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VICOMTES DE LIMOGES

Un traité de numismatique ne peut être un livre d'histoire. Mais au risque de n'être cju'un catalogue et d'en avoir toute la sécheresse, il doit entrer dans certaines considérations et détails historiques de nature à élucider les questions de monnayage.

Ce fut en 1273 qu'Arfluir de Bretagne épousa Marie, fille de Guy, \icomte de Limoges et de Marguerite de Bourgogne, et qu'il fit entrer dans les do.uainesde la maison de Bretagne cette vicomte, qui devint le douaire des duchesses ou l'apanage des enfants mâles.

.4rthur frappa monnaie à deux types : 1" A l'écu triangulaire mi-partie Dieux et Limoges coticéd'or et de gueules à dix pièces; 2" Aux armes remplissant le champ savoir, de Bretagne au 1", Dreux au 3", et Limoges aux 2'^ et 4'^. C'est à tort que Poey d'Avant décrit les armes de Boui-gogne qui ne sont qu'à six pièces, quand il fait graver les armes de Limoges à dix pièces. C'est à tort pareillement que son dessin, PI. L, n°20 indique une brisure dans les armes de Limoges.

Devenu duc de Bretagne en 1303, Artht'r institua son fils Jean vicomte de Limoges. Celui-ci rappelle sur ses monnaies les armes de la maison de Bourgogne, dont il était originaire par son aïeule Marguerite. C'est à lui qu'appartient le denier suivant, bien que le nom soit elfacé.

■192 COMES. Armes remplis.sant le champ, Bourgogne an 2% Dreux aux trois

autres quartiers. ^. >h MON ETA Croix cantonnée de trois pointes au 1".

Biilon. Denier.

Dessin communiqué par M. Maxe-Verly.

PI. VIII, n" 19.

■Iran a\ait ('pousi' Isabelle de Castiile, et avail constitué .son douaire sur la \icomté de Limoijes. .\ussi, lorsque devenu lui-niêinc duc de Bretagne, sous te nom de Jean III, il institua en 131 4- .>iou frère Guy comme vicomte de Limoges, en résulta-t-il des difficultés entre la duchesse et le vicomte. Guy plaça sur ses monnaies les armoii'ies de sa famille Bretagne et Dreu.x. Duby avait publié un denier que Poey d'.Uunt a reproduit. Pi. LI, n' 4, et qui porte au 3' les armes de Bourgogne. Nous ne l'avons jamais rencontré. Cependant Guy était comme Jean, petit-fils de Marguerite de Bourgogne; comme lui il a pu placer ces armes dans .son blason. D'un autre côté il est souvent facile de confondre, quand une pièce est mal frappée ou mal conservée, les armes de Bourgogne à six pièces et celles de Limoges à dix pièces. Voici un denier de Guy un peu différent des autres.

193. * GVIDO VICE C0<^. Croix cantonnée d'un G au 2'. ^. LEf^OVICENSlS.

Armes remplissant le champ Bretagne aux I" et 4', Dreux aux i' et 3^ Dessin communiqué par .M. B. Fillon et collection Cliaulfier à Vannes. PI. VIII, n" 18.

Guy se désista en faveur d'Isabelle en 1 316, et ce fut alors que furent frappés les deniers portant au franc quartier le chàtel de Castille. (Poey d'Avant, PI. LI, n" o).

Jean III, veuf d'Isabelle de Castille en 1328, épousa en deuxièmes noces Jeanne de Savoie, et celle-ci frappa en son nom des deniers où figure la croix de Savoie, avec les armoiries de Bretagne et de Dreux. Dans l'espace de cinquante ans c'est le troisième exemple d'armoiries figurant sur les monnaies d'alliance. Ce fait intéressant est unique en France.

Jean III essaya à Limoges comme en Bretagne de sortir de l'uniformité des types Bretons. Il contrefit les monnaies royales et le pied-fort du tournois de Limoges (Poey d'Avant, PI . LI , u" 2) , dont la inonnaie n'a pas encore été retrouvée, doit se rapporter à cette contrefaçon. Les gens des monnaies du roi en 1338 envoyèrent des commissaires saisir les coins à Limoges et à Nantes, et la procédure indique que les pièces contrefaites sont des doubles, ce qui se rapporte au module du pied-fort. Il résulte également des mémoires échangés par les parties que les gens du roi incriminaient non seulement le type des monnaies, mais allaient jusqu'à refuser au duc le droit de monnayage comme vicomte de Limoges, et en effet nous y trouvons cette phrase : Au tems qu'ils pouvaient faire monnaie à Limoges, ils faisaient petits deniers à l'escu de Bretaingne.

r,c fui sans doute à la suite de cette procédure que le roi, Seigneur de Limoges, roinme l'avait déjà affirmé Philippe-le-Hardi, dans le jugement qu'il rendit entre le vicomte Arthur et l'abbé de Saint-Martial, établit à Limoges un atelier royal.

En 1339, il n'en est pas encore question dans la nomenclature, donnée par M. de Saulcy, des villes où l'on frappait monnaie.

Kn 1340 Jean III nomme Guy Piquère et Olivier de la Tour-Neuve cuinme maîtres généraux des monnaies de Nantes et de Limoges. C'est une pièce qui figure au riche Catalogue des archives des Basses-Pyrénées. (E. Carton, 634).

Mais, en 1346, Limoges figure dans les monoyesde France, et à partir de celte époque jusqu'en 1360 les mandements des généraux maîtres y sont régulièrement envoyés à chaque émission.

('ependanl il est certain que Chai'Ies de Blois frappa monnaie comme vicomte lie Limoges. Les types que nous connaissons au nombre de quatre sont des imitations de monnaies royales. Le gros tournois, le denier tournois, le double à la couronne et le gros dit à la fleur de lis sans nombre. Or, nous trouvons dans les ai'chives des Basses-Pyrénées [E. Carton, 636), une injonction de Charles, lieutenant-général du royaume, par laquelle en 1359 il fait défense au vicomte de Limoges de battre monnaie. Charles de Blois ne paraît pas avoir tenu grand rompte de cette injonction car postérieurement il imita le gros à la fleur de lis sans nombre , émis dans le royaume en vertu d'une ordonnance du 5 décembre 1360 et décrié le 3 novembre 1 361 . Dans cette intervalle Limoges avait été abandonnée au roi d'Angleterre par le traité de Bretigny (1 360). Chandos en avait pris possession aunoradu prince de Galles, duc d'.4quitaine, et Charles de Blois, qui combattait les Anglais en Bretagne, n'a pu frapper monnaie à Limoges sous leur domination. Cette dernière monnaie a donc été émise dans ses possessions de Bretagne. Mais frappée contrairement aux injonctions récentes du régent, copiée exactement sur un type royal, elle est un puissant argument contre ceux qui soutiennent que Charles de Blois n'a pas été nu contrefacteur, mais un imitateur autorisé des monnaies royales.

En 1365, l'atelier royal était rouvert à Limoges, et nous retrouvons à cette date dans les archives des Basses-Pyrénées (E. Carton, 628), \e détail des travaux faits par Michel Bize, maître de la monnaie de Limoges, document qui n'a point été pulilié par M. de Saulcy. Aussi est-ce sans raison, puisque l'atelier féodal était fermé depuis longtemps, que Duhy a donné à Guillaume, troisième fds de Jean de Blois, vicomte de Limoges en 1454, un denier qui n'est autre qu'un denier mal In de Jean III.

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