‹ Monnaies féodales françaisesChapitre 94 sur 262 · MAULÉON · texte numérisé non relu

MAULÉON

205. >i< SAVARICVS. Croix. ^. MET ALO en deux lignes, un point au-dessus de la lettre E.

Billon. Obole. Poids Ok.42. Unique.

(Catalogue Rousseau, PI. II, n" 6.) PI. IX, n°9.

C'est en publiant cette obole que B. Fillon a émis dans ce catalogue l'hypothèse un peu hasardée selon nous que le monnayage de Mauléon pourrait bien avoir été concédé par Richard Cœur-de-Lion à Raoul de Mauléon, son sénéchal en Poitou et père de Savary ; comme certains deniers de Savary portent MET ALO entre deux croissants (Poey d'Avant, PI. LV, n° 19), il ne serait pas éloigné d'attribuer à son père les deniers au nom immobilisé de CARLVS REX qui portent au revers MET ALO avec un croissant entre les deux lignes.

Quant à présent du moins, cette concession ne résulte d'aui-uu titri' et B. Filbui

ne parait pas avoir élé plus heureux que Poey d'Avant pour la communication des documents inédits dont parle ce dernier (I). J'ignore mt^me (jui en est le possesseur.

Mais comment supposer que Raoul de Mauléon ait obtenu de Richard le droit de monnayage, quand nous voyons que la première concession aurait élé octrovée par .lean-sans-Terre à Savary, vers 1209, selon M. Lecointre-Dupont; que la liiire circulation dans les provinces du Poitou, Angoumois et Gascogne n'était accordée à ces produits, ainsi qu'il résulte de la lettre du 27 mai 1215, que sous le bon plaisir du roi et que ce ne fut que le 31 août 1 21 5, qu'il lui concéda pour lui et ses hoirs à perpétuité le droit de frapper monnaie dans sa terre, avec libre circulation dans le duché d'Aquitaine.

Ces deux diplômes énoncent des concessions nouvelles et non des conlii-mations. et lorsque Savary, à raison de ses services dans la guerre des Albigeois, demande la confirmation papale, c'est encore de la concession de Jean qu'il est question et non de la concession qui aurait été donnée par Richard et confirmée par Jean.

H on 0 ri lis épiscop us.

Dilecto filio nobili viro Savarlco de Maloleonis criice sùjnato saliitein.

Idem rex (Anglorum Johannes), pensatis tue devotionis obsequiis, in terra tuà cudende monete tibi liberam potestatem de Uberalitate regià concessit.

Nos co>'CESsio>'E.M hujus modi gratam habentes eam tibi, sic ut ipsam juste obtines et quiète auctoritate apostolicâ confirmamus .

Cette confirmation, accordée par le pape à ce baron croisé contre les Albigeois, a évidemment donné naissance aux deniers qui portent le nom de IH.eS\/S. .Mais est-ce à dire pour cela qu'ils aient été frappés dans un atelier du midi comme l'avait pensé Ducange, lorsqu'il écrivait: Malileonis vulgo .Mauléon in valle subolà apud Novempopulos moneta.

B. Fillon avait aussi été frappé de la légende du droit IIS LCO CIVI et j'ai sous les yeux une note émanant de lui par laquelle il propose comme lieu de fabrication .Mauléon de Souze qu'il appelle Mauléon des Pyrénées, le titre de Civitas indiquant que ces pièces avaient été frappées dans une cité épiscopale. Il avait presque rallié à son opinion Poey d'Avant qui signalait le type tout à fait méridional de ces pièces et le rapprochait du type de Cahors.

De mon côté, j'avais eu l'occasion d'observer un denier au même type, d'un llan

(1) Tome II, page 3o.

plus épais, avec des lettres plus crasses et d'un style un peu différent de ceux puliliés par Poey d'Avant d'après M. Lecointre-Dupont.

Mais je crois aujourd'hui qu'il faut s'en tenir cà l'opinion émise pai- ce dei-nier. et voici les nouvelles raisons qu'il m'a données à l'appui.

On ne trouve nulle part ni dans le Gallia Christiana, ni dans d'autres listes d'évéchés, la désignation de cité épiscopale donnée à Mauléon de Souze (Mauléon du Midi). Celte ville a fait partie du diocèse d'Oloron, jusqu'tà la suppression de cet évêché. Le malus leo civi ne s'applique donc pas mieux à Mauléon de Souze qu'au Mauléon du Poitou (depuis Cliàtillon-sur-Sèvre); le mot civie^i une imit:ition de la terminaison de la légende sur de nombreux deniers de l'époque. Pour mettre son opinion plus en relief, M. Lecointre-Dupont a placé dans son médaillier les deux deniers de Mauléon qu'il possède auprès des deniers de Saintes, qui portent le même type des trois croiscttes et où l'on retrouve la syllabe CL Quant au \\\k de Cahors auquel Poey d'Avant a assimilé le type de Mauléon, il porte bien aussi ti-ois croisettes; mais le signe distinctif est une crosse.

Du reste les dessins de Poey d'Avant, reproduits d'après les gravures sur bois de M. Lecointre-Dupont, ne donnent pas toute la finesse des caractères et surtout des étoiles de ces deniers. iNous avons donc cru devoir en donner une nouvelle épreuve (PI. IX, n"' 10 et 11) qui permet de les comparer avec ceux de Saintes.

A ces preuves, que j'appellerai niimismatiques, j'ajouterai, comme données bistoriques, que la croisade contre les Albigeois était dirigée contre le vicomte de Béziers et le comte de Toulouse ; que jamais les croisés n'ont pénéti'é dans le pays Basque et que Savary n'a pu frapper monnaie à Mauléon de Souze. Il était au contraire baron de Cbatel-Aillon en Aunis; plusieurs fois pendant les guerres entre Pliilippe-Auguste et Jean-sans-Terre, auxquelles il fut activement mêlé, il tint, soit pour l'un, soit pour l'autre des adversaires, la Rochelle, Niort et Renon, et l'on comprend qu'il y ait eu intérêt pour lui, dont les monnaies ne sont pas d'un titre irréprochable, à imiter celles d'une ville voisine comme Saintes, dont le monnayage avait déjà un cours ancien et accrédité.

Toutes les monnaies de Mauléon sont restées rares. Les quelques exemplaires découverts depuis 1860 proviennent des environs de Niort. Ils ont été conservés par les amateurs de la contrée, qui ne négligent aucune occasion de rapatrier ceux qui se présentent à l'aris en vente publique.

LA iMARCHE.

Le précis historique et la liste chronologique dont i'oey d'Avant fait précéder son article sur le monnayage des comtes de la Marche et d'Angoulême, sont au moins incomplets, sinon inexacts. Ainsi il fait succéder directement en 1180, Mathilde et Hugues IX de Lusignan à Adelbert Y, sans tenir compte d'une période de 21 ans, pendant laquelle le comté de la Marche fut sous la domination directe des rois d'Angleterre. Il en résulte pour lui une certaine incertitude pour fi.\er le commencement de ce monnayage. « Les monnaies des premiers comtes » de la Marche ne nous sont pas connus, dit-il, et rien ne prouve qu'ils en aient » émis. La plus ancienne mention que nous en trouvions ne remonte qu'à l'année » 1208, ce qui ferait supposer que les comtes de la Marche tenaient leurs droits » des rois d'Angleterre. Ce n'est en effet qu'à partir de l'avènement de la maison » de Lusignan que nous voyons paraître des espèces, et encore est-il foit douteux » que Hugues IX ait le droit d'en revendiquer. »

ISous sommes d'accord avec Poey d'Avant, en ce qui concerne les premieis comtes de la maison Anglo-^'ormande de Montgommeri, jusques et y compris Adelbert V. Nous ne croyons pas qu'ils aient frappé monnaie. Mais il importe de bien fixer l'avènement de la maison de Lusignan et c'est ce que vient de faire M. de Cessac ^1), en rétablissant, par une étude consciencieuse des chartes, cette phase de l'histoire locale qu'il déclare avoir été complètement méconnue par les historiens du pays.

Adelbert V, partant pour Jérusalem, vendit son comté de la Marche à Henri 11. roi d'Angleterre, par contrat passé à l'abbaye de Grandmont, le 7 octobre 1177: et malgré l'opposition que mirent à la vente Geoffroy de Lusignan et ses frères. Henri II se mit en possession de la Marche et reçut les hommages des barons et des chevaliers; M. de Cessac cite un certain nombre de diplômes où figurent des sénéchau.x de la Marche, institués par le roi d'Angleterre. Il discute et rejette ceux où les seigneurs de la maison de Lusignan prennent avant 1199 le titre de comtes de la Marche; en tout cas, s'ils l'ont pris, ce ne serait que comme prétendants et non comme souverains reconnus.

Ce ne fut qu'après la mort de Richard Cœur-de-Lion , arrivée le G avril

(1) Ma trésor des monnaies des comtes de la Marclie et leur atelier monétaire Je liellac Mélanges de numismatique. Tome lit, 1882, page 361.

1199. que Hugues de Lusignan ohtint d'Eléonore d'Aquitaine, mère de Richard, la restitution du comté de la Marche, et c'est à cette date extrême qu'on peut l'apporter le monnayage de la Maiche d'après les monnaies connues, à moins, ajoute M. de Cessac, qu'on n'en découvre de spéciales à celte province parmi celles fahriquées par les Anglais en France.

M. de Cessac propose d'attriliuer au comté de la Marche les deniers classés par Piiey d'Avant à Angoulème sous le numéro 2666, et il décrit ainsi deux variétés :

"i» LODOICVS. Croix, iî. EGOLK/itolME. Trois annelets et un croissant au ]"' posés en sautoir, au centre une croisette. Poey d'Avant, IM. LVII, n" 6.

^ .Mêmes légendes et types sauf que le croissant du revers est au 2^

M. de Cessac appuie cette attribution sur les trouvailles qu'on fait constauiiuent de ces monnaies sur le sol de l'ancien comté de la Marche. Mais surtout il la corrobore par le raisonnement suivant. Il rappelle la charte, par laquelle, en 1208, Hugues, comte de la Marche, donne à l'église de Grandmont l'essai de sa monnaie. Il cite ensuite le passage de la chronique de Bernard Itier : Anno Gracie M°CC*Xr Cornes Hugo Marchie novam monetam instituit apud Belac faciendam Marques ».

M. de Cessac tire de ce passage les déductions suivantes. Ce fut à Bellac, en 1211. qu'on émit pour la première fois les monnaies connues sous le nom de Marques, Marchis, Marchiones. Cette monnaie étant nouvelle «oi'«, il existait donc antérieurement un autre type et ce type est celui du Lodoicus egolissime qui se rencontre dans les dépôts avec les Utjo Cotnes Marchie.

Ce texte nous fait connaître un atelier nouveau resté inconnu à Poey d'Avant. Mais faut-il bien lui donner toute la signification qu'en tire M. de Cessac? Selon moi, instituere novam inonetatn, cela ne veut pas dire créer un type nouveau, mais établir un nouvel atelier faciendam Marques, atelier qui devait faire des monnaies connues sous le nom de Marques. Le nom de Marques, Marchis, Marchiones est une appellation vulgaire donnée par l'usage à une sorte de monnaie. Il en existait donc avant l'établissement de l'aleliei- de Bellac, que cel atelier devait continuer ta fabriquer.

Il \\% reste donc plus pour faire attribuer aux comtes de la Marche les deniers à la légende Lodoicus egolissime avec les types indiqués plus haut, que leur présence fréquente dans les dépôts découverts dans cette ancienne province. Cela -iilTit-il bien ?

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