Monnaies mérovingiennes du Gévaudan
Le nom de Gévaudan est formé de deux mots primitifs : Gabal et tan dont le premier est le nom d'mi peuple gaulois, nommé par César Gabali^ et le second un radical commun à plusieurs branches de la famille linguistique indo-européenne, qui peut se traduire par « région desn. L'agglomération de ces deux substantifs, latinisée dans la forme Gabaletanum^ signifie donc : pays des Gabales. On trouve, dans des contrées bien diverses des composés analogues : en France, le Lavedan (pays de Lourdes), le Gabardan (pays de Cabaret), le Grésivaudan (pays de Grenoble); dans la presqu'île Ibérique, la Lusitanie ; en Afrique, la Maurétanie, et il nous paraît probable que l'indoustan, le Turkestan, l'Afganistan, leBéloutcliistan,etc., sont des noms composés de la même manière.
Nous verrons, par les légendes des monnaies, que le mot Gavaletanum ou Gabaletanum eut un second sens indiquant une qualité et qu'il remplit le rôle d'adjectif pour désigner « ce qui est Gabale » ; dans ce sens, analogue à celui des mots Samaritain^ Métropolitain^ Tripolitain^ Tingitati, etc., la formule que nous rencontrerons souvent : BANNACIACO GAVALETANO doit se traduire par Bannassac le Gabalitain;
s'ilii'en étaitpas ainsi, la numismatique mérovingienne nousoffriraitune autre formule qui serait BANNACIACO • IN • GAVALE- TANO, coraraeelle nous donne les formes WICO • IN-PONTIO (Vie en PonthieuouQuentovvic), NASIO • IN -BARRINSE (Naix en Barrois), CANNACO-INRVTENECIVE(Cannac dans la cité Rutène).
Les Oabales étaient un peuple de la première Aquitaine. Leur cité ou diocèse avait pour limites : à TEst, le territoire des Ilelviens (Viviers), qui faisait partie de la Viennoise, et celui des Vellaves (Le Puy), dépendant de la première Aquitaine; au Nord, la haute Auvergne, de la première Aquitaine ; à l'Ouest, le pays des Rutènes (Rodez), encore de la première Aquitaine; enfin, au Sud, les diocèses de iXîmes et d'Uzès, de la première Narbonnaise. Le territoire des Cabales correspondait à peu près au département actuel de la Lozère et au diocèse de Mende^ On sait que la métropole de la première Aquitaine était Bourges ; le nom gaulois de la capitale des Cabales était A 7identum, mais ce nom qui est inscrit sur la table de Peutinger et dans Ptolémée (raêaXoi xal r.okk Avoscioov) a disparu, comme la plupart des noms des villes gauloises, pour faire place au nom du peuple; Andcritum est devenu Gabalus, parce que toute la vie politique de la citoijentieié Gabale, la civilas, comme on disait alors, la cité, comme on dit aujourd'hui sans bien comprendre souvent le sens complexe de ce mot, se concentrait dans son enceinte. L'emj;lacement ainsi que le nom de cette antique capitale se retrouvent dans le village de Javols. Le siège de la cité et de l'évêché fut transporté plus tard à Mende [Mimas) à cause du martyre de l'évoque saint Privât, qui eut lieu en cette ville, en 408. Strabon et Pline donnent une autre forme grammaticale au nom du peuple Cabale, le premier écrit raga>v£iç, le second Cabales.
1. Lorsqu'on a formé le département de la Lozère, on a enlevé tout le canton de Saugues, qui appartenait au Gévaudan et on l'a donné à la Haute-Loire. Par compensation on a donné à la Lozère une panie du canton de Villefort, qui appartenait à rancic-u diocèse d'Alais, ainsi qu'une portiju du canton de Meyrueis qui dépendait de l'évèclic de Vabres.
Les Cabales étaient intelligents, industrieux et très aptes au commerce. Peu favorisés par leur sol montagneux, de difficile accès et souvent couvert de neiges {terram Gabalum satis nivosam, disait Sidoine Appolinaire), ils émigraient périodiquement vers des régions plus fortunées et rapportaient chez eux le produit de leur travail; de même que les Auvergnats allaient exercer certaines industries dans les régions septentrionales de la Gaule, eux, qu'on appelait les Auvergnats du Sud, se répandaient dans les provinces méridionales et au delà des monts pour se livrer aux travaux les plus pénibles; pendant tout le moyen âge et jusqu'à nos jours ils ont continué à parcourir l'Espagne, exerçant diverses professions, notamment celles de rétameurs, marchands de parapluies, etc. On les désignait sous le nom de Gavaches, Gavac/ios, et ce n'est pas sans un certain mépris que les espagnols prononçaient ce mot, parce que les hommes du Gévaudan ne reculaient pas devant les plus humbles métiers.
Donnons quelques notes historiques rapides sur le Gévaudan et particuUèrement sur la nature de la domination qu'exercèrent plusieurs rois francs sur cette petite région.
Des dix-sept provinces qui composaient la Gaule à la fin de rEm[)ire, et qui furent presque toutes conquises par Clovis et par ses fils, dix seulement fiu'ent transformées en quatre royaumes au profit des premiers descendants de ce prince.
La première et la deuxième Germanie (Mayence et ( Pologne) avec la première Belgique (Trêves), plus une partie de la deuxième Belgique (Reims) formèrent à peu près en bloc le royaume d'Austrasie et la part de Thierry 1".
Le reste de la deuxième Belgique, dont Noyon fut en quelque sorte la métropole sous l'évêque saint Éloi, et toute la deuxième Lyonnaise (Rouen) formèrent également en bloc le royaume de Neustrie.
La quatrième Lyonnaise (Sens), puis la première (Lyon) et la Séquanaise (Besançon), enfin la Yiennoise (Vienne) et les Alpes Grecques et Pennines (Moutiers et Martigny) formèrent, au moyen de plusieurs remaniements, au premier partage, les royaumes
d'Orléans et de Paris, et,, au deuxième partage, le royaume de Paris et le deuxième royaume de Bourgogne.
Il restait la troisième Lyonnaise (Tours), la première et la deuxième Aquitaine (Bourges, Bordeaux), la Noverapopulanie (Eause),conquisesparCloYis, la première Narbonnaise(Narbonne) appartenant encore aux Wisigoths, la deuxième Narbonnaise(x\ix) et les Alpes maritimes (Embrun) encore occupées par les Ostrogoths.
Narbonnene fut jamais soumise aux rois Francs, Embrun ne fut annexé que par Théodebert P''.
C'est donc dans le nord de la Gaule que les rois Francs se constituèrent une sorte d'unité territoriale ; ils se partagèrent les cités du Midi à peu près au hasard, comme on se partage des sacs d'écus ou des titres dans une succession, n'en faisant cas, en quelque sorte, que pour le montant du revenu qu'on pouvait en tirer. C'étaient pour eux plutôt des bénéfices que. des domaines.
Les habitants du midi de la Gaule n'entrevoyaient leurs rois qu'à de rares intervalles, quand ceux-ci allaient faire la guerre au delà des monts ou venaient réprimer des insurrections, comme celles que fomentaient parfois les turbulents Gascons. Bu reste, profondément fidèles aux mœurs romaines adoucies par le christianisme, c'est-à-dire à la plus haute civilisation que le monde antique ait connue, régis par les fortes institutions qui avaient survécu au grand empire, contemporains et compagnons des Sidoine Apollinaire, des Ausone, des Forlunat, des Grégoire de Tours, des Isidore de Séville et de tant d'autres esprits distingués^ gouvernés par les évêques qui exerçaient alors la suprême puissance morale, habitués et résignés par leur foi aux dévastations intermittentes causées par les avalanches de barbares, abrités tant bien que mal sous la protection des rois Francs qu'ils croyaient acheter par leur impôt et qui formait leur rempart du côté du Nord, ces peuples sans histoire, et relativement heureux, connaissaient à peine le nom de leur monarque et se croyaient toujours les sujets du grand empire. Un siècle s'était écoulé depuis le sac de Rome, ils avaient entendu raconter les
MONNAIES MÉROVINGIENNES DU GRVAUDAN. Tj
hauts faits du roi Théodoric, des rois Euric et Alaric, du roi Clovis, du roi Goiidel)aud, du roi Tliéodebert, mais les noms inscrits sur leurs monnaies étaient encore des noms d'Empereurs : i^nastase, Justin l'\ Justinien, Justin II, Constantin, Maurice Tibère, Phocas, Héraclius. Romains de race, puisque depuis six siècles leurs ancêtres avaient fait partie de Rome, ils étaient toujours romains de nation; les rois n'étaient pour eux que des fonctionnaires de Rome, des consuls ou despatrices. Leurs pères n'avaientils pas vu jadis grandir et passer sa vie au milieu d'eux l'élève de l'orateur Exupère, le premier des princes créés rois par les empereurs de Constantinople,le roi Hannibalien, gendre et petit-neveu de Con>tantin? Bien plus, Rome semblait renaître, car soixante ans après sa prise par les barbares, Bélisaire venait de la rendre à l'empire. Les Cabales en paiticulier étaient dans des conditions toutes spéciales pour conserver jusqu'à la dernière extrémité leur caractère romain. Garantis contre les rafales du Nord par l'énorme massif des montagnes d'Auvergne, ils n'éprouvaient que de faibles remous de ces grands cyclones humains qui, du nf au V siècle, balayèrent tant de fois le littoral de l'Océan et le bassin du Rhône. Ils consentirent comme les autres à être sujets de Clovis quand Clovis consentit à être sujet du Christ, et des agissements du peuple franc ils ne sentirent que les lointaines secousses répercutées par la chaîne des Pyrénées. S'ils descendaient du flanc des Cévennes oii ils étaient logés, c'était pour entrer en contact avec les Wisigoths, qui occupaient la Narbonnaise, ou avec les Ostrogûths qui, jusqu'en 53(i, tenaient la rive gauche du Rhône. Ils payaient correctement les droits dus au fisc quand l'homme de la maison du roi venait recueillir l'impôt ou les revenus des anciens domaines impériaux; du reste, ils étaient tellement désintéressés de la politique franque, qu'il a suffi à l'aventurier Gondovald de se dire fils déshérité de Clotaire L'' et ami de l'empereur Maurice Tibère pour pouvoir parcourir toute l'Aquitaine aller d'Avignon à Bordeaux, après avoir été de Marseille à Avignoi], traverser en vainqueur le Gévaudan et aller se faire porter sur le pavois à Brives-la-Gaillarde. Les peuples de l'Aquitaine
suivaient son parti parce que quelques évêques s'y étaient compromis, mais c'était pour eux une querelle d'étrangers; Gondovald tomba à Comminges abandonné de tous ses sujets, et sous les coups d'ennemis venus de Neustrie, de Bourgogne et d'Austrade ; tous les héros de son équipée furent des hommes du Nord.
Dans ces conditions, les Cabales étaient un peuple heureux, riche et presque en possession de son autonomie, puisque jijsqu'à la fin du moyen âge leurs évêques partageaient le gouvernement avec le roi.
La chute de rem[)ire d'Occident ayant rompu tous les liens de l'ancienne administration, les corporations de monétaires se désagrégèrent et l'on ne tarda point à voir surgir des ateliers dans toutes les cités en raison des besoins du commerce et de l'activité des transactions; maiS;, alors même que les monnayeurs ne recevaient plus du sénat romain ou de l'empereur les coins officiels, ils livraient au public un métal de bon alol, tant étaientvivaces les traditions de leur corporation, etréciproquement, alors même que le peuple ne lisait plus sur les espèces monnayées le nom du prince, il continuait à les recevoir avec confiance, parce que, dans cette société profondément honnête et religieuse, on croyait encore au caractère sacré de la monnaie. L'effigie diadèmes gardait son prestige même après avoir perdu son nom; personne ne songeait à réclamer de plus complètes garanties.
Tel était l'esprit de ces populations quand elles formaient un des lointains apanages de la couronne d'Austrasie, à laquelle leur territoire était échu en partage.
Après la mort de ClovJs, les Cabales passèrent successivement à dix rois dont ils connaissaient probablement moins les nomsgue ceux des huit empereurs qui se succédèrent pendant le même intervalle d'un siècle environ.
Voici la liste de ces rois et empereurs contemporains :
Thierry 1" ;iH-:j3; 23 an?
Théodebertl*^';. b34-548 14 — Justin P-- ol8-o27 9
EMPEREUBS.
Anastase 49l-ol8 27 ansi
MONNAIES MEROVINGIR.N.NF.S DU GRYAUDAN,
aiis.
Théodebaid... .
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Thierry II
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Justin II
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Maurice Tibère.
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Héraclius
On voit par ce tableau que Justin II régnait depuis dix ans en Orient quand Childebert II monta sur le trône d'Austrasie. Ces deux princes régnèrent simultanément pendant trois ans, et la durée relativement longue du règne de Childebert II fut environ de dix-huit ans, après la mort de Justin II. Il en résulte que trente et un ans seulement s'écoulèrent entre l'avènement de Justin II et la mort de Childebert II, o6o-o96. Or, comme nous aurons à signaler une monnaie au moins frappée dans le Gévaudan à l'effigie de chacun de ces deux princes, nous avons la certitude que le plus grand intervalle de temps écoulé entre ces deux émissions ne peut pas dépasser trente et un ans.
Jusqu'à présent, nous ne connaissons pas de monnaies à effigies impériales frappées dans le Gévaudan après Justin II, ni de monnaies à effigies royales frappées dans la même province avant Childebert II. Ce dernier roi, du reste, a aussi inscrit son nom sur des monnaies à Arles, à Rodez, à Clermont. Son successeur Théodebert II, qui a régné quinze ans, a mis son nom sur des monnaies de Clermont; il est probable qu'un jour on trouvera des monnaies gabales à son nom^ et il est aussi fort probable que Clotaire II a également frappé des monnaies à son effigie dans le Gévaudan, comme il l'a fait à Marseille, à Viviers, à iîrioude, à Uzès ; ce prince ne garda l'Austrasie que dix ans. et il la donna à son fils Dagobert dès l'année 623.
En 628, Dagobert V' recueillait le reste de la succession de son père Clotaire II, et ne croyant pouvoir se dispenser de donner à son frère puîné et seulement consanguin, Caribert, un lambeau de rhéritagepaternel,il lui taillale premier royaume d'xiquitaine.
s MONNAIES 5IÉ!lOVÎNGIENNi:S DU GÉVAUDAN.
Il lui abandonna seulement une partie de cette province et les cités les plus éloignées de Paris : Toulouse, l'AgenaiSj.leQuercy, la Saintonge, le PcrigorJ et les places des Pyrénées les plus rapprochées de la Septimanie et de la Gascogne. La cité des Cabales fit partie de ce royaume, c'est la numismatique qui nous l'apprend, car l'histoire n'en fait pas mention.
Ce ne fut pas de bon cœur que Dagobert créa co royaume d'Aquitaine; son rêve était de posséder la Caule entière; mais il sut céder aux avis des plus sages de son conseil. Le jeune roi Caribcrt, ambitieux, lui aussi, était soutenu par un puissant, parti à la tête duquel était Brunnlfe, frère de sa mère. A l'instar des anciens rois Wisigoths, il choisit Toulouse pour capitale de son royaume, et s'installa dans le palais d'Euric et d'Àlaric. Bientôt il augmenta ses États par la conquête du pays des Cascons, qui, peu de temps auparavant, avaient secoué le joug des Francs.
Caribert s'était engagé à n'élever de prétentions sur aucune des autres provinces de la Gaule, mais on pense qu'il ne fut pas fidèle à :-a promesse, car dès l'année 028, la première de son règne, il parut être de connivence avec son oncle Brunulfe qui conspirait contre Dagobert. Brunulfe paya ce complot de sa vie; Dagobert le fit périr dans un cachot. L'histoire parle bien peu du roi d'Aquitaine Caribert. Un jour, saint Éloi qui habitait le palais de Dagobert vint faire part au roi de la mort de ce prince ; Audoenus (saint Ouen), Thistorien de saint Éloi, considéra cet avis comme une révélation prophétique. En effet, Caribert mourut en 631, laissant un jeune enfant, nommé (>hilpéric, qui le suivit de très près dans la tombe. Ainsi finit le premier royaume d'Aquifai-e qui n'a duré que trois ans. Il fît retour à Dagobert 1", et ce roi alors dans l'éciat de son règne^, iorrem^ pidcher et iiiciyhts, comme le décrit le même historien Audoenus, archevêque de Rouen, n'échappa pas au soupçon d'avoir hâté la mort de l'infortuné petit Chilpéric. On trouva dans la succession de Caribert d'assez grands trésors que Dagobert fit transportera Paris.
L'Aquitaine redevint ce qu'elle était avant Caribert, une pro-
MONNAIES MKROVINGIRNNES DU GIJVAUDAN. 9
vince appartenant de fait au roi des Franc?, mais restée par ses traditions et ses mœurs plutôt romaine que IVanque.
Deux ans après (633), Dagobert fut contraint encore de démembrer son royaume pour donner satisfaction aux leudes d'Austrasie qui voulaient avoir un roi; il donna l'Austrasie à son fils Sigebert III, né vers l'an G30, et ayant à peine trois ans. D'après le traité qui fut dressé, Sigebert fut déclaré successeur de Dagobert, non seulement pour l'Austrasie proprement dite, mais encore pour toutes les cités que les anciens maîtres de ce royaume avaient possédées, notamment la plus grande partie de l'Aquitaine ou des pays au delà de la Loire.
Sigebert posséda le Gévaudan, non plus comme roi d'Aquitaine, mais comme roi d'Austrasie. Son règne plus exemplaire que glorieux dura vingt-deux ans, et ses vertus lui méritèrent, à défaut d'autres trophées l'honneur de figurer dans la liste des saints. Il mourut en 65o à l'âge de vingt-cinq ans, peu de temps avant son frère Clovis II, le fils de la reine Nanthikle. Il laissa un fils, nommé Dagobert, âgé au plus de sept ou huit ans, auquel Grimoald substitua son propre fils appelé Childebert; mais ce maire du palais ne put faire sanctionner son usurpation, son fils fut détrôné, lui-môme périt dans un cachot, et, à la mort de Clovis II, en GoG, le second fils de ce dernier roi, Chilpéric II, fut placé su[' le trône d'Austrasie. On sait par quelles vicissitudes de la fortune le fils de saint Sigebert, Dagobert II, ramené d'Eco-se par saint Wilfrid, occupa plus lard le trône dont il était le légitime héritier.
Quant à l'iVquitaine en général et au Gévaudan en particulier, nous n'en dirons plus qu'un mot avant d'aborder notre description des monnaies. Ces provinces continuèrent à rester en quelque sorte isolées de la France jusqu'au jour oi^i Charlemagne fonda, en faveur de son jeune fils Louis, le second royaume d'Aquitaine. C'est en 778, un siècle et demi plus tard, que fut faite la véritable et définitive conquête de l'Aquitaine par les Francs. « Charlema-
gne, écrit Emile Mabille', après son expédition d'Espagne, résolut, avant de retourner dans le Nord, de donner h ce pays une organisation qui pût le garantir contre les révoltes continuelles de ses habitants et permettre aux institutions germaniques de s'implanter sur-le sol d'une manière définitive. Il crut qu'en flattant les idées d'indépendance qui onl; toujours fait le fond du caractère des Aquitains, il rallierait plus facilement le peuple à sa domination. Pour atteindre ce but, il érigea l'Aquitaine en royaume avec un gouvernement particulier et donna ce royaume à son jeune fils qu'il venait de faire baptiser au palais de Chasseneuil.
« Les Aquitains pouvaient supposer qu'ils auraient une certaine autonomie. En réalité Charlemagne conservait le pouvoir, c'était lui qui administrait sous le nom de son fils. Il commença par" confier toutes les fonctions du gouvernement qu'il instituait en Aquitaine à des hommes de race franque; il choisit pour régent un homme dans lequel il avait toute confiance^ Arnoul. En 793, quand il dut lui trouver un successeur, ce fut Meginharius, homme sage et profond politique, qu'il investit de ces délicates fun étions ». ■ .
Les monnaies du Gévaudan qui sont parvenues jusqu'à nous sont nombreuses et forment plusieurs groupes bien distincts dont l'ordre chronologique se détermine par l'étude de la filiation des types, par la qualité du métal et par les données historiques. Elles ne font mention, jusqu'à l'état actuel de nos connaissances numismatiques, que de quatre rois nommés Childebert, Caribert, Dagobert et Sigebert ; la critique numismatique établit que la monnaie de Childebert est la plus ancienne de toutes, que les espèces au nom de Caribert sont plus anciennes que celles au nom de Sigebert, enfin que la monnaie de Dagobert est un peu postérieure à celle de Caribert ; l'examen du titre du métal conduit aux mêmes conclusions, car les monnaies de Caribert du Gévaudan sont d'un
1. Le roymmie d' Aquitaine et les Marcher sous les Corlovinqiens. Toulou5f! Privât, 1870.
MONNAIKS MKROVINGIENNEJTDU GKVAUDAN. H
titre beaucoup plus fin que celles au nom de Sigebert frappées dans la même province et dans la môme ville de Bannassac; or c'est un fait économique général et presque sans exception, que le titre du métal tend à décliner tandis que la valeur nominale des espèces tend à s'accroître'. Nous avons constaté par des faits nombreux et notamment par l'étude des riches séries monétaires de Paris et de Marseille, que, dans le cours des règnes de Clovis II et de Sigebert III, les deux fils de Dagobert P'", et pour des raisons non encore suffisamment expliquées, le titre des monnaies d'or franques fut considérablement abaissé. Ces données suffisent pour fixer péremptoirement l'attribution des monnaies royales du Gévaudan; celles de Childebert ne pouvant être antérieures à Justin II, ni postérieures à Caribert II, appartiennent à ChildebertlI. Celles à la légende CHARIBERTVS REX ne peuvent appartenir qu'à Caribert II et ont été frappées au moins trente-deux ans plus tard. Celles à la légende SIGIBERTVS REX ne peuvent être antérieures à saint Sigebert, et c'est à ces deux derniers rois dont nous venons d'esquisser l'histoire, au frère et au fils de Dagobert P'", qu'il faut attribuer toutes les monnaies royales du Gévaudan connues jusqu'à ce jour sur lesquelles on lit leurs noms. La période de leur émission a duré de 628 à 6So, c'est-à-dire vingt-sept ans; entre Caribert et Sigebert il y eut deux ans de règne de Dagobert I*^; c'est pendant ce court intervalle, entre les années 631 et 633, que la monnaie de Dagobert a été frappée. Il
1. Nous croyons que le triens ou tiers du sol de 40 deniers fut appelé sol après la mort de Dagobert et produisit le sol de 12 deniers (légalement 13 1/3) que Charlemagiie adopta et régularisa en triplant le poids du denier, afin que 12 de ses deniers devinssent l'équivalent de 30 deniers antérieurs à l'accroissement de la valeur nominale du triens, les quntre derniers quarantièmes représentant le frai des anciens deniers. Mous croyons également que de chute en chute le sol qui représentait cinq grammes d'or environ, au iv" siècle, est tombé à cinq grammes de cuivre au xix® sans jamais cesser d'être la monnaie ayant cours dans le système des livres, sous et deniers qui, depuis quinze siècles, a servi de mesure aux valeurs et de balance aux transactions. Ces sortes de dépréciations deviennent fatales le jour où se manifeste un écart entre la monnaie et le poids (statère,sicle, livre, etc.) quiluisert de dénominateur.
12 MONNAIES MÉROVIi\GIENNES DU GÉVAUDAN.
est très possible qu"on dt'couvre aussi ded monnaies gabales avec les noms de Tibère Constantin et de Maurice Tibère, peut-être même avec des débris des noms de Phocas et d'Héraclius, car jusqu'à ce dernier règne, qui commence en 610, les espèces frappées à -Marseille, Valence, Uzès, Viviers ont été plus romaines que franques. La proportion dans laquelle se rencontrent les monnaies portant les noms de Caribert et de Sigebert prouve que presque toutes les monnaies mérovingiennes du Gévaudan ont étéfrappées dans la courte période occupée par ces deux règnes, surtout celui de Ciribert beaucoup plus court et beaucoup plus riche en monnaies que l'autre. Caribert s'est trouvé au pouvoir précisément au moment oii s'accomplissait au Gévaudan la refonte générale des anciennes monnaies, et l'histoire, en assignant des dates certaines au premier royaume d'Aquitaine, fournit à la numismatique du Gévaudan des dates également précises et précieuses.
Presque toutes les monnaies franques frappées dans le Gévaudan se reconnaissent, même sans l'aide des légendes, à un type parfaitement localisé et spécial à cette province, au type du gobelet, ou coupe à deux anses que les numismatistes s'accordent à appeler le Calice du Gévaudan. On peut dire, a priori, que toutes les monnaies qui présentent ce type sont gabales ; mais il ne serait pas vrai de dire que toutes les monnaies qui n'ont pas un calice au revers sont étrangères au Gévaudan, car il existe des espèces de types très variés et sans calice qu'on ne peut contester à cette province. Ces espèces appartiennent principalement à la plus ancienne période du monnayage mérovingien, à Tâge de transition entre la monnaie romaine et la monnaie franque ; quoique leurs types n'aient aucun rapport entre eux et soient aussi disparates que possible, nous devons, pour déblayer le terrain de nos explorations, les réunir par ce lien négatif et en former un groupe à part, qui est une sorte de hors-d'œuvre. Notre premier groupe sera donc celui des « monnaies gabales sms calice ».
Parmi les monnaies au type du calice, on peut en distinguer un certain nombre qui ont un caractère tout particulier et dont l'ancienneté se trahit par le style et la finesse du travail. Elles parais-
sent être le plus ancien produit de l'émancipation de l'art et de cet esprit de réaction féconde qui a lutté contre l'immobilisation des types romains i our créer le gracieux type du calice. Elles portent le nom du peuple gabale sous la forme GABALORVM, sans indiquer d"une manière absolument certaine l'atelier oii elles ont été frappées, sont-elles de Javols?le mot Gabalonun semble l'indiquer; sont-elles de Bannassac? on a pour le croire d'excellentes raisons que nous exposerons plus loin ; elles ont encore un autre caractère commun qui les distingue, elles ne portent pas de nom de monétaire, d'oii nous concluons qu'elles sont antérieures à l'usage ou à la loi qui imposa aux monétaires du Gévaudan l'obligation d'inscrire leur nom sur leurs monnaies. Notre second groupe sera composé de ces monnaies au type le plus ancien et le plus gracieux de la coupe à deux anses, avec la mention du peuple sous la forme GABALORVM ou GAVALORVM, et l'omission du nom du monétaire. On peut l'appeler « groupe GABALORVM au calice » . Un jour \int oii tout d'un coup le monétaire qui dirigeait la fabrication des espèces au type du calice inscrivit son nom et cessa d'inscrire le nom de l'atelier. Ce changement subit, cette révolulution dans Tépigrapliie nous aurait fort embarrassés dans notre œuvre de classement si l'étude de la filiation des types et d'autres symptômes n^avaient répandu la lumière sur les phases de cette métamorphose; les deux dernières monnaies du deuxième groupe nous en donnent un indice précurseur dans l'initiale du nom du monétaire, et la première monnaie du troisième groupe, en nous révélant ce nom tout entier, maintient encore les deux premières lettres du nom de Tateher qu'on va momentanément passer sous silence. Le nom du monétaire est ELAFÎVS; par sa forme et sa composition, il offre un pendant d'une heureuse symétrie au nom d'ELlGlVS qui florissait à la même époque; quant au nom de l'atelier, c'est définitivement Bannassac. Les monnaies signées par Elafius formeront notre troisième groupe. On critique avec raison les auteurs qui ont la manie de peupler les vocabulaires de mots nouveaux, pourtant à toute science nouvelle il faut des mots nouveaux, puisqu'un mot e^t toujours la plus simple et la meil-
leure des définitions; nous ne verrions donc aucun inconvénient à ce que ce troisième groupe que nous n'inventons pas et qui est imposé aux niimismatistes, comme les quatre autres, par des faits palpables el incontestables, fûi désigné d'un commun accord par le nom de groupe Elafien.
Puis certaines espèces font cortège aux noms de Caribert et de ses monétaires, dont le plus en évidence est MAXIMINVS. Elles offrent la plénitude du caractère des monnaies mérovingiennes : nom du roi, nom du monétaire, nom de l'atelier, tête royale d'un côté, type IocliI du calice au revers; la mention du Gévaudan est seule absente, mais qu'importe? le nom de Tatelier ne suffii-il pas? (l^ç^% monnaies désignent un roi : CHARIBERTVS, deux monétaires : MAXIMINVS et LEVDEGISELVS; deux ateliers : BANNACIACO et SC! MARTINI BANNACIACO. Elles marquent le point culminant de l'art monétaire mérovingien, le rayonnement de cette école du Palais, schola palatina, dont la grande personnalité de saint Eloi était le foyer à la fin du règne de Clotaire IL Nous en formerons un quatrième groupe qu'on appellera, si l'on veut, groupe des monnaies caribertines. C'est à ce groupe qu'appartiendra encore l'unique monnaie connue frappée en Gévaudan au nom de Dagobert.
Enfin, des espèces encore plus nombreuses que les précédentes suppriment de nouveau le nom du monétaire, excepté dans une seule occasion qui suffit pour nous apprendre que ce personnage est le même que le signataire de la plupart des monnaies du quatrième groupe. Le flan est large et très chargé de symboles ; on pourrait qualifier ce style de iiiérovingien fleuri; ces monnaies avaient cours déjà bien avant l'époque de l'abaissement du titre, elles ont continué à être fabriquées pendant celte période et, depuis, leur production s'est perpétuée aussi longtemps que le calice a été le signe monétaire du Gévaudan, c'est-à-dire jusqu'à la fin; elie durait encore quand l'art mérovingien se mourait dans l'obscure période des rois et des artistes fainéants; elle a passé de l'or pur à l'or pâle, de l'électrum à l'argent, et tant que cet art, nous devrions dire cette barbare industrie du v[ii" siècle, a su tracer
MONNAIES MIÎROVINGIF.NNES DU GÉVAUDAN. 15
quelques grossiers caractère?, elle a recopié les débris de la Ionique légende géographique BAN(naciaco) GAVALETANO FUT. Entre temps, elle a tracé autour de l'effigie le uora d'un roi : SIGIBER- TVS REX; et une fois, une seule fois, le nom d'un monétaire : MAXIMINVS. Nous englobons toutes ces espèces dans un cinquième groupe que, pour répondre au besoin d'une nomenclature numismatique, on peut appeler siçieberiin\ ce groupe comprend nécessairement deux subdivisions : les monnaies à buste et les monnaies à simple tèle. C'est à la subdivision des monnaies à simple tète royale qu'appartiennent les espèces au nom de Sigebert III.