‹ Monnaies féodales françaisesChapitre 56 sur 262 · DÉOLS. CHATEAUROUX · texte numérisé non relu

DÉOLS. CHATEAUROUX

L'attribution des deniers aux légendes d'ODO DVX au droit, et de DOLEO CIVES au revers, a été l'objet entre MM. de Longpérier et B. Fillon d'une discussion, qui a dégénéré en une véritable polémique, et dont il nous semble intéressant de rappeler les phases.

Ce fut M. B. Fillon qui publia le premier, dans ses Etudes Numismatiques, page 65, un denier alors unique et inédit, trouvé à Chàteauroux en 1833, et gravé PI. XL, n° 20, de l'ouvrage de Poey d'Avant; il l'attribua à Eudes de Déols.

Un an après, une découverte considérable de ces deniers mêlés à des deniers et des oboles d'Eudes d'Issoudun fut faite en démolissant le château d'Issoudun. M. B. Fillon, en rendit compte dans la deuxième partie de ses Etudes Numismatiques, page 163. Raisonnant, non plus sur un exemplaire isolé, mais sur un dépôt très nombreux, il est frappé de l'identité de travail et d'aspect avec les monnaies d'Issoudun, faisant partie de la même trouvaille. Non seulement, dit-il, ces pièces d'origine différente ont entr'elles ce lien de parenté qui lie les espèces d'une province, mais il est facile de s'apercevoir que les coins de toutes deux ont été confectionnés à l'aide des mêmes poinçons. Le poids et le titre du métal sont identiques. 11 persiste donc dans son attribution à Déols, et lorsque M. Cartier rendit compte, dans la Revue Numismatique de 1865, de l'ouvrage de M. B. Fillon, il avoue que ce n'est pas sans peine qu'il voit dans ODO DVX, le seigneur de Déols, et dans DOLEO CIVES, le bourg de Déols. Peut-être, dit-il, aurais-je pensé à Eudes, qui prit le titre de duc de Bretagne, en 1040, pendant la minorité de Conan III, et à sa ville de Dol. Mais les pièces existent ; j'en ai vu plusieurs de tous les types et mon hypothèse s'est évanouie.

M. Poey d'Avant adopta cette attribution d'abord dans son catalogue et puis dans son ouvrage sur les monnaies féodales de France. Il n'eut pas les honneurs d'une réfutation. Mais dans la Revue Numismatique 1860, page 315, M. de Longpérier, répondant aux attributions réitérées de M. B. Fillon, a repris l'hypothèse de M. Cartier en faveur de Dol de Bretagne et du comte Eudes, fils cadet du duc Geoffroy, et cite à l'appui la chronique de Saint-Brieuc, Eudo rerjnavit in Britanniâ tamquam dux et fecit moiietam argeiiteam.

M. B. Fillon, dans le catalogue raisonné de la collection Bousseau, page 188 et suivantes, résume ainsi les arguments présentés par M. de Longpérier :

1" La forme du nom inscrit sur les deniers; dès le x*^ siècle on trouve dans les chartes la forme Dolisk l'état indéclinable in villa Dolis , prope villain Dolis, et la trace de ce pluriel se retrouve dans le nom en langue vulgaire Déols.

2° Le titre de CIVITAS, donné au lieu de fabrication; Dol de Bretagne, est un archevêché. La qualification cives peut lui convenir, tandis que Déols n'est qu'un viens.

3° Le titre de DVX ; il ne peut appartenir à Eudes de Déols, qui n'était qu'un simple sire, dont la descendance a pris le titre de comte. Il appartient à Eudes, fils cadet du duc Geoffroy et frère d'.4lain.

4° La similitude du type avec quelques pièces bretonnes, notamment avec les deniers d'Alain, dont l'un porle un monogramme et l'autre une étoile.

M. Fillon pose d'abord la question de provenance qui a bien sa valeur dans une discussion de cette nature. La découverte d'un denier unique h. Chàteauroux, d'un autre à Preuilly en Touraine, mais surtout la trouvaille du château d'Issoudun, font pencher la balance pour le Berry, plutôt que pour la Bretagne, où aucune découverte de ces deniers ne paraît avoir été faite. Il discute ensuite un à un les arguments de M. de Longpérier :

1" Pour le nom du lieu, il rappelle qu'au \'^ siècle les formes n'étaient pas régulières et il cite plusieurs cas où, sur les monnaies, le nom de la même ville n'est pas orthographié de même. Pourquoi n'aurait-on pas transformé Dolis en Dolus ou Doleus donnant Doleo à l'ablatif. D'ailleurs on ne cite pas de texte nommant Dol de Bretagne Doleus (1).

2" Il n'est pas sans exemple de trouver le nom de Civitas donné à des villes

(1) On lit sur la tapisserie de Bajeux presque contemporaine : et venerun! ad dol

qui n'étaient pas des cités, cl il cite BnU/eiiti Civitas sur le denier de Thibaultle-Trif heur et sur ceux de Savary de Mauléon Ma/us ko civis.

M. Fillon a reconnu depuis que ce Malus Léo se rapportait à la ville épiscopale de Mauléon (Basses-Pyrénées). L'exemple de Beaugency avec le nom de Civitas resterait donc unique à l'appui de l'opinion de M. B. Fillon. Mais il ajoute que le mot CIVES n'avait d'autre but que d'imiter les espèces voisines les plus en renom les hitwices et les Britites et cet argument nous paraît avoir une grande valeur.

3" Le titre do DVX appartient à Eudes de Déols. En elTet, d'après une lettre de M. (Juiclieiat (Catalogue Rousseau, '213), ce fut lui qui commanda la milice d'Benri I" dans la guerre que soutint ce prince contre la reine Constance. Il était naturel qu'il prit sur ses monnaies le titre dont il était revêtu. Raoul de Déols qui s'intitulait sur ses monnaies DVX MILICIE, remplit indubitablement, lui aussi, les mêmes fonctions.

Cette lettre n'a été adressée à M. B. Fillon que lorsque son travail sur les monnaies du Déols était terminé. Elle corroborre l'opinion émise par lui que le denier publié par Poey d'Avant, PI. XL, n" 19, et portant dans le cliamp NI et au-dessous G pourrait bien être interprété par Odo dux militie. Les lettres M et N ont en effet souvent la même forme sur les pièces de cette époque.

4° Quant à la similitude des deniers en question avec les types Bretons, il faut distinguer le type au monogramme et celui à l'étoile.

Le denier d'Alain, au type du monogramme du roi Salomon, contemporain de Charle.s-le-Chauve, serait, selon M. B. Fillon, la copie maladroite dumonogramme de Charlos-lc-Chauve, qui avait été adopté aussi bien dans le Berry qu'en Bretagne.

Enfin, M. B. Fillon rejette au \if siècle le denier d'Alain, à l'étoile. En cela il est d'accord avec M. de Barthélémy, qui, rendant compte de l'ouvrage de M. Bigot (Revue Numismatique 1858), avait déjà revendiqué pour Alain Fergent (1084- 1112) ce denier à l'étoile classé par M. Bigot à Alain IH. Or, Eudes de Déols est de 1 01 2 <à 1 037. Le denier de Bretagne est d'Alain Fergent (1 084) ; c'est donc en Bretagne et non dans le Berry que l'imitation s'est produite.

Depuis 1860, tous les catalogues de monnaies féodales, et ils sont nombreux, Rousseau, Gréau, Dassy, Regnault, Jarry, Colson, ont suivi l'attribution de M. B. Fillon. Le Cabinet de France a classé les Doleo cives au Berry. La question paraît donc vidée en ce sens.

M. Fillon pose également dans cet article les jalons d'une classification qui ne présente pas de différence sensible avec l'ordre adopté par Poey d'Avant.

— Bill place en première ligne les pièces au monogramme Carolin , et tout d'abord celles présentant aux bras de la croix des appendices, qui sont une dégénérescence de l'Alpha et de l'Oméga.

Puis viendraient les deniers présentant dans le champ NI et dessous G qu'il interprète ainsi que nous l'avons vu plus haut par militie.

Ce serait postérieurement qu'aurait été adopté le type de l'étoile qui resta celui de Déols, jusqu'à l'avènement de la maison de Chauvigny. Les plus anciens deniers seraient le n" 19, PI. XL, de Poey d'Avant, et celui que nous donnons plus bas et qui est gravé PI. VI, n° 2. Le trésor d'Issoudun contenait un nombre infini de variétés de coins et devait comprendre des émissions successives. Il en est de si barbares que c'est le type seul de l'étoile qui peut les faire reconnaître.

M. B. Fillon appelle ensuite l'attention des numismatistes du Berry sur le double type de l'étoile à cinq ou six branches. LePentalpha, comme l'indique son nom grec, ne doit avoir que cinq branches. C'est le type ordinaire des deniers d'Eudes-l'Ancien. Le denier gravé par Poey d'Avant, PI. XLI, n" 1 , et existant au Cabinet de France, en porte six. C'est un denier barbare. Les deniers de Baoul III et d'Ebbes n'en portent que cinq. Dans ceux postérieurs au nom de Raoul, l'étoile à six branches reparaît sous la forme de deux triangles renversés.

La multiplicité des légendes et des dessins publiés par M. Poey d'Avant paraît avoir épuisé toutes les variétés de types. Nous retrouvons cependant dans les dessins qui avaient été recueillis par M. Poey d'Avant, pour son supplément, et qui nous ont été communiqués par M. B. Fillon, deux variétés inédites.

125. S OaO S aVX. Rétrograde. Croix. ^. DOLEO CIVES. Rétrograde. Etoile à cinq pointes. Autre à cinq pointes dans le centre de la grande.

PI. VI,n°1.

126. % OaO S XVa. Croix. ^. DOJO CIVES. Etoile à cinq pointes. Poids 1«.06. (Catalogue Rousseau. PI. V, n° 10).

PI. VI, n" 2.

127. '^ LU DOQV. Croix. ^. ^ CV le reste de la légende se compose de sigles inintelligibles. Etoile à cinq branches et un point dans le centre.

PI. VI, n" 3.

La gravure seule peut rendre la bizarrerie de ces caractères.

128. •i" S ODO S ¥: Oyx. Croix nivernaise. ^. CLADES SOLO. Etoile à cinq pointes, on retrouve dans cette légende singulière les éléments de DOLEO CIVES.

Catalogue Jarry, a" 1931.

PI. VI, n" 4.

EBBES.

129. "î" CBODC Croix. ^. D0LI</5. Oiiatro points en croix? se rapproche de la niar(iue monétaire du n" 127 d'Eudes.

Denier. Collection Gariei.

PI. VI, n". 5.

D'autres variélé.s de la trouvaille de Ma.ssay, donnent au revers DOLLIS el DOSLI.

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