NOGENT-LE-ROI
Le chTiteau de Nogent s'élevait sur la rive gauche de l'Eure, [iresqu'en l'ace
l'aliliaye de Coulombs située sur l'autre rive, sur les confins du oomté de Dreux, non longe a Novigento Castro, dit une charte. Cette abbaye, dont l'histo're est intimement liée à celle du château de Nogent et de ses seigneurs, appartenait, vers la fin du x' siècle, à Hugues, Venerabili Cotnili et Abbali tjiii, per lat-ffilionem Hugonis Francontm diicis, /•eriim potiebatier. Mais elle fut dévastée par les Normands, ruinée par l'incendie et abandonnée par les clercs. Pendant de longues années, les domaines manquèrent de cultivateurs. Ce fut Roger, fils d'Eudes, comte de Chartres, qui, voyant avec peine l'état déiilorai)le dans lequel l'avait laissée ses prédécesseurs, fit réédificr l'église et la dota de suo proprio.
Ce Roger était évoque de Reauvais. Il était en même temps seigneur de Nogent.
Son neveu Odolric, évéque d'Orléans, fut après lui seigneur de Nogent. Il acheva la restauration de l'église et augmenta les donations de .son oncle.
Ces faits nous sont attestés par une charte, que nous a conservée Duchesne, dans l'histoire de la maison de Broyés et de Château-Villain, faisant suite à celle de Dreux. Elle nous donne sur la liste et la généalogie des possesseurs du château de >'ogent des indications tellement précises que nous croyons devoir la citer en entier.
Ludovicus Francorum rex.... firmum tenere volumus quod universa dona, quir Rogerhia Belvacensis episcopus de suo proprio tradidit Coiumbcnsi ecclesiœ ab eo reedificatœ. et ea, quœ Odolriciis .\ureliensis prœsul, nepos ejus, qui jiirr hereditario eidem Rogerio succedebat, addendo adauxit, concedente utriusque dona et confirmante Roberto, Francorum rege, antecessore nostro, et ea quoque, quœ, concedente et confirmante Henrico. ejusdem Roberli filio, Hugo Bardulfus castri Novigeîiti post istos existans dominus, alii queeorumsuccessores, videlicet Simon de Monteforti et Radulfus de Toenio et Rogerius filius ejus adaugendo
augmentaverunt .Nos lionà voluntate concedimus et confirmaraus. Hugo
Bardulfus dédit ecdesiam villœ .\millœ cum terra silti adjacente. Simon de Monteforti, gêner ejus et successor, dédit seplimam decimam mercatus Xorigenti.
Un seigneur, nommé Isambard, fière d'Odolric, lui succéda dans le bénéfice de l'abbaye de Coulombs et de la chatellenie de ISogent. La charte précédente n'en parle pas, parce que sans doute il ne fut pas le bienfaiteur de l'abbaye. Il paraît, au contraire, avoir concentré ses dépenses sur la restauration du château de Nogent qui prit son nom et s'appela par corruption Nogent l'Erambert (1).
(I) Nogent garda ce nom jusqu'à ce qu'Ysabeau, comtesse de Chartres, l'ayant donné au roi Philippe- Auguste, il prit celui de Nogenl-le-Rol qu'il porte encore aujourd'hui.
Uno cliarle de 1028 nous iiirliiiiit^ le lien de parenté entre Odoiric et Isamliard. C'est une charte de donation faite par le roi Rol)ertà l'abbaye de Coulombs, quani Rogerius de nobis ipse et antecessores ejus de nostris jure hereditario tenuerant. Les auteurs du Gallia Christiana induisent de cette phrase que Roger, évêque de Beau vais, était parent d'Hugues, cornes et abbas, dont nous avons parlé plus liaut. iNous tenons à mentionner tout ce (jui, dans les chartes de celte conli-ée, rappelle le nom de Hugues; mais ce qu'il nous importe de relever, c'est que cette charte est contresignée par Odoiric, évéque d'Orléans, Isambard, son frère, hères rpsius benefkn, Hugues, fils d'Isambard, Alderaldus, \icomle du château di^ Nogent, Foulques, vicomte de Dreux.
Hugues Bardoul succéda à son père Isambard, dans la seigneurie de Nogent et dans celle de Pitiiiviers. Mais ayant fortilié ce dernier château, il y soutint un siège de deux ans contre le roi Henri, fut forcé de se rendre et dépossédé de tous ses honneurs, c'est-à-dire de tous ses fiefs (1)
Depuis il rentra en grâce et suivit le roi dans diverses expé'ditions, notamment au secours du comte d'Arqués, et au siège de CluUeauneuf-en-Thimerais dont le siège et le démantélenu'nt furent de grands événements dans le règne un peu incoloi-e d'Henri ^'^ C'était un seigneur puissant. H est qualifié de vir mar/niis par Guillaume Poitevin, archidiacre de Lisieux.
l\ donna, vers 1035, sa fille Isabeau de Broyés à Simon de Montfort avec la terre et chatellenie de Nogent, La charte, que nous avons relatée plus haut, nous apprend en eflet que Siuion de Montfort était gendre de Hugues Barboul et seigneur de Nogent, puisqu'il donne à l'abbaye de Coulombs le septième de la dîme du marché de ce fief.
En 1087 Amaury MI, surnommé le Fort, succéda à son père Siuion dans la seigneurie de Montfort^ et à Isabeau, sa mère, dans celles de Nogent et de Broyés. Telle est du moins l'opinion des auteurs de VArt de vérifier les dates, tandis que Duchesne, dans V Histoire de la Maison de Broyés, dit qu'il ne lui succéda que dans la seigneurie de Broyés, et que sa sœur Isabeau eut celle do Nogent. Nous croyons que la numismatique viendra tout à l'heure résoudre cette question.
Nous n'avons pas besoin de pousser plus loin nos recherches sur les seigneurs de Nogent dont la succession s'établit ainsi pendant le xi'^ siècle :
Roger I", évêque de Beauvais; Odoiric, évêque d'Orléans; Isambard, frère
(1) Qu'il nous soit permis de confesser une erreur commise par nous dans notre publication sur la pièce de Dreux au type Charlrain. Nous avions traduit le mot inhonoralus par « être sans honneur • dans une acception purement morale; cette erreur se retrouve dans plusieurs historiens.
(rodoiric ; Hugues Bardoul, fils d'Isamliard ; Simon de Monlfort par son mariage avec Isaboau de Broyés, fille de Hugues Bardoul ; Amaury III de Montfort.
Il nous faut maintenant rechercher la suite des comtes de Dreux, au nombre desquels il importerait de rencontrer un comte du nom de Hugues pour expliquer le denier Hui/o coiniti. On s'est beaucoup occupé, dans ces derniers temps, de riiisloire de Dreux. Des documents historiques ont été publiés par M. Lemaitre, à Rouen, en I80O, et par M. Lefelivre, à Chartres, en 1859. En 1879, l'abbé Villard a revu et continué une histoire écrite eu 1707 par Rotrou, l'un des parents sans doute du Rotrou, dont le nom est si glorieusement attaché à l'histoire de Dreux.
Ces historiens ont emprunté leurs premières notions à Y Art de vérifier les dates. La fille du comte Landry, Eva ou Avia, épousa en 965 Gautier 1", comte du Vexin, auquel elle apporta en dot le comté de Dreux, et qui est qualifié dans les chartes de Cornes Dorcassinits. Gautier eut pour successeur à Dreux son 3" fils, Geoffroy. On ignore à quelle époque. Mais ce ne peut être ni avant 968, puisque Geoffroy était le troisième enfant d'un mariage contracté en 965, ni après 978, puisqu'une charte de cette année porte que sa mère était veuve (1).
Geoffroy était donc certainement mineur quand il succéda à son père. Il était de la famille des ducs de France, et petit-neveu de Hugues Capetqui peut-être fut son tuteur.
Nous avons déjà dit que le comté de Dreux tomba entre les mains des Normands, (ju'Eudes, comte de Chartres, reçut en dot la moitié du château, s'empara de l'autre moitié et y frappa le denier au type chinonnais usité à Chartres.
Dreux fut cédé par Eudes au roi de France vers 1026 et ne sortit des domaines de la Couronne qu'en 1 1 32, lorsqu'il fut donné à Robert de France, premier comte de la maison de France. Vers 1027 cependant le château fut pris par Henri révolté contre son père. Mais les chartes établissent qu'il resta une résidence royale. Une charte d'Henri l" est datée Drocis in curià régis; une donation de Philippe V, Drocis in sud caméra. Pendant ce temps, les rois avaient à Dreux des officiers préposés sans doute à la garde du château et à l'administration civile et judiciaire du domaine.
Nous retrouvons les noms de ces personnages dans diverses chartes. En 1028. c'est Foulques, vicomte de Dreux, qui contresigne la charte de donation de
i\) Ad preces Aviœ reliclœ Walted comltis capellœ sancli Stephani sitœ infra castrum Drocas duo aliaria concessit Odo prœsul Carnoteiisis.
Robert, roi de France, à l'abbaye de Coulombs. On rencontre en 1053 le nom de Gazon, en 1070 celui d'Otran, en 1084 celui de Hugues. Doyen, Histoire de Chartres, Tome II, page fùS, les cite comme ayant été successivement comtes de Dreux (1). Mais l'auteur des documents historiques sur Dreux, M. Lefebvre, fait remarquer que dans les chartes ils ne portent que le titre de Miles Drocensis.
Ces recherches historiques terminées, tâchons de les utiliser pour la détermination des monnaies au type du Chatel qui fut usité à Dreux et à INugLMit à la (in du x° siècle et dura jusqu'au xii^ siècle, sous Louis VI.
Et avant d'entrer dans l'étude du type du Chatel, faisons un rapprochement entre le denier de Dreux (Poey d'Avant, PI. II , n" 22) et le denier attribué par lui àNogent-le-Rotrou(/é/rf. Pl.XXXIX,n°12) ; c'est identiquement le même type, la même fabrication, et il nous semble que ce denier doit être reporté à ]Nogent-le- Roi, dont l'atelier fonctionne vers la fin du x" siècle, tandis que l'atelier de jNogent-le-Rotrou se produirait par cette seule émission pour ne reparaître qu'au milieu du xii" siècle. La légende NVIENTVS CASTR peut très bien avoir engendré celle de NVICETE que nous allons retrouver dans les pièces suivantes.