‹ Monnaies gauloises. Description raisonnée de la collection de M. P. Charles RobertChapitre 21 sur 39 · QUELQUES-UNS DES PEUPLES QUE CÉSAR RANGE PARMI LES CELTES MAR TIM3S · texte numérisé non relu

QUELQUES-UNS DES PEUPLES QUE CÉSAR RANGE PARMI LES CELTES MAR TIM3S

Le monnayage de cette région a été très actif; il remonte moins haut que celui de certains peuples du Midi et même du Centre. L'or n'est de bon aloi que dans les plus anciens spécimens de quelques ateliers. L'argent n'est le plus souvent que du billon. Le type habituel est toujours, au droit, une efûgie humaine, comme dans les prototypes macédoniens; mais la tête d'ÂpolIon, si longtemps conservée ailleurs, a fait place à une tête toute nationale et remarquable par Télrangeté de ses ornements. La chevelure, qui joue un si grand rôle chez les Gaulois, est formée d'enroulements symétriques, souvent entremêlés de perles ; elle est surmontée d'un sanglier, etc. Il arrive que la tête, coupée à la naissance du cou, est posée sur une petite plate-forme ajustée elle-même à une hampe par d'élégants rinceaux ; on est alors en présence d'une enseigne militaire ou d'un symbole religieux à porter dans les cérémonies. Au revers, le cheval est, presque sans exception, androcéphale ; l'auriga n'a pas toujours un visage ou un corps humain. D'ordinaire, cet auriga, qu'il soit honime, quadrupède ou oiseau, suspend devant la tête du cheval une sorte de tableau quadrangulaire* ou une barre horizontale d'où partent des cordons ondoyants ; on voit sous les pieds du cheval un personnage renversé ou un animal,, etc., etc. Bref, les peuples maritimes, dont la majeure partie occupait PArmorique, ont eu les monnaies les plus caractérisées et s'éloignant davantage des types grecs ou romains.

Les produits de cet important monnayage des cités maritimes

^ Cet accessoire est qualifié de Phalères, par M. de Longpérier, de VexUlum, par M. Hucher, et de Guidon, par d'autres numismatistes.

forment des groupes bien distincts, qui sont classés d'ordinaire dans les collections, d'après le système général de M. de.Saulcy; mais les provenani;es relevées ne sont pas encore assez nombreuses pour que toutes les attributions géographiques soient définitives. Je me bornerai donc à citer les principales variétés de ma collection, en leur maintenant le classement, parfois arbitraire, qui était observé dans ma vitrine à l'exposition du Trocadéro. Je renverrai pour chaque type déjà publié à divers ouvrages, et le plus souvent à celui de M, E. Hucher.

REDONES Or.

Tète à droite, surmontée d'un sanglier; des cordons enroulés, à

l'extrémité desquels se voient de petites têtes, occupent le champ

de la pièce.

Qf. Cheval à droite ; au-dessus de lui, une couronne ; au-dessous,

une roue à quatre rayons.

Ce statère, en or de très bon aloi, parait ancien.

Tète à droite, chevelure formée de trois mèches circulaires enveloppées dans une série d'ornements normaux qui ressemblent aux plumes des sauvages.

ipf. Cheval à droite, conduit par un auriga ; devant le poitrail, une roue ; sous le cheval, une tète posée sur une double volute dont on n'aperçoit plus que les extrémités. Statère; mauvais style; or assez bas; 7 gr. 16; gravé, pi. V,

flg. 5.

Cette curieuse monnaie, qui provient de la collection de M. le comte de Kergariou, a été trouvée en 1847 dans la Loire, à Angers. M.E. Hucher (Art gaulois^ t. II, p. 62, fig. 87) reconnaît à une pièce à peu près semblable des caractères qui la rattacheraient aux Pictons ou aux Santons.

Les autres spécimens monétaires des cités maritimes que j'ai exposés au Trocadéro portent presque tous, comme on va le voir, le cheval androcéphale.

Tête à droite, ceinte d'une large couronne de laurier, du centre de laquelle partent des boucles disposées symétriquement à droite et à gauche.

Cf. Auriga tenant de la main gauche la bride d'un cheval androcé-

phale, et de la droite un cordon ondulé au bout duquel pend un quadrilatère avec ses diagonales; sous le cheval, un hippocampe.

E. Hucher, op. laud.^ ReioneSy 1. 1, pi. XLVII, fig. I, et Aulerct DiablinteSj i. I, pi. XCU

NAMNETES Or.

Tôle à droite; au milieu de la chevelure une tige verticale, qui se rencontre aussi sur les monnaies d'autres régions, et par exemple sur celles des Parisii. Quatre-cordons, deux de chaque côté, se détachent de la chevelure et aboutissent, après des ondulations symétriques, à autant de petites tôles. La tête principale repose, à la naissance du coû, sur une sorte d'armature.

1^. Cheval à droite; un auriga tient d'une main les rênes, de l'autre une tige terminée par une couronne ; sous le cheval, un homme vu à mi-corps saisit deux des jambes de l'animal comme pour l'abattre, Statère de bon or, classé aux Namnètes par M. Parenteau (Essai

sur les monnaies des NamneteSy 1863, broch. in-8^, pi. III, fig. 1

et 2). Voir aussi Hucher, Art gaulois^ Namnètes, t. II, p. 93, fig. 148,

et le Dict. archéol. de la Gaule^ Andecavi, fig. 55.

Tète à droite ; tige, cordons et petites têtes comme à la pièce précédente ; mais au lieu du support qui était sous le cou, on voit en face du visage un objet formé d'un double segment circulaire dont les aires sont treillagées.

Même revers qu'à la précédente.

Les deux pièces qui viennent d'être décrites pèsent 7 gr. 55 et 7 gr. 52; elles rentrent, par le type du droit, dans la nombreuse catégorie des statères armoricains où de petites têtes semblent rattachées à la tête principale par des cordons ondoyants. Plusieurs numismatistes et archéologues ont reconnu, dans cette bizarre représentation, Ogmius, dieu gaulois de l'éloquence, tenant ses auditeurs charmés et enchaînés. Dans cet ordre d'idées, on a fait de la tige qui surmonte la tête, comme sur diverses monnaies de la Celtique, un rayon de la pensée émergeant du front, et on a reconnu dans l'objet figuré sous le cou ou devant le visage un souvenir de la nef du dieu voyageur. M. Hucher, sans considérer cette donnée poétique comme incontestable^ s'est plu à la déve-

62 MONNAIES GAULOIGBS.

lopper d'une manière fort élégante (Jlf^/. denum,, 1874, p. 0). Je ne repousse pas absolument une explication acceptée par M, A. de Longpérier, dont les jugements sont si sûrs; je ferai remarquer cependant que le tableau allégorique vu par Lucien, auteur du II® siècle de notre ère, représentait dos chaînes partant des oreilles des auditeurs et aboutissant à la langue du dieu. Telle n'était pas la donnée du graveur des coins monétaires armoricains; les petites têtes qu'il représente dans le champ de la pièce ne sont pas suspendues par Toreille, et les cordons n'aboutissent pas à la bouche de la tête principale. J'aimerais mieux voir dans ce sujet les tètes coupées des ennemis vaincus. Cette explication justifierait la présence de tètes analogues attachées au cheval sur d'autres monnaies armoricaines.

Eleclrum.

Tète à droite, entourée de cordons ; la tige verticale et les petites tètes ont disparu, ainsi que l'accessoire qui supportait le cou sur la première monnaie des Namnèles.

Le revers est le même que celui de cette pièce*

NAMNETE3 ou VENETES

Or.

Tète à droite, de beau style, soutcnim, au bout d'une hampe, par une plate-forme ou une «armature très ouvragi^e ; quatre cordons perlés et quatre petites têtes dans le champ. Jjf. Cheval androcépbale à droite \ d'une main l'auriga tient les rênes, de l'autre un cordon ondulé aboutissante un tableau quadrangulaire suspendu devant le front du cheval. Dans le bas, une figure ailée qui semble couchée sur la terre. Beau style; métal pur; 7gr, 78; un des plus anciens statères armoricains. Des statères analogues sont mentionnés par H, Rucher (Art gaulois^ Namnetes ou Venetes^ t. II, p. 61) et par M* Lemière (Bull, de l'Association archéoL bretonne, 4853, p. 2Î6, et pU III, fig. 12).

Il est bon de remarquer que les quatre petites tètes ont souvent des caractères très diO^érents et très tranchés, ce qui conviendrait à un emblème militaire rappelant la défaite de plusieurs peuples.

110NNAI|:8 GAULOISES. 63

Tète oocapant presque tout le champ de la pièce ; cordons perlés

et petites tôtes.

Cf. A peu près semblable à celui de la pièce précédente,

OSISMI ou CURIOSOLITES Billon.

Tète à droite, surmontée d*un sanglier ; dans le champ, deux cordons aboutissant chacun à une tète.

]^. Cheval androcéphale à gauche ; au-dessous de lui, un sanglier enseigne ; dans le champ, deux cordons soutenant les mêmes petites tètes qu'au droit, ce qui tend à prouver qu'il ne s'agit pas d^une représentation d'Ogmius.

Deux variétés, module du statère (DicL archéol. de la GaulSy

Oêismi, fig. 53).

Tète à droite ; cordons terminés non plus par des têtes, mais par

des fleurons.

^. Androcéphale; au-dessus de lui, une tète surmontée d'un

fleuron : sous son corps, une sorte de tugurium.

Petit module; trouvaille de Jersey (Huoher, op. laud.^ Osismi, 1. 1, pi. LI, fig. S ; — Dict. archéol. de la Gaule, Osismi^ fig. 61).

OSISMI Or.

Tète à droite ; au-dessus, une petite croix; petites tètes et cordons perlés.

^. Androcéphale à gauche, conduit par un auriga ; devant le poitrail, une croix bouletée ; sous le cheval, un génie ailé replié sur lui-même.

M. Hucher, op. laud.y Ommt,t. I, pi. LI, fig. i, décrit une pièce

analogue.

Electrum.

Tète à gauche, le cou et la chevelure entourés d'un cordon perlé ;

devant la bouche, une croisette ; amorce d'une petite tète dans

le champ.

^. Androcéphale à gauche ; au-dessus de sa tète, un contour perlé ;

devant son poitrail, une croisette. Au lieu d'auriga, un oiseau

qui, posé sur la croupe du chenal, semble le mordre. Dans le bas de la pièce, une couronne perlée et un bœuf-enseigne ajusté sur une armature.

Stalëre et subdivision.

M. Lemière {Bull, de l'Association archéol. bretonne^ t. m, 1852, p. 215 et pi. I, flg. 20 et 21) et M. E. Hucber (op. laud., t I, pi. XXXIX, fig. 2) donnent des spécimens de ces deux pièces.

Le dernier les attribue aux Corisopites, mais le nom de ce peuple, s'il est ancien, ne parait dans les textes qu'au moyen âge.

CUWOSOLITES

Billon et argent.

Tête à droite.

]^. Androcéphale ; auriga tenant une couronne au bout d'une

baste ; ornements en forme de lyre.

Lict. archéol. de la Gaule ^ Curiosolites^ fig. 51.

Tète à droite, chevelure formée de trois groupes de mèches ondoyantes ; devant le visage, des cordons perlés.

Cf. Cheval à bec d'oiseau, la queue ornée de points ; un objet terminé par une tige tient lieu d'auriga ; dans le bas, un ornement en forme de lyre.

Pièce de bon argent ; trouvaille de Jersey.

Tôte à droite, même chevelure.

ÇT. Comme celui de la précédente, sauf que Tornement en forme

de lyre est remplacé par un sanglier.

Dict. archéol. de la Gaule^ Curiosolites^ flg. 52.

UNELLI

Billon.

Tête à droite ; le nez est formé par un trait qui se recourbe en

dehors, devant le front; cheveux massés, à trois étages. ]^. Androcéphale; auriga tenant une couronne au bout d'une

haste ; dans le bas, un ornement en forme de lyre ; dans le

champ, à droite, une figure cruciforme.

E. Hucher, op. laud. {Curiosolites, AMncatui ou Unelli), t. I, pi. LXIII, fig. 2.

Ce type qui comporte un très grand nombre de variétés de coin,

MOlfllAIBS GAULOISES. 65

forme le fond des deux trouvailles qui ont été faites i Jersey, et dont la première a été décrite, en 1838, par le baron de Donop. La provenance permet donc d'incliner pour les Unelli.

BAIOCASSES Or.

Tôte à droite, chevelure formée de trois mèches ; au-dessus, sanglier et cordons.

JjC. Auriga, roue et cheval androcéphale ; quadrilatère à pendants ; sous le cheval, un sanglier-enseigne.

Deux variétés (E. Hucher, op. laud.<, Baiocasses, t. I, pi. LXY,

flg- *).

Page 1