TOURS ET ORLÉANS
La Tête Chinouaise, imitée des deniers Carolingiens, à la tête, ne s'est pas renfermée seulement dans le double atelier de Tours et de Chinon. Maintenant que l'on connaît d'autres pièces à ce même type, il serait plus naturel de le désigner sous le nom de Tête Turono-Chinonaise, puisque la tête est accostée de la légende TVRON à Orléans aussi bien qu'à Chinon, et peut-être ailleurs.
Lne trouvaille de ces deniers a été faite en Espagne avec de» deniers Carolingiens dont la fabrication ne dépassait pas Charles-le-Simple.
il s'y rencontrait des exemplaires du type primitif, d'un dessin très régulier et rappelant tout à fait la tête de profil des empereurs du Bas-Empii'e. Ces exemplaires pesaient jusqu'à l'-oT; la diminution du poids a été rapide.
Un e.xemplaire du Cabinet de France, irréprochable comme conservation, ne donne plus qu'un 1^.23. Nous avons cru devoir le faire graver, PI. V. n" 8. Mais c'est surtout dans le type que la dégénérescence s'accuse. Dans d'autres deniers de la même trouvaille, les traits de la figure deviennent méconnaissables, le front et le nez sont figurés par une ligne coupée à angle droit ; deux traits figurent la bouche; les légendes deviennent confuses. M. Feuardent, possesseur de cette trouvaille, l'a étudiée avec sa perspicacité habituelle et a proposé d'attribuer à Saint-Aignan des deniers, portant la légende AININO. ^'ous avons vu ces pièces dont une figurait notamment dans la collection Jarry. Elles portent •î" o AIIMINO, et nous ne pouvons y lire que Cainoni altéré.
Mais une conquête incontestable de cette trouvaille consiste dans les deniers au nom de Tours et d'Orléans.
106. TVROII. Ti"le de profil dont le haut est couvert d'une sorte de couronne. &. AVRL'ANS CIVITAC, croix. L'i i'Aurlians placé comme dans les pièces Capétiennes d'Orléans.
.argent. Denier. Poids, H. 20.
Collection Gariel et Jarry.
PI. V, n° 9.
Dans cette famille viendrait éj,'alemenl se placer le dessin qui nous a été communiqué par M. B. Fillon, avec le nom de Vierzon sous une forme duliitative. INous reproduisons ce dessin.
107. Tête à gauche. Un point devant le nez. à. "i< VIH...IHIS CASTIRiO'.
PI. V, n^' 10.
Ce denier se dilTérencie en tout cas de ceu.x déjà connus et publiés, en ce qu'il ne porte pas au droit la légende TV ROUI. Mais nous le répétons, nous ne l'avons jamais vu en nature. Ce n'est peut-être qu'une légende barbare et rétrograde pour Cninoni. Remarquons également l'iO" cruciforme qui ne se rencontre pas ordinaii-emenl sur ces deniers.
BLOIS
C'est dans le monnayage de cette ville que s'est accentué le plus fortement le type de la tête chinonaise et qu'on peut en suivre pas à pas la dégénérescence.
Depuis les premiers travau.v de M. Cartier sur ce qu'on appelait alors les monnaies au type Chartrain, et les discussions nombreuses ([ue cette appellation a provoquées, deux monnaies ont été publiées par la Revue de Numismatique, (|ui ne peuvent laisser aucun doute sur l'origine du type. Ce sont les suivantes :
108. Tête dégénérée. Devant une petite tête de loup et un annelet. ri. BLESIANIS CASTIO dans une bordure de grenetis. Billon. Denier.
(Revue Numismatique 1864, Pnije i?,'??, Virinette,. PI. V, n" 1 1 .
M. Griraoard de Longpérier, en publiant cette pièce si intéi-essante , fait observer qu'en langue celtique Blez veut dire loup, l't que cette petite tète de loup fait allusion au nom de Blois.
100. Tête dégénérée. Devant un annelet. à. BlESIANIS. Croix dans une i)ordure de L'renetis.
Billon. Denier.
''Bévue Xurnismotir/Kr ISliS, l'nt/i' fSÔ . PI. V, u" 12.
M. Hacher, qui a publié cette pièce, fait remarquer la place qu'occupe dans la léjicnde L dans Blesianis. Celte singularité rappelle la place de l'I dans Aurelianis sous les premiers Cajiétiens, comme nous venons déjà de roi).server au 11" 106.
Les pièces à la légende BLESIANIS se rencontrent dans les trouvailles avec des Philippe 1", des Henri l". Elles sont donc certainement du commencement du M*' siècle et peut-être de la fin du x". Elles font suite e.\actement aux deniers Turono-Chinonais dont elles copient la tète. Leur légende est celle des deniers Carlovingiens d'Eudes BLESIANIS.
Vient ensuite la légende BLESANIS que n(jus a révélée la trouvaille de Massavsur-Cher.
110. Tète dégénérée, û. BLESANIS CSTO. Croix. Billon. Denier.
(Bulletin des Antiquaires du Centre 1874].
Le trésor de Ma,ssay qui contenait soixante-quinze deniers et (piatre ojjoles de cette variété, a été enfoui vers 1160. (Voir sa composition sous l'arlicle du Bei'ry.)
Les légendes vont en s'altérant; CASTRO devient CASTIO, CASTO, CATRO et même CATO. La forme gi-ammaticale de BLESIANIS est devenue BLESANIS puis s'élide en BHESIS, BEISIS et même BESIS-
Elle est méconnaissalde dans le denier que publie Poey d'.\vant sous le n" ItiSil et qui porte BADISH3TISR0. bien qu'on y retrouve les lettres dr BHESIS CASTRO, mais comme interverties à plaisir.
Huant au n" 1681 avec sa légende IHSCSVSTO, c'est le type Chinoaais. .Mais appartient-il bien àBlois"? Poey d'Avant en était si peu certain qu'il reproduit la même pièce sous le n" 1762, pour Vendôme. Peut-être n'appartient-elle à aucune de ces deux localités, mais àquelqu'autre inconnue jusqu'à présent et frappant au type chinonais ; peut être n'est-elle que l'œuvre d'un monnayeur plus mal liai li le encore que les autres.
M. Cartier nous a laissé, dans son commentaire sur la trouvaille de Beaugency, des indications précieuses pour le classement des monnaies de Blois. Cette trouvaille enfouie vers 1270, puisqu'elle ne contenait que quelques pièces de Philippe-le-Hardi, ne contenait pas de BHESIS avec \- et la croix simple. Les
pièces les plus usées et ayant le plus circulé porlaient la légende BEISIS. Ce sont les plus anciennes de la trouvaille.
Puis la tête dégénère; les trois traits, qui simulent la bouche et le menton dans le type archaïque, disparaissent pour faire place à une fleur de lis, et il faut observer avec soin la succession des types pour y reconnaître le profil de la tête humaine. Ouelques-uns de ces deniers perdent même la rondeur de la tête. Le type devient carré comme à Chartres.
Ces pièci's portent la légende BLESIS CASTRO avec une orthographe régulière. La croix y est cantonnée presque toujours d'un annelet et d'une fleur de lis. Ce sont, les pièces les plus récentes de la trouvaille de Beaugency. Les deniei's et les oboles de ce dernier type y étaient presque tous à Heur de coin.
M. Cartier les considère comme contemporaines de la trouvaille.
Nous faisons connaître un très beau pied-fort de ce type.
MO f)is. Tête simple sans bandelettes, trois besants dont un au centre, au-dessous
une croisette entre deux besants. h. «î" BLESIS CASTRO- Croix cantonnée
d'un besant au I".
Billon. Poids 5". 50.
Collection Gai'iel.
Pied-fort du denier, PI. XXXIII, n" 3, de Poey d'.Avant. PI. V, nMG.
L'examen de la trouvaille de Beaugency, si savamment commentée par M. Cartier, nous a suggéré l'obsei'vation suivante :
En 1218, lors de la mort de Thibault VI, les deux comtés de Blois et de Chartres furent séparés. Celui de Blois passa successivement à Marie puis à Marguerite, femme de Hugues de Châtillon.
Celui de Chartres fut possédé pendant ce même temps pardeux fenmies, Isabelle 1218-1249, et Mahaut 1249-1269 et ce ne fut qu'en 1269 que ces deux comtés furent réunis par Jean de Châtillon peu de temps avant l'époque de l'enfouissement.
Or. certains deniers de Blois delà trouvaille de Beaugency portent des tleurs de lis au droit et au revers ; aucun de ceux de Chartres n'a ce signe; ne faut-il pas en induire que ce sont les Châtillon qui l'ont introduit successivement à Blois, puis à Chartres, et que les deniers de Chartres, qui portent des fleurs de lis, sont postérieurs à 1269. Il est vrai que les fleurs de lis ne figurent pas aux armoiries de la famille de Châtillon. Mais elles ont pu être introduites lorsque Thibault
vendit au roi de France son droit d'hommage sur les comtés de Biois cl de Chartres.
Ce Jean de Cliàtillon est le prcîmier comte qui signa ses monnaies ; aucun exemplaire de ce monnayage ne figurait à la trouvaille de Beaugency. Il abandonna le type hiésois pour adopter le type tournois; il n'en faut pas chercher d'autre raison, (]ue la l'aveui-dont jouissait ce dernier type. L'ordonnance de 1 262 le fit rentrer dans la légalité, et l'on retrouvera sans doute des pièces de Jean au type blésois. On l'avait même espéré un instant, mais on avait cru voir l'initiale I dans celle de Hugues b mal frappée. Remarquons en attendant que c'est par erreur que la de.scriptiondePoey d'.4vant donne iOANNES. Le dessin seul qui porte lObANNES est exact. C'est la légende que nous avons retrouvée sur les deniers de la trouvaille de Sierck.