STATÈRES CONNUS SOUS LE NOM DE REGENBOGEN
SCHUSSELCHEN
Or.
Les Regenbogeo-Schûsselchen *, d'ordinaire en or de très bon aloi, sont de flan élroit, épais et fortement scyphate ; leurs types sont assez variés. Ces pièces abondent entre le haut Rhin et le haut Danube» en Bohême, en Hongrie, dans Tancienne Pannonie, etc. On les rencontre en Alsace et jusqu'en Lorraine. M, Hucher en a découvert un spécimen chez les Santons, non loin du point où habitaient des Boiù Un de leurs types est commun en Lombardie* On les croyait autrefois fort anciennes, mais dans un article qui remonte à quel* ques années, M. de PfafTenhoiïèn, conservateur de la collection du prince de Fûrstenberg, a tenté d'établir qu'elles sont relativement modernes'. Un trésor découvert en Hongrie a, en effet, montré réu* nis des spécimens de ces curieux statères d'or sur lesquels était écrit BIATEC et des tétradrachmes d'argent portant la même légende. Or, d'une part, ces tétradrachmes seraient postérieurs à l'an 62 avant J.-C* et, de l'autre, les contrées conquises par les Romains, l'an 8, seraient celles où ils abondent le plus. C'est donc pendant une période de 54 ans qu'auraient été fabriqués ces tétradrachmes et les statères à la même légende. Si les limites posées par M. de Pfaffenhoffen s'appliquent aux monnaies portant BIATEC, il ne faudrait les étendre ni à tous les statères d'or scyphates, ni aux diverses pièces d'argent multiples de la drachme et ne portant aucun nom de chef. On sait, en effet, que les spécimens à légendes sont les plus récents du monnayage gaulois d'entre le Rhin et l'Océan, et il devait en être de même chez les Gaulois et les autres barbares installés en Germanie et sur les deux rives du Danube. D'ailleurs, une période d'un demi-siècle n'aurait pas suffi à la fabrication d'un numéraire aussi abondant que les statères scyphates ou les pièces d'argent barbares de système drachmique. Les spécimens d'or ou d'argent sur lesquels on lit BIATEC ou d'autres noms de chefs, ont
1 Une tradition popoltire, répandae en Germinie, tttribaait aox orages It dispertion de ces sortes de pépites d*oren forme de coupe; les vents les auraient Jetées çàet là sur la terre an moment où apparaissait l'arc-on-ciel.
* Rev. numsm,f 1800-70, p. 380 et suiv.
8i MONNAIES GAULOISES*
donc eu, suivant toute apparence, de nombreux devanciers. J'ai rencontré dans les collections du Piémont et de la Lombardie un nombre assez considérable de Schîisselchen sans légende, découverts dans le nord de la Péninsule; or, l'an 62 avant J.-C, il y avait longtemps que la race gauloise n'existait plus comme nation en Italie. Je sais que des numismatistes et parmi eux M. Promis^ ont admis que le commerce avait amené en Italie les nombreux statères gaulois qui s'y rencontrent, mais ce sont généralement les monnaies des Grecs et des Romains, c'est-à-dire des races les plus civilisées de l'Europe, qui ont pénétré chez les autres peuples, et l'on n'a jamais supposé que les monnaies des barbares aient alimenté les marchés d'Athènes ou de Rome ; il faut d'ailleurs remarquer que le mouvement d'importation des Schûsselchen serait surtout inexplicable aux dates fixées par M. de Pfaffenboffen pour leur rabrication,car ror,t\ cetteépoque, se monnayait déjà régulièrement dans les ateliers de Rome. Les Schûsselchen ont à mon avis, pris naissance plus tôt que ne le pensait M. de Pfafrenhoffen, et le savant Friediaender' a peut-être raison lorsqu'il dit que les Gaulois ont frappé monnaie dans le nord de l'Italie au temps où ils y dominaient. On peut ajouter que si la limite inférieure, posée par M. de PfaffenhofTen à la fabrication des monnaies d'or, s'applique à la rigueur aux ateliers situés en deçà du Rhin, elle ne saurait concerner ceux qui existaient en Germanie, dans des contrées que les Romains n'ont jamais possédées. Les Schûsselchen qui se rencontrent encore de tous côtés, ont donc pu être frappés pendant un certain temps après l'époque où tout monnayage indigène avait cessé dans la Gaule de César et dans les contrées annexées au monde romain par Auguste et par Tibère. M. de Longpérier a remarqué ^ d'ailleurs que si, comme l'a dit M. de PfafTenhofTen, le poids de ces pièces se rapporte non au statère de Philippe mais au Cyzicène, il ne faut pas oublier qu'il correspond à peu près aussi à celui de Taureus romain des derniers temps de la République et du commencement de l'empire^ Les statères scyphates pouvaient donc encore trouver place dans les transactions européennes du premier siècle de l'ère chrétienne. En un mot, la fabrication des Schûsselchen a commencé plus tôt et a fini plus tard que ne le pensait M. de PfaffènhofTen.
* Rev, nuniùm,, \SM, p. 303.
• /(/.,id., p. 120eiiuiv.
^ Cf. MommsoD, Monn, rom.^ trad. de Witte, t. IH, p. 33, note et p. 401.
MONNAIES GAULOISBS. 85
C'est généralement aux Gaulois et particulièrement aux Boit qu'on attribue en France iesRegenbogen Scbûsselchen. M. F. Streberleur a consacré, en i863, une monographie accompagnée d'un grand nombre de figures dont M. de Longpérier a reproduit une partie * ; mais depuis quinze ans de nouvelles variétés ont été découvertes.
Les Schûsselcben que je possède présentent huit types principaux.
PBSMI£E TYPB
Serpent enroulé, servant d'encadrement à la pièce du côté de sa convexité.
^. La lettre T surmontée d'une rosace et entourée de points. Stalère; 7 gr. 40; inédit; gravé; pi. V ; fig. 10.
Même serpent.
^. Torques ou demi-anneau, dont les extrémités sont terminées par
un globe; dans l'intérieur de la courbe, six petits globes.
Trouvé en Bohème; bon or (de Longpérier, Rev. numtsm., 1863, pl.IV,fig.2).
Il est à remarquer que le droit des pièces de ce groupe se retrouve soit par tradition, soit par coïncidence, assez fidèlement reproduit à la fin de l'Empire sur Temblème militaire des Marcomans K