‹ Monnaies gauloises. Description raisonnée de la collection de M. P. Charles RobertChapitre 15 sur 39 · MOINS LES CITÉS MARITIMES · texte numérisé non relu

MOINS LES CITÉS MARITIMES

Cette région, qui se confond à peu près avec la Celtique de César, admit dans son numéraire, non seulement l'argent et le bronze, comme le fit le Sud, mais le métal le plus précieux, l'or. En outre elle employa pour l'appoint, du moins dans les derniers temps, le potin plutôt que le cuivre *.

Or. — Les pièces d'or sont les plus intéressantes de toutes celle qui circulaient dans le Centre. Les plus anciennes reproduisent le stalère de Philippe 11 de Macédoine (360-336), à la tète d'Apollon et au bige. Celte communauté dans le signe d'échange prouve qu'il s'était établi des relations suivies, sans doute par la vallée de Tlster, entre le nord des contrées helléniques et le centre de notre pays. Il est à remarquer que ces statères au type contrefait de Philippe n paraissent pas avoir été usités chez les Gaulois et les autres barbares des contrées danubiennes. Ces peuples ont copié parfois d'autres statères, et, par exemple, celui d'Alexandre le Grand; mais leur principal signe d'échange était en argent et consistait surtout en tétradrachmes, lourdes pièces inconnues de ce côté des Alpes, aussi bien dans le sud qu'au centre ou dans le nord, il y a là des

* l.a monnaie de potin paraît avoir été à peu près inconnue dans le midi. On n'en a, si je suis bien renseigné, rencontré qu'à Vieille-Toulouse et au nombre seutem^nt de deui on trois exempLiires.

iS MONNÀIU OlULOIBBt.

anomalies, qui tiennent évidemment à des conditions économiques ou à des circonstances spéciales qu'il ne serait peut*ètpe pas impossible de découvrir.

Si le statére de Philippe II n'a été que peu ou peint copte sur le Danube, il est devenu le type de l'or dans diverses parties du monde ancien, comme dans notre propre Gaule, et a servi très longtemps de monnaie internationale, soit effective, soit au moins de compte. On s'est donc demandé si les imitations pures du type de Philippe II remontaient au temps même de oe prince, oii si elles avaient été fabriquées à une époque plus récente. Cette dernière opinion tend à se généraliser depuis quelque temps. Elle n'est pas toutefois partagée par M. de Saulcy, ainsi qu'on peut s'en convaincre en parcourant ses écrits. Il ne faut pas oublier que, parmi les slatères gaulois de type macédonien, il en est qui présentent, avec un bon aloi, le poids élevé en usage sous Philippe et abandonné dès le temps de son successeur. Or on ne saurait admettre que les imitateurs intéressés du numéraire d'une autre nation aient, par une sorjte d'archaïsme, donné aux statères d'inr;tation un poids qu'ils n'avaient plus dans le pays d'origine et sacrifié ainsi inutilement une notable quantité de métal. C'est de cette considération que le conservateur du cabinet de France et M. E. Muret, si compétents en la matière, sont partis pour classer au iv* siècle quelques statères gaulois, de type et presque d'art grecs.

Quoiqu'il en soit, la plupart des pièces du Centre, qu'elles soient d'or ou d'un autre métal, non seulement ne remontent pas au iv^ siècle, mais ne précèdent guère, môme lorsqu'elles rappellent encore le type grec, l'époque où les Romains constituèrent une province militaire dans le sud^est des Gaules, et mirent à Narbonne des colons romains (125 à 118 avant Jésus-Christ). Entre les beaux et rares slatères au type pur de Philippe et la masse du numéraire qui se retrouve dans la Celtique, il y a incontestablement une lacune, qui semble difficile à combler et dont j'ai plus haut, p. 10, signalé les causes possibles. Quoi qu'il en soit de leur ancienneté, les pièces d'or du Centre, même celles dont la fabrication cessa aveo l'indépendance de la Gaule, gardent toujours quelque chose du type grec, montrant une tète au droit et le plus souvent les restes du bige au revers ; aussi se désignent-elles toujours dans les collections sous le nom de statères. Celte origine grecque de la monnaie d'or du Centre se reconnaît encore, même sur des pièces où les traces du bige sont remplacées par un sanglier ou un type local. Mais si les carac^ tères généraux des espèces d'or de la Celtique dénotèrent toujours

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plus OU moins une origine incoûtest&blemenl grecque, les modiflcalions du tjrpe et les nombreux accessoires successifement intro« duits dans le champ ont à la fin constitué une monnaie vraiment nationale, riche d'emblèmes encore inexpliqués.

Abgent, bronze et potin. — Les monnaies d'argent ne remontent pas en général^ dans la Celtique de César, aussi haut que les pièces d'or, et ne débutent pas, comme celles-ci, par un type général bien accentué. Elles présentent au contraire des sujets assez variés, tant avant l'inOucnce romaine qu'après, et deviennent très abondantes sous César et sous Auguste, lorsque l'or est supprimé et remplacé dans la circulation.

Le cuivre est à peu près dans les mêmes conditions que l'argent et dure un peu plus longtemps. Quant au potin, il est d'usage relativement récent; il aurait continué, suivant quelques numismatistes, à se fabriquer au moule dans le Centre et chez les Belges, lorsque Auguste avait déjà fermé en principe tous les ateliers des trois Gau* les. Il y aurait donc eu des pièces de bas alliage contemporaines des bronzes coloniaux qui continuèrent à se frapper dans la Province; les pièces de potin sont fort communes et de types peu variés; marquées d'une tète au droit, et au revers d'un cheval ou d'un sanglier, elles ne se classent guère que par les provenances. Je n'en parlerai pas dans ce catalogue.

Les monnaies des divers métaux, qui succèdent dans le Centre au type grec pur, n'ont pas des caractères aussi tranchés que les pièces d'argent ou de bronze du Sud. Il est donc plus difficile encore de les classer par peuple : ainsi, par exemple, si le monnayage des Arvernesest presque entièrement reconnu, celui des Biluriges et celui desLémovices ne se distinguent pas encore nettement l'un de l'autre; môme embarras lorsqu'on arrive aux Pictons et aux Santons, aux Eburovices et aux Diablintes, aux Carnutes et auxTurons, aux Edues etauxSéquanes, etc. Je conserverai, toutefois, les attributions qui sont généralement admises, me bornant à placer dans les indéterminées les pièces sur la patrie desquelles les numismatistes sont le plus en désaccord.

Les légendes sont nombreuses principalement sur l'argent et le cuivre. Les plus anciennes sont tracées en caractères grecs ; puis, plus tard^ les lettres latines sont introduites à leur tour dans les coins monétaires. On rencontre souvent un nom écrit en grec d'un côté de la pièce et en latin de l'autre; parfois aussi les caractères des deux langues sont mêlés. Des pièces , qui sont incoutesta-

blement du temps où se perdit rindépendaace gauloise, montrent encore des lettres grecques, ce qui confirme l'observation de César.

ARVERNI.

LesArvernes étaient un peuple dominant; aussi leurs espèces sont-elles les plus importantes de la Celtique et peut-être les plus nombreuses.

Or.

Je ne possède aucun de ces statères arvernes au type de Philippe U qui sont classés au cabinet de France comme des monuments à peu près contemporains de ce prince. Les trois pièces suivantes, les plus anciennes de ma collection, sont déjà des imitations plus ou moins éloignées.

Tête laurée d'Apollon tournée à droite ; style encore grec.

T^. Bige au galop à droite ; Tauriga, tenant les rênes de la main gauche et un fouet de la droite^ se penche sur les chevaux. Dans le champ un triquetrum et le foudre des statères de Pella; à l'exergue, le nom de Philippe irrégulièrement écrit.

Deux exemplaires variiês de ce statère de bon titre et pesant environ 7,82. {Rev. mm. 1856, p. 326 et pi. X, fig. 1.)

Tête d'Apollon laurée, tournée à droite. Le cou est terminé par un collier en saillie auquel est adaptée, par un double œillet, une longue tige, sans doute métallique, qui, passant sur la joue et projetant sa pointe au-delà du visage, figure une sorte de défense.

^. Bige, triquetrum et foudre comme au numéro précédent. Le nom de Philippe n'est exprimé que par trois caractères. Statère de bon aloi, 7^81 ; gravé; pi. Y, fig. 2.

Tête laurée d'Apollon à droite; traces d'une tige pointue s'étendant

sur le cou et la joue; style déjà gaulois.

^. Bige au galop, à droite; sous le cheval, Yet^; à l'exergue,

(DiAninoY.

Ce statère pèse 8,41. On en connaît un superbe exemplaire presque grec et un peu plus lourd, 8,50, ce qui est presque le poids normal macédonien. 8,C0. (Rev. num. 1858, p. 289; art. de M. le baron de Crazannes.)

Les monnaies de ce type ont été longtemps attribuées aux Volkes

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Tectosages; les considérations que j'ai sommairement présentées plus haut m'obligent à refuser toute monnaie d'or aux peuples qui occupaient la rive gauche de la Garonne. J'ajouterai que l'objet dans lequel on avait retrouvé l'initiale du nom des Tectosages n'est autre chose flu'un trident emprunté à un prototype grec frappé à Amphipolis. La présence, au droit, de la tige partant du cou et passant devant la joue me porte à considérer cette pièce comme appartenant au même peuple que la précédente, c'est-à-dire aux Arvemes,

AV. Tête à gauche, de bon style, cheveux en boucles courtei*;

sur la joue, un accessoire composé d'un petit globe, d'où partent

deux branches en croix.

Cf. Bige à gauche, dont on ne voit qu'un cheval ; sous le bras tendu

de l'auriga, la même figure accessoire qu'au droit ; à l'exergue,

un objet en forme de lyre, fréquent sur la monnaie arverne.

Statère ne rappelant que de fort loin le prototype macédonien; or, 7,42. Inédit, gravé, pi. V, fig. 3.

CAS ou GAS; tète nue à gauche.

Cf. Cheval à gauche; à l'exergue, un vase du genre diola. Pièce d'une époque relativement récente. Or, 6,72.

Tète semblable.

RT. Cheval à gauche; au-dessus de lui^ une sorte de fleur de lis; à l'exergue, un échassier tenant un serpent dans son bec Statère pesant 6,70. {Rev. numism. 1863, pi. XYI, fig. 3.)

Variété de la précédente ; un objet en forme de lyre au-dessus du cheval; un fleuron cruciforme au-dessous.

Au droit, au lieu de tête, un grand rameau recourbé. T^. Cheval à droite; sanglier au dessous.

Or bas, 5,71 ; gravé; pi. V, fig. 4.

Cette pièce, inédite, parait par son type se rapporter aux Arvernes ou, tout au moins, à un peuple de la Celtique de César, voisin des Arvernes. Le cheval est d'assez mauvais style el, par conséquent, d'une époque où l'art de la gravure des coins était en décroissance. Comme les pièces qu'on donne à Vercingétorix se distinguent par une belle exécution et sont des dernières du monnayage gaulois sur flans d'or, il faut peut-être admettre que la pièce que je viens de décrire est antérieure à l'arrivée de César dans les Gaules.

Argent.

PICTILOS. Tête à droite.

Ai XONNàIBS 6ÀUL0I8S8.

Cf. Cheval à droite.

Cette pièce est généralement cla$sée auxArvernes. Le nom qu'elle porte te rencontre ailleurs sous la forme PIXTILOS, C'est une attribution douteuse.

Cf. Duchalais, Descript, de$ méd. gaul. de la Bibliothètue^ n« 460» p» 171,

Bronze.

VERGA. Buste à gauche; profil accentué et de bon style.

]^. Cheval à droite, d'une exécution remarquable. Dans le champ,

un annelet avec un point au centre.

Celte pièce, de style ancien, a été décrite par M. deSauIcy (Chefs Gaul.^ Ann.de la Soc. denumism.^ p. 28 et pi. IV, fig. 56). Ce savant reconnaît dans Verga le commencement du nom du chef Vergasivellaunus qu'Kpasnactus livra aux Romains.

BRIGIOS. Tète à gauche, de bon style.

^. Cavalier galopant à droite.

M. de La Saussaye {Rev. num, i851 , p. 39i et pi. XYI, fig. 1) attribuait cette pièce au Poitou.

CICIIDV BRL Tète à droite.

Cf. Cavalier à droite, la lance en arrêt; à l'exergue, HPAD. (E. Hucher, Art gaulois^ 1. 1, pL XX, fig. 2.)

CALIIDV dans un cartouche; buste à droite; derrière le cou, un

losange.

^. Cheval à gauche; cercle, annelet et rameau dans le champ.

Cf. Peghoux, Monn. desArvemes, pi. I, n* iO.

EPAD, buste casqué et cuirassé, dans lequel on reconnaît généralement Minerve.

ty\ Guerrier debout. De la droite il tient une enseigne militaire dont la hampe est munie de deux ailes ; de la gauche un bouclier rond, une épée et une lance. Devant lui, un casque orné de la crista.

Cf. de Saulcy, CA^/i gaulois^ pi. IV, flg. 52 et 53.

Le nom du chef arverne vendu à César est écrit dans les manuscrits Epasnactus ; mais il est probable que le D, dans cette légende monétaire, se prononçait sou f5, comme le D barré des textes lapidaires gallo-romains.

MOffffÀIBt QAULOI0IS. 43

PETROCORn.

On

Tète laurée à droite; beau style,

ÇT. Sanglier à gauche ; au-dessus et au-dessous de ranimali des

rameaux.

Statère d'or (Leiewel, Type gaulois ^ pi, IX, fig, 36; Bûcher, Petrocorii, Art gaul, t* U, fig. 405).

Bronze.

CONTOVTOS. Tête nue, dans laquelle on a proposé de reconnaître celle d'Antoine, qui fut gouverneur des Gaules, et au nom duquel des pièces entêté frappées k Lyon ^

^, Animal paraissant être un loup ou un sanglier mal figuré ; derrière l'animal, un rameau ; sous ses pieds, un bucrâna. Cf. E. Hucher, op. laud., 1. 1, pK XX, fig. i.

ATECTORIX. Tète nue.

ipf , Taureau à droite.

Cf. Leiewel, Type gaulois^ pi. IX, fig. 24.

Ces pièces me paraissent devoir être attribuées au Poitou jusqu'à nouvel ordre, et comme on le fait généralement en invoquant quelques provenances déjà constatées. M. Hucher, néanmoins, considère la seconde comme attribuable également h la Saintonge. C'est encore un exemple de l'incertitude qui règne dans la plupart des classifications.

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