MONNAIES FRAPPÉES AU NOM B'ELAFIUS EN L'ABSENCE DE CE MONÉTAIRE
30. — PAX, devant une tête laurée à droite, de style antique, plus pur que le précédent; de la couronne laurée descendent trois rubans flottants. La tranche du cou est un trait convexe. Diadème de feuillage au pourtour.
ly. ELAFIVCO MONETAT. Calice à deux anses surmonté d'une petite croix. Couronne de feuillage au pourtour.
Musée de Berlin. — PI. II, n° 6. — Pubhé par M. Robert, loc. /awc/., p. 6i,pl. IX, n^SS.
Ici évidemment le graveur de coin s'est mépris sur le nom du monf'taire; il avait à copier la légende circulaire + ELAFIVS MO- NETA, il a cru que la petite croix était un T, il a créé la nouvelle légende ELAFIVS MONETAT que ses copistes, plus versés dans la connaissance du latin que dans l'onomastique, ont lue TELA- FIVS MONETA. Elalius n'était donc plus là ; il s'était éclipsé après l'inauguration de la formule PAX. Son nom est entré dans la phase de l'immobilisation.
31. — PAX, devant un buste diadème à droite. Le diadème, sommé de trois perles et très en arrière, laisse flotter trois longs rubans. La tête, longue et élevée sur un long cou, est comme posée sur un manteau dont la draperie est formée de deux courbes parallèles formant arc sur l'horizon.
ly. ELAFIVS MONETAT. Calice à deux anses surmonté d'une croix et accosté de deux globules. La croix du calice est sous l'L de la légende.
Collection d'Amécourt, poids 1,2S . — PI. II, n° 7.
Il y a lieu de remarquer que sur les monnaies frappées en la présence d'Elafîus la lettre finale du nom de ce monétaire était couchée: VS désormais sera droit.
32. — PAX, devant une tête diadémée à droite; œil ovale; diadème formé d'un chapelet de perles surmonté d'une gemme montée dans un croissant d'orfèvrerie ; trois globules à la nuque, en outre de trois perles qui forment trèfle au bas du diadème; secLion du cou feuillagée et décrivant un arc. Sous h section du cou, un petit arc parallèle à cette section paraît faire partie de l'anneau d'attache de la couronne de feuillage qui entoure le type.
I^. ELAFIVS MONETAT. Calice à deux anses surmonté d'une croix, sans globules. Les anses touchent la panse. La croix du calice pénètre dans la zone de la légende et fait l'office de croix initiale.
Collection de France, poids 1,30. — PI. II, n" 8. Publié
par M. Robert, loc. laud., p. 64, pi. IX, n" 27.
Le graveur de ce coin a suivi l'erreur du précédent, mais il a
cru donner plus de mérite à son travail en disposant la légende de telle sorte que la croix du calice lui servit de croisette initiale.
Comme nous venons de le dire, une pensée pieuse inspira, pendant le moyen âge et presque jusqu'à nos jours, l'usage de précéder tous les écrits du signe de la rédemption. Il est évident que la grande ressemblance qui existe entre le T et la croix n'a pas peu contribué à faire changer le nom d'ELAFIVS en celui de TELAFIVS. M. de Longpérier {loc. laud.) a déjà fait remarquer que par une semblable confusion un monétaire de Bannassac avait changé en T la croix qui coupe le nom de CH+ARIBERTVS et qui se voit très nette sur d'autres exemplaires. Nous signalerons plus loin ce fait et d'autres semblables.
Notre ami, le savant épigraphiste Héron de Villefosse, nous apprend que, depuis Justinien, [toutes les inscriptions officielles, notamment oelles d'x\frique, sont précédées d'une petite croix. Cet usage s'est perpétué jusqu'à notre époque, et, dans la plupart des éccles enfantines, les alphabets commençaient par lacroix^ si bien que l'on faisait réciter aux enfants : « Croix du bon Dieu^A, Bj C, etc. )) Il n'est pas hors de propos de citer aujourd'hui ce détail, car l'enseignement laïque l'a fait entrer dans le domaine du passé.
Quatre des monnaies précédentes offrent une particularité remarquable à laquelle il est nécessaire de nous arrêter : nous voulons parler du mot PAX inscrit devant le profil.
Rappelons les circonstances dans lesquelles cette formule fait son apparition.
Elafîus dirigeait à Bannassac un atelier plus romain que franc. Sans doute, le Gévaudan était soumis aux Francs depuis Clovis; le nom d'un roi franc, Childebert II, venait même de prendre possession du revers d'une monnaie frappée selon toute apparence à Javols; mais, dans l'Aquitaine, l'autorité des princes francs était plus nominale que réelle ; la juridiction spirituelle et le pouvoir temporel se réunissaient dans les mains des évêques, et la société civile vivait dans la société chrétienne ; le squelette de l'empire romain d'Occident, ainsi possédé de Dieu, donnait encore toutes les manifestations de la vie : l'édifice social était
MONNAIRS MÉnOVINGIE.NNES DU GÉVAUDAN. 49
resté romain, lois, institutions, hommes et mœurs ; le monétaire Elafius était liomain ; son successeur et collègue Maximinus, également Romain; les effigies des monnaies, encore romaines; c'est en Rome et par Rome que la monnaie était sacrée et qu'elle avait cours, sans que personne songeât à demander aux monnayeurs la garantie de leur signature. Ce n'est pas dans l'Aquitaine que le Franc Théodobert avait hardiment substitué son effigie à celles des empereurs, en vertu du traité auquel fait allusion la formule PAX ET LIBERTAS (pacte et alTranchissement), inscrite par lui sur fes premières monnaies à Mayence. 11 ne l'a pas fait, et près d'un siècle plus tard, ses successeurs n'osèrent introduire leur nom sur les monnaies que subrepticement et par l 'arrière-plan ; c'est au revers qu'ils commencèrent à inscrire ce nom ; ou bien quand ils osèrent le placer du côté de l'effigie, ils cherchèrent l'excuse de cette audace dans un étalage d'épithôte qu'ils n'ont pas eu besoin de déployer ailleurs ; à Uzôs, Clotaire se qualifie HINCLITVS ET PiVS ; Dagobert ajoute h son nom les mots REX DEVS qui peuvent être aux yeux du peuple une formule d'apothéose et apparaître aux évoques comme un acte d'effacement duvant la royauté de Dieu.
A Bannassac, sous le monétaire Elafius, les types des monnaies changent brusquement d'aspect ; le buste impérial disparaît pour faire place à une simple croix et le monétaire étale sa signature. Puis l'effigiereparaît, maiselle est tracée pir un burin venu de Paris, et presque aussitôt devant cette effigie on introduit le mot PAX.
Que s'est-il donc passé? Nous Tavons dit plus haut, le royaume d'Aquitaine a été fondé, le roi Caribert est venu résider au milieu de son peuple, la monarchie franque dans l'éclat de sa jeunesse et de sa vitalité s'est dressée en face des traditions romaines ; au même moment s'est produite la refonte générale des monnaies • l'activité de la fabrication fit naître la concurrence et la concurrence le conflit, conflit des intérêts ajouté au conflit des opinions. Elafius représentait l'ancien régime, l'esprit romain ; Maximinus et un franc nommé Leudégisèle étaient les monétaires du fisc et du prince franc. Elafius devait tout subir, supprimer le buste
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impérial, donner la garantie de son nom et finalement disparaître, mais son fourneau ne pouvait pas s'éteindre, quand la fabrication ne suffisait pas aux commandes et quand sans doute des intérêts considérables y étaient engagés. Une autorisation lui fut accordée de replacer une effigie, l'effigie royale; un pacte, PAX, termina le conflit. Elafius disparut en même temps, mais la raison commerciale de son atelier, son nom, fut maintenu sur les espèces; un burin franc se substitua un instant au burin gabale, les trois ateliers d'Elafius, de Maximinus et de Leudégisèle fonctionnèrent simultanément, et les monnaies du premier mentionnèrent par le mot PAX le contrat en vertu duquel elles continuèrent h être frappées.
Nous n'exposons là qu'une hypothèse, mais on peut s'en contenter provisoirement, si elle donne bien la justification des faits. La première partie de cette hypothèse met les faits numismatiques d'accord avec les faits historiques, et il nous semble que le mot PAX explique le reste.
Que signifie en effet ce mot, sinon pacte, quand il est pris comme substantif causatif de pacari, et apaisement, quand il est pris comme substantif effectif du même verbe: une convention qui produit la paix ? Trois fois dans un siècle, les monnaies de la Gaule nous offrent cette formule. Sous Gondebaud, nous trouvons à Lyon les mots PAX • ET • ABVNDANTIA. C'est la constatation d'un accord survenu entre les Burgondes et l'empire romain, et de l'état florissant du Lugdiinum qui justifie son surnom de COPIA par Vahondance dont jouissent ses habitants. Ce dernier rapprochement, ingénieux et très séduisant, quoique peut-être contestable, a été accepté par les plus éniinents numismatistes de notre siècle.
Sous Théodebert, à Mayence, un sol d'or de l'année 538 nous offre la formule PAX • ET • LIBERTAS. C'est une allusion au traité qui termina la guerre d'Italie.
Assurément ce mot n'a pas été inscrit sans motifs sur la monnaie d'Elafius ; il a une portée historique, un sens, une raison d'être ; une formule introduite sur des monuments aussi impor-
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tants que les monnaies ne saurait être une vaine formule. Son sens, nous le connaissons par ce qui précède; les pactes et traités sont naturellement invoqués par celles des parties contractantes qui en bénéficient. Comme Gondebaut et comme Tliéodebert, Elafius, ou ses ayants droit, invoquent un pacte, et c'est en face du public et des agents du roi franc qu'ils se mettent sous la sauvegarde de leur traité.
Le même mot se trouve sur des monnaies frappées vers la même époque, à Rodez, semble-t-il, par ]e monétaire EVARTVS, et au Puy, par le monétaire SPORIVS (Espérius). Au moyen âge, il paraît avoir pris de l'extension dans le sens de concession de franchise communale, et sur les monnaies de l'époque féodale il désigne « la commune n .
33. — Sans légende. Tête diadémée à droite, dans une couronne de feuillage; au sommet du diadème on voit la base d'une croix; deux rubans flottent au nœud du diadème. La tranche du cou est bordée d'une ligne.hoi izontale de perles comme sur l'effigie du numéro 26 (c'est l'acheminement vers la tranche perlée que nous signalerons plus loin, n" 36). Le mot PAX est remplacé par un rameau renversé, à six baies. Au bas de la couronne de fiuillage, on voit un chaton d'attache qui consiste en un anneau au centre duquel est une gemme.
Vf. ELAFIVS MONETAT. Calice à deux anses surmonté d'une croix, dans une couronne de feuillage.
Collection d' Amécourt, poids \ ,23, et Collection Gariel. — Planche II, n« 9.
34. — Même type avec de très faibles modifications : 1° Les six baies suspendues au rameau ont perdu les rarauscules qui les unissaient et, au lieu de former une grappe, sont représentées à l'état d'isolément de sorte qu'on
pourrait n'attribuer que les deux baies supérieures h la petite grappe et voir dans les quatre baies inférieures l'indication d'un 0 (0 en losange), comme on en voit sur des monnaies de Rodez (voy. Robert, ioc. laud., p. 61, pi. IX, n° 10, \i).
Les deux lemnisques du diadème étant terminées en queue d'aronde, il en résulte que l'un de ces rubans d'attache prend, derrière la nuque, l'aspect du caractère 1 et peut faire croire à une indication épigraphique qui réellement n'existe pas.
I^". Même légende et même type.
Collection d'Amécourt, poids l,2o.— PI. II, n° 10. — Publié par M. Robert, ioc. laucL, p. 64, pi. IX, n° 32.
La description que M. Robert a donnée de cette pièce contient deux légères inexactitudes qui proviennent de ce que ce savant n'a pas eu connaissance de notre numéro 33. On y lit les détails suivants qui peuvent induire en erreur : « Devant le visage, un fleuron à tige et quatre points ; derrière le cou, un trait vertical. »
35. — Mêmes types et légendes; coin presque semblable; seulement au lieu d'une croix sur le calice, on voit trois globules placés un et deux.
PI. II, n° 1 1. — Dessin communiqué par M. de More, d'après une monnaie conservée chez un amateur de Rouen.
Plusieurs numismatistes ont signalé ces trois globules comme représentant des hosties ou pains de sacrifice.
3G. — Même type avec des variétés dans le nœud d'attache du diadème; cou à tranche perlée; rameau supportant une grappe plus confuse ; couronne extérieure moin& épaisse.
j^'. GAFIVS MOI CTAT. Calice à deux anses supportant trois globules posés un et deux.
Collection Berge, à Lunéville. — PI. Il, ri° 12.
D'après un dessin communiqué par M. de More.
37. — Sans légende. Même type avec les différences suivantes :
i° Le rameau n'est qu'à trois baies et forme la haste
d'un B, initiale de BANNACIACO.
2° La tranche du cou est bordée de deux lignes de
perles.
Ijt". ELAFIVS MO^ETAT. Même type; le calice est sans croix. Collection d'Amécourt; poids l,2o. — PI. II, n" 13.
38. — Sans légende. Même type avec les différences suivantes :
1° La tête estlaurée, avec trois rubans d'attache au diadème ; 2° Tranche du cou ornée d'un seul rang de perles ; 3" La branche à trois baies ne supporte plus les deux ramuscules qui lui donnaient l'aspect d'un B.
R'. ELAFIVS MOI^TAT. Calice à deux anses surmonté d'une croix.
Collection de More ; poids 1,20. — PL II, n° 14.
39. — Sans légende. Tête diadéraée à tranche perlée, h. droite.
Le diadème est un chapelet de perles surmonté d'une gemme. Devant le profil, une branche renversée à trois baies ou à trois feuilles lancéolées ; couronne de feuillage, au pourtour, sans attache.
^■. ELAFIVS MONETAT. Calice à deux anses surmonté d'une croix. Guirlande de feuillage au pourtour.
Collection de France ; poids 1,25. — PI. II, n" lo.
Nous désignons par les mots tranche perlée le détail d'exécutiun qui consiste à orner la section du cou d'une ligne de perles, c'est un fait accepté à partir de notre numéro 36 et passé dans l'usage. 11 a été préparé par les numéros 26 , 33 à 3o . Dans l'origine, cette ligne de perles était la bordure du manteau ; désormais, elle sera spéciale aux têtes de Bannassac et se propagera dans les diocèses voisins du Gévaudan.
40. — Sans légende^ Mêmes types. Les trois baies sont changées
en feuilles lancéolées. Pas de guirlande au pourtour.
^. Mêmes légende et type.
Ancienne collection Rollin. — PI. II, n" 16. — Publié par Combrouse, atlas. PI. XLIII, n° 3.