JEAN-SANS-TERRE
Les deniers à la légende bilinéaire Metalo accostée d'un croissant ou d'une étoile sont assurément les derniers produits du monnayage immobilisé ; mais émanent-ils bien de Jean-sans-Terre, comme le prétend M. de Longpérier (1). La trouvaille de Saint-Saviol paraît démontrer le contraire, puisque, s'arrêtant à Richard Cœur-de-Lion, elle contenait àe?, Metalo au croissant et à l'étoile ayant visiblement circulé. Cet argument nous semble plus probant que les hypothèses de R. Fillon (2). Il insinue que les Metalo à l'étoile sortent peut-être de l'atelier de Thouars. H ajoute que l'ancien type poitevin était si répandu, avait acquis de son ancienneté même une telle notoriété que les nouveaux possesseurs d'ateliers avaient avantage à s'en servir et à marquer leurs espèces d'un simple différent. Les rois d'Angleterre devenus comtes de Poitou n'auraient eu aucun intérêt à introduire un nouveau type.
Quant aux Metalo au croissant, qui sait, dit B. Fillon, s'ils ne sortent pas de l'atelier de Mauléon et si on ne doit pas les attribuer à Raoul de Mauléon, sénéchal de Richard en Poitou et père de Savary. Raoul aurait inauguré le différent du croissant que son fils Savary aurait continué.
Nous ne pouvons partager l'opinion de B. Fillon. Il savait mieux que personne que si les armes de la famille des Plantagenets étaient des léopards, ils se servaient accessoirement comme emblèmes de l'astre et du croissant. Or, quand ces signes se retrouvent sur des monnaies que B. Fillon et Poey d'Avant proclament tous deux comme ayant été frappés par les rois Anglais, comtes de Poitou, pourquoi aller chercher ailleurs l'interprétation de ces emblèmes et
(I) Notice des monnaies françaises de la collection Rousseau, page t59. (î) Catalogue des monnaies féodales de la collection Rousseau, page "29.
réduire à un siiupk' différent d'atelier ce ijui Cï^t la maniuc de l'avènement d'une dynastie nouvelle.
Quand Savary de Mauléon prit pour différent un croissant, il le fil par imitation du roi duquel il tenait son privilège monétaire. Nous allons voir ce croissant apparaître à .4ngoulérae, à la Alarche, partout où les monarques .\nglais ont un droit de suzeraineté.
.\LPHONSE DE FR.\NCE. 1241—1271
M. Boutaric a publié deux articles sur l'histoire monétaire d'.VIfouse, comte de Poitiers et de Toulouse (1). Ecrits surtout au point de vue économique, ces articles révèlent cependant quelques faits saillants pour la numismatique proprement dite du Poitou. Ils constatent l'activité de production de l'atelier de Montreuil-Bonnin et nous donnent la date exacte à laquelle, obtempérant aux injonctions de son frère, le roi de France, Alphonse ordonna à Aubert, maître de la monnaie de Montreuil- Bonnin, de cesser la fabrication des tournois. La lettre d'Alfonse à son frère est du vendi'edi d'avant la Saint-Jean 1263, et la fabrication cessa le samedi d'après, ainsi qu'il résulte de la mention du compte de 1363.
De nioneta pictavensium per J. Auberle à candelosa anno LXII usque ad diem .sabbati post nativitatem B. Johannis Baptista anno LXIIl.
C'est donc à tort ([ue Poey d'.Avant estimait que la fabi'ication du tournois dura jusqu'en 1267. M. Boutaric prouve par les comptes de 1263 que, dès cette année, le nouveau maître Pierre Gadel versait 133 livres, 4 sous, 6 deniers en Poitevins nouveaux. Pictavensium novoriim.
En 1267, une vaste instruction s'ouvrit contre les trois frères Pontlevoy, de Tours, et leurs associés Jean de Marteau, Pierre Remon et Pierre de Chaors. Cette instruction atteste l'importance de l'atelier de Montreuil-Bonnin. Trois boîtes furent saisies; dans l'une étaient les épreuves sur VI milliers deux cents et VIII milliers; dans l'autre sur LX milliers; dans la troisième, la tâche était de XXI milliers; soit en tout 73 milliers. Le millier se chiffrait par 1230 livres (2), la livre par vingt sous, le sol par douze deniers, ce (pii ferait environ 22,500,000 deniers.
Ce procès se termina par une transaction aux termes de laijuelle les monnayeurs payèrent au comte 1230 livres tournois, pour défaut de taille.
(Ij Revue Kumismaliriue 18(38, pages 2S.ï-30^, ^itio-iWi.
(2) Blancard, monnayage de Charles 1", d'Anjou, comte de Provence.
Enfin, M. Boutaric cite un bail de la monnaie poitevine faite en mars 1270, qui porte que la monnaie, dit le comte, sera faite en tèle manière et condition comme elle a estéfecte en notre tems puisque le contés de Poitou vint en nostre meiti, ce qui prouve que le système tournois a été en vigueur à Monti-euil, depuis l'avènement d'Alphonse jusqu'à sa mort. Or, comme depuis 1265, on frappait des poitevins nouveaux, c'est-à-dire au type modifié portant un demi-lis et les armes deCastille, on peut espérer que nous verrons surgir un jour ou l'autre un certain nombre de ces deniers, si intéressants comme type et identiques au sceau de ce prince.