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NOGENT

M, Colson de Noyon était également un amateur passionné pour la numismatique féodale. Avant l'adjudication de la collection Rousseau il avait acquis, moyennant 180 francs, le denier inédit attribué par M. B. Fillon à Hugues de Moulent et gravé sur le frontispice du catalogue et que nous reproduisons PI. I, n" 10. Ce denier, resté unique, a été disputé à la vente du cabinet Colson, jusqu'à 430 francs et adjugé à ce prix au cabinet des médailles. Comme on le voit par les notes précédentes.

c'est le plus gros prix qui ait jamais été atteint par un denier féodal.

Citons encore :

2 deniers de Richard de Normandie, adjugés 70 et 67 fr.

Denier de Tours et Chinon, à la tête 95

Denier attribué à Henri, prieur de Souvigny, et à Louis de Bourl)on

(Poey d'Avant, p. 325) 'Mo

Pied-fort d'ÉnouARD 1", frappé à Guiche 1 23

Hardi d'or du prince Nom 1 30

Denier de Guillaume, comte de Lyon 60

Denier de Tournus avec Caput régis 75

4 deniers des évéques de Noyon, de 30 à 40

X Denier de Raoul de Coucv 1 35

Si l'on compare ces divers prix, on en conclut que le prix de ^30 francs, plus 21 francs de frais, est un prix excessif pour un denier féodal, et ne peut être attribué qu'à une concurrence ardente entre un amateur local et le cabinet national.

Le prix de 200 francs pour un denier inédit et unique, nous parait le seul prix normal résultant des adjudications publiques ou des transactions amiables. C'est dans les environs de ce prix qu'ont été vendus par quatre antiquaires différents des pièces sorties d'ateliers inconnus à Poey d'Avant et qu'on rencontrera au cours de cet ouvrage : le denier et l'obole de Lectoure ; le denier de Canon frappé à Pierrefonds ; le denier de Charles de Flandre frappé à Encre (Albert) ; celui d'Âmaury de Montfort, frappé à Nogent-le-Hoi ; le gros tournois de Saint- Martin (le Tours.

Les cours se sont donc élevés depuis qu'en juin 1860

un numismatiste écrivait que le prix d'un denier féodal élucidant ou constatant un point historique ou géographique avait peine à atteindre 100 francs.

Les derniers catalogues comprennent une estimation des monnaies féodales à l'échelle de 1 à S adoptée par Mionnet pour les monnaies romaines. C'est encore M. B. Fillon qui a inauguré cette méthode dans le catalogue Rousseau. Les prix d'adjudication n'ont pas toujours répondu à ses appréciations. Une pièce unique, un denier de Charles d'Anjou , sénateur de Rome , sur lequel le catalogue s'étendait et dont il faisait ressortir la haute portée historique, n'a été adjugé que sept francs; cela élait dû surtout à sa mauvaise conservation, car dans la série féodale, cette série toute d'étude, le goût du beau commence à prédominer. En dehors de ce fait, les prix d'adjudication ne sont pas en désaccord avec le degré de rareté indiqué au catalogue.

C'est donc à tort qu'on se plaint du délaissement des séries féodales. Jamais les pièces uniques ou rares n'ont atteint de plus gros prix. Des cabinets se sont formés dans la plupart des villes de province sous le patronage des Sociétés archéologiques, il en est qui ont réuni à tout prix les monnaies frappées dans leurs anciennes provinces. Celui de Marseille, notamment, ne laisse jamais échapper l'occasion d'acquérir une monnaie provençale. Les cabinets de Lyon, Grenoble et Avignon sont très riches en séries locales. Épinal réunit les suites de Lorraine et de Bar, Amiens et Saint-Omer recherchent les monnaies picardes. Les amateurs bretons se disputent ardemment

les produits du riche monnayage de cette province et ne laissent aux cabinets de Rennes, de Vannes et de Nantes que peu d'occasions de s'enrichir. Dans le Midi, MontpeUier, Carcassonne et Narbonne méritent une mention particulière pour la réunion nombreuse et choisie des produits de leur monnayage.

Des collectionneurs nombreux se forment chaque jour pour remplacer la pléiade aujourd'hui disparue des premiers abonnés de la Revue immismatique. Et quel vide, en effet, s'est fait parmi les amateurs et les savants. J'ai cité quelques-uns des cabinets dispersés. Il faut y ajouter ceux de MM. Bigant, Bigot, Cartier, de la Grange, Minart. D'autres se sont immobilisés. La collection Camusat de Vaugourdon forme le noyau du musée numismatique de la ville de Troyes. La collection Lecarpentier d'Honfleur est aujourd'hui à la bibliothèque de Rouen. J'espère pouvoir donner à la fin de cet ouvrage les noms des collectionneurs actuels qui ont bien voulu m'aider de leurs communications et de leurs conseils. Mais il en est un que je ne veux pas différer de nommer, c'est M. Gariel, dont les cartons m'ont toujours été ouverts avec la plus grande libéralité et qui m'a autorisé à y puiser sans aucune réserve. En dehors de sa collection Royale et surtout de sa série Carlovingienne, sur laquelle il prépare un ouvrage, qui sera unebonnefortunepourlesnumismatistes, M. Gariel possède la plus riche suite de monnaies Féodales Françaises, plus riche assurément que la collection Rousseau.

D'autres ont droit à mes remerciements, qui ne pourront hélas! les recevoir, et d'abord M. B. Fillon, qui avait mis si

obligeamment à ma disposition ce qu'il a pu retrouver dans les papiers de M. Poey d'Avant; et surtout notre cher et si regretté maître M. de Saulcy, qui avait toujours une bonne parole, un encouragement cordial pour les travailleurs même les plus modestes, et qui de tous les savants Français est celui qui a le plus fait pour la ditTusion et la vulgarisation des études numismatiques.

C'était sur les séries Féodales, sur les monnaies de l'Est de la France, qu'il avait porté ses premières études et publié ses premiers ouvrages.

Cette piédilection ne s'est pas émoussée au milieu de ses inmienses travaux sur les monnaies antiques et les monnaies royales françaises. Il nous semble encore l'entendre, quand il parlait avec cette verve communicative de l'intérêt que présente l'étude des monnaies Féodales. Et en effet, quelle étude est plus fertile en enseignements 1 Si l'art y est presque toujours négligé, si l'œil n'y trouve que de médiocres satisfactions, combien l'esprit n'en éprouve-t-il point ! Quelle satisfaction en effet que de réunir dans ses cartons, de saisir presque d'un coup d'œil l'histoire entière de la France, de ses divisions anciennes, de ses vicissitudes, de ses annexions et de sa constitution définitive.

Seule la série Féodale présente encore la recherche de l'inconnu et la chance de découvertes nouvelles. La terre nous rend chaque année des pièces inédites qui fournissent matière à des travaux intéressants; il n'est pas de trouvaille, si communes que soient les pièces qu'elle renferme, qui ne mérite d'être étudiée et n'apporte un renseignement sur l'émission des monnaies non signées, ou de celles fabri-

quées par des seigneurs homonymes. Une trouvaille heureuse ])eut devenir la base d'une collection entière. Ce sont là des bonnes fortunes réservées aux amateurs de province, et dont nous leur envions la primeur si rare pour ceux de

Mais même en dehors de ces hasards heureux, aucune série n'est phis à la portée de tous. Que les jeunes amateurs ne soient pas effrayés par les gros prix qu'atteignent les grandes raretés. Il y a 200 pièces féodales intéressantes, dont le prix n'atteint ou ne dépasse pas un franc. Elles |)euvent former le germe d'une collection qui grossira peu à peu. Quelques cents francs (et en cela les catalogues à prix marqués , publiés par les divers antiquaires de Paris, sont des guides précieux). Quelques cents francs, mettons quelques mille francs pour les grandes divisions, suffisent à former une collection locale, qui offre sous une forme tangible et appréciable l'histoire d'une province. En relevant les ventes des collections justement célèbres, on verra que les prix sont loin d'atteindre les prix fastueux des collections de monnaies antiques qui souvent ne charment que l'œil sans intéresser l'esprit, ou ne l'intéressent qu'à des faits éloignés ou inconnus. La collection Poey d'Avant, n'a été vendue que 12,000 francs. La collection Housseau a produit environ 20,000 francs, dont plus de 3,000 pour la Lorraine et 1,500 pour les Flandres. La collection Jarry, 6,500 francs. |)lus 800 pour la série d'Avignon et abstraction faite des provinces de l'Est. La collection Colson 6,000 fr., plus 1 ,600 pour la Lorraine.

Si dans cet avant-propos, il est si souvent question de

l'évalualion des raretés, des prix d'adjudication, de la valeur des collections, ce n'est pas que nous proportionnions Fintérèt d'une collection au prix qu'elle a coulé. La monnaie la plus commune consacre parfois l'événement historique le plus considérable, et c'est toujours ce point de vue qui a été notre guide dans la formation de notre collection.

Nos planches ne laisseront rien à désirer. Les dessins des pièces inédites sont dus au crayon si clairvoyant de notre collègue et ami M. ,1. Roman, auquel nous sommes heureux d'adresser publiquement tous nos r<;mercieinents, les gravures au buiin si exercé de M. Dardel, le maître unique en cette matière.

^ous regrettons de ne pouvoir en dire autant de l'exécution typographique. Nous avons essayé cependant de reproduire l'aspect de l'ouvrage de Poey-d'Âvant, en prenant un semblable format, en nous adressant au môme imprimeur , en employant les mêmes caractères , que iMM. Hollin et Feuardent ont mis obligeamment à notre disposition. Mais, hélas ! depuis 20 ans que ces caractères circulent d'imprimerie en imprimerie, combien se sont égarés parmi les plus rares, et combien de fois serai-je obligé de remplacer dans le texte par de simples caractères romains des lettres archaïques ou gothiques et de renvoyer aux planches. Pour m'excuser, j'en appelle à tous ceux qui ont tenté ce genre de travail. Ils savent, comme moi, combien il est ardu et difficile d'y réussir.

Le fascicule qui fait suite correspond au tome premier de l'ouvrage de Poey d'Avant. Les matériaux et les dessins sont prêts pour les deux autres fascicules, j'ai l'espoir de

les faire paraître très prochainement; aussi je supplie mes collègues connus ou inconnus de me communiquer par dessin ou par empreinte , les monnaies inédites qu'ils possèdent;je me ferai un devoir d'en indiquer la pi'ovenance, et j'emprunterai ma devise à un jeton du xvii^ siècle

AVGET ET REDDIT

DUCHÉ m FRANCE.

Aucune série ne pouvailiun rir plus di.uneuienl un recueil de incinnaios féodales Françaises que la série des ducs de France. Ils avaient été .sous ie.s Carlovingiens les vassaux les plus puissants et l'expression la plus complète de l'indépendance iéodale. Deux fois la famille de Roi)ert-le-Fort s'était assise avec Eudes et Raoul siii- le trône des descendants de CliarlenKii,'ne, et nmis retrouverons souvent au cdurs de ces études le monogramme odoniipie et celui de Raoul en concurrence avec le monogramme Carolin. Les deux familles semblent alterner dans l'exercice du pouvoir royal. Eudes succède à Cliarles-le-Gros; son frère Robert est vaincu par t'.harles-le-Simple. Puis vient Raoul auquel succède Louis-d'Outreraer. Quant à l.olliaire, il ne fut roi que de nom. Hugues n'en portait pas encore le titre; mais il était roi par le fait et par les œuvres. C'est le témoignage d'un contemporain illustre, bien placé pour apprécier sainement la situation de son époque, Gerbert, archevêque de Reims, qui fut pape sous le nom de Sylvestre II.

J.es barons du Nord choisirent pour roi Hugues-Capet, et longtemps ils se considérèrent comme les égaux de ces successeurs. Maîtres chez eux, ils ne se firent pas faute d'affirmer leur indépendance en battant monnaie. Dans ces vingt dernières années, il nous a été révélé rien que dans le duché de France trois ateliers nouveaux : Corbeil, Meuient et Nogent, dont nous aurons à étudier la fabrication. Le roi n'était que le premier des barons, et l'on a dit qu'à proprement parler les monnaies des quatre premiers Capétiens étaient de véritables monnaies féodales.

C'est sans doute en s'inspirant de cette idée que Poey-d'Avant a cru devoir les publier dans les divers ateliers où elles ont été frappées, et cette incursion sur le domaine de la numismatique Royale a été l'un des reproches qui ont été formulés contre son livre. Loin de partager sa manière de voir, et désireux au contraire d'éviter autant que possible tout empiétement, nous devons protester contre tout système opposé, .\ussi nous étonnons-nous de voir figurer quelques monnaies des ducs de France en tèle de l'ouvrage publié par M. Holïmann sur les monnaies

de la Iir race. Aucun monnayage n'est plus essentiellement féodal et nous le revendiquons pour cette série. Inutile de dire que tous ses produits sont restés de la plus i^rande rareté.

Les monnaies décrites dans l'ouvrage de Poey d'Avant portent le nom de HVGO dans le champ de la monnaie, soit en monogramme, soit en légende intérieure autour d'une croisette. Celles découvertes depuis offrent cette différence que Hugues est écrit HVGO en légende extérieure rétrograde et qu'il porte le litre de DVX FRECO ou FRoCO . Ces pièces appartiennent plutôt à Hugues-Capet (936-987), qu'à Hugues-le-Grand (923-956). LeCabinet de France qui lesposséde(l) les a classées à Hugues-Capel et en tète de la série Royale.

1. HVCG DVX FRECQ en légende rétrograde. Croix. Sj. PARISI CIVITÀ en légende bilinéaire avec grenetis entre les deux lignes. Au-dessus et au-dessous de la légende une croisette.

Denier. Poids 1^.27.

Cabinet de France. — PI. I^ n" 1 .

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