1327, la présence d'un certain nombre de deniers à la légende GVL' en bon état de conservation.

.\joutons qu'au commencement du xiif siècle l'écu armorié ne figurait point

eiirore sur les monnaies et qu'il ne parut en Bourgogne que sous Roliert (I (1272-1305), à Nevers que sous Eudes de Bourgogne après 1257, en Bretagne (pie sous Jean I" (1237-1286). Enfin nous trouvons un autre argument dans une rharte publiée par M. de Barthélémy (loco citato). Il résulte de ce document qu'en 1238, l'évêque Robert de Tborolte voulut modifier sa monnaie (Monetam novam concedere); si son prédécesseur avait déjà adopté le type nouveau de l'écu, il n'est pas vraisemblable que si peu de temps après, Robert de Tborotte ait voulu le modifier. On ne comprendrait pas en tout cas que, si ce type avait été modifié sous Robert de Tborolte, il ait été repris par ses successeurs (juy de Rocliel'ort et de Genève.

Page 1