‹ Monnaies royales de la LydieChapitre 16 sur 16 · VALEURS D'ARGENT · texte numérisé non relu

VALEURS D'ARGENT

en pièces de 1 gr. 54 S

en pièces de 7 gr. 032

oboles de 2 gr.

2 gr. 34

4 gr. 56

1 gr. 349

Ogr. 78

gr. 674

gr. 337

Ces rapports sont trop compliqués pour être entrés dans le mon*

la conservation). Ces denx tailles se distinguent par une variation dans le type. Une pièce de la même époque, de la collection de Luynes» ayant au droit un satyre agenouillé et au revers une tète de lion dans un carré, pèse 3 gr. 53 et doit avoir un peu perdu, car elle est légèrement usée; c'était une taille de ^/g, équivalent à trois des plus petites divisions.

' Il est probable que l'on retrouvera quelque jour le multiple par 2, comme la drachme de 7 gr. 032 elle-même, qui manque en original et pourtant est la base de toute la série.

nayage d'un seal et même peuple. Ce sont ceux qui existent entre les monnaies de deux peuples iroisins, basées sur des unités différentes, mais ayant des points de repère communs qui en rendent les tailles eommensurables entre elles et permettent aux espèces de Pun de circuler chez Vautre et réciproquement, en y représentant une valeur exacte, bien qu'étrangère à Téchelle normale d'après laquelle se divise ou se multiplie l'unité.

J'ai déjà reconnu plus haut deux séries de poids des monnaies d'or, celles qui, comparées à l'obole d'argent lydo-phénicienne de 1 gr. i72 en valent 27, i8 et 9, et celles qui en valent 46, 8 et 4. Dans la première série rentrent nos n^M, 3 et 4 ; dans la seconde, les n^* 2, 1, 8, 9, i2,5, ii, et 10. Il n'y a pas, du reste, de différence sensible d'aspect entre les n®* 1, 3, 4 et les n*'* 8, 6; maison doit remarquer que toutes les pièces qui offrent au droit quelques symboles sur les carrés en relief (n^'Set 7) ou sur la convexité prononcée du flan (n" 8-42), appartiennent à la seconde série. Ce sont là deux groupes numismatiques que les pesées seules distinguent d'une manière bien nette, mais dont elles caractérisent la divergence d'une manière assez accusée pour obliger de les attribuer à deux peuples différents, quoique assez voisins, pour expliquer l'étroite différence entre toutes les pièces.

Quels sont ces deux peuples? Entre ceux qui ont frappé les espèces d'argent dont nous avons dû rapprocher ce monnayage d'or, je crois que notre choix peut être fixé avec certitude.

Les Édoniens et les Odomantes doivent être mis hors de cause ; l'existence chez eux de l'énorme taille d'argent de 42 gr. 19, ou 6 drachmes lydo-phéniciennes, exclut la possibilité d'aussi faibles coupures d'or, et peut-être même de tout monnayage de ce métal. Au contraire, le premier groupe que nous avons formé (n^* 1 , 3 et 4) se rattache naturellement aux monnaies d'argent des Létéeos , puisqu'il correspond à 3, 2, et 1 fois leur unité. Je n'hésite donc pas à le leur attribuer. S'il comportait une pièce plus forte qui n'a pas encore été découverte, c'était certainement un statère lydo-phénicien de 14 gr. 40, dont la taille de 2 gr. 34 était l'beclé; à supposi^r qu'il existât, il valait 18 unités d'argent de 10 gr. 548, et en même temps chez les Orresciens il pouvait être admis à circuler pour une valeur de 27 de leurs drachmes d'argent lydo-phéniciennes de 7 gr. 032.

C'e*$t aux Orresciens que j'attribue le second groupe (n^^ 2 et 5-42)^ car les tailles s'en rapportent exactement à leurs monnaies d'argent. Elles sont 2/3, 1/3 et 1/6 du tétradrachme lydo-phénicien de ce peuple, pesant 28 gr. 13. La taille de 1 gr. 349 d'or, dont les deux autres sont 1/2 et 1/4, équivaut en effet, avec le rapport :: 13 1/2 : 4

entre les deux métaux, à 46 oboles lydo-phéniciennes de i gr. 17â. En même temps^ c'est Thecté d'un statère phocaique un peu faible (comme le sont aussi l'étalon babylonico-médique et rétalon lydo-phéniciendans Targent des inémes peuples), du poids de i6 gr. 188^ qui aurait valu 8 tétradrachmes d'argent de 28 gr. 13 chacun. Et ce statère d'or parait bien avoir eu une existence réelle. Cadalvène a publié * une pièce d'or au type ordinaire des Orresciens, le Centaure enlevant une femme^ dont il n'a malheureusement pas donné le poids et dont on ignore le sort actuel; mais le module en est précisément le module habituel du gros statère phocaïque. Un statère de cette coupe^ qui chez les Orresciensj où il était frappé, représentait 32 unités d'argent ou drachmes lydo*phéniciennes de 7 gr. 032, pouvait en même temps être admis chez les Létéens pour la valeur de 21 1/3 de leurs unités d'argent de 40 gr. 548^ en même temps que chez les Edoniens et les Odomantes il circulait sur le même pied que dans les pays d'émission.

J'ajoute que Tattribulion de ces petites pièces d*or aux Orresciens^ en révélant qu'ils avaient dans ce dernier métal une division presque microscopique de la valeur de 2/3 de la drachme d'argent ou 4 oboles (de beaucoup la plus petite monnaie d'or que l'on rencontre chez aucun peuple de l'antiquité), nous explique comment en argent on ne rencontre pas chez eux jusqu'ici de division de la drachme au-dessus de i/6. Pourtant il est assez probable qu'ils avaient aussi le diobole d'argent (que l'on n'a pas encore retrouvé), de manière à diviser normalement leur drachme par 2/3 (en or), 1/3 (en argent) et 1/6 (en argent), ou 4^ 2 et 1 oboles.

La rectification de l'erreur commise dans mes Monnaies des Lagides m'a entraîné un peu loin^ mais j'ai pensé que le lecteur trouverait quelque intérêt à l'étude de ce monnayage d'or primitif et si particulier de la région du Pangée.

P.-S. — Gomme il restait encore de la place sur la pi. VIU, j'en ai profité pour faire graver trois pièces inédites de l'Asie Mineure, qui font partie des admirables trésors du Musée Britannique.

La première (n® 12) est un cyzicène d'ancien style^ chose toujours assez rare^ dont le Cabinet de France possède, du reste, un autre exemplaire (exactement le même poids : 16 gr. 03) dans lés cartons de la collection de Luynes; len"» 1774 du Catalogue de Th. Thomas me paraît avoir été un troisième exemplaire. L'hecté correspondante existe deux fois au Cabinet des médailles, dans l'ancien fonds (pesant 2gr. 70) et dans la

' JUeueil d$ médailles grecques, p 76, vignette 1.

collection de Luynes (pesant 2 gr. 67). La figure féminine ailée, au front ceint d^une Stéphane et aux longs cheveux tombant vers les épaules, qai apparaît sur ces pièces, courant plutôt que s'agenouillant sur la gauche et retournant la tête à droite, tenant dans sa main droite le thon carac«» téristique de l'atelier de Cyzique et relevant de la gauche sa longue robe, est sans contestation possible Nice ou la Victoire.

Les deux autres monnaies (n®* il et iX) sont plus intéressantes et me semblent ouvrir une nouvelle série dans l'or asiatique. De poids phocaîques toutes les deux (le n"" 13 pèse 16 gr . 32^ et le n® U : 16 gr. 30), elles offrent cette particularité exceptionnelle de ne pas être en électrum comme presque toutes les pièces connues du même poids, mais en véritable or, un peu pftle seulement. La taille en a donc été copiée sur les statères phocaîques que Milet frappa dès une époque très-ancienne avec un or analogue.

Les deux pièces ont été certainement frappées dans deux villes trèsvoisines d'une même contrée. Elles ont le même aspect, la même forme de flan, au revers le même carré creux^ petit pour le champ dans lequel il est empreint; au fond était certainement le même symbole, que Ton ne parvient à distinguer clairement ni sur Tune ni sur Tautre. A gauche de ce carré creux, toutes deux en présentent un autre, encore plus petit et moins profondément imprimé, qui semble presque une contremarque; il n'est bien venu que sur le n° 13, où Ton reconnaît clairement dans le fond un insecte sans ailes ou un coléoptère allongé à grandes antennes.

Ces monnaies n*appartiennent certainement ni à la Hysie^ ni à TÉolie^ ni à rionie, ni aux villes doriennes de la côte de Carie^ ni aux îles voisines de ces différentes contrées. Il faut donc en chercher la patrie sur le littoral méridional de TÂsie-Mineure. Les types du droit de Tune et de l'autre reportent à la Lycie. Sur le n^ 14 nous voyons la Chimère^ le monstre mythologique dont on plaçait constamment la demeure dans cette contrée ^ qui y tenait le premier rôle dans les traditions nationales et symbolisait des phénomènes volcaniques signalés par un grand nombre d'écrivains de l'antiquité ^. Sur le n° 13, le poisson, tout à fait différent du thon de Cyzique^ semble un poisson d'eau douce^ un brochet ou un bar; la bandelette perlée et fleuronnée à ses deux extrémités^ qui laccompagne élégamment, le caractérise comme un animal

» Homer . /lidd. 180 et Buiv.; 328; ApoUodor. IT, 3, 1; cf. Preller, GrwchUt^ MythologU, 2^ édition, t. II, p. 82 et s. ; Maarjr, Hiitoire des religions de la Grèce, t. I, p. 360; t. m, p. 188.

> Plin. Hiit. nat. U, 236; 100; cf. Scyl. Peripl. 100; Seneo. Epist, LXXIX, 3; Palœphat. De incredib, 29.

sacré. Dès lors il est bien difficile de ne pas se souvenir de ces fameux poissons de Hyra en Lycie^ consacrés au dieu solaire que les Grecs assimilèrent à leur Apollon; ils étaient élevés dans un bassin et fournissaient des oracles par la manière dont ils venaient à la surface, appelés par le son de la flûte ^ Sans doute ils étaient parés de bijoux, comme les poissons élevés à Hylasa de Carie, dans l'enceinte de Zeus Labrandeus, qui avaient des pendants d'oreilles passés dans les ouïes ^.

Je suis donc porté à voir dans ces deux pièces des monuments du monnayage d'or primitif de la Lycie, totalement inconnu jusqu'à ce jour. Les plus anciennes pièces d'argent de ce pays, au type de la partie antérieure du sanglier (la tête sur les divisions), qui figuraient dans le tfésor de Hyt-Rahyneh ^ et par conséquent remontent au vi» siècle^ ont pour étalon fondamental un statère eubo!que * légèrement forcé d'environ 8 gr. 67 '. Un peu plus tard^ sous les Achéménides^ le poids du statère d'argent lycien s'élève à 8 gr. 89 ^^ et treize do ces pièces se donnaient alors pour une darique d'or '^. Il y a le môme rapport entre le poids de la drachme que supposent nos deux statères d'or sur le pied phocaïque, dont le plus lourd pèse 16 gr. 32, tout en ayant sensiblement perdu par le frai, et la darique, qu'entre le statère d'argent de 8 gr. 67 et celui de 8 gr. 89. Il semble que nous saisissions ainsi sur le fait une augmentation de Tétalon d'argent parallèle à celle de l'étalon d'or et en ayant été la conséquence^ de manière à permettre de donner toujours treize ou vingt-six pièces d'argent pour la pièce d'or simple ou double. Et ici je vois une confirmation décisive de l'attribution des deux monnaies du Musée Britannique à la Lycie. En effet, les Lyciens avaient une prédilection particulière pour le nombre 13, et en général dans tous les ordres de mesures ils avaient soin de procéder en employant treize unités, comme le prouve Tétude de leurs monuments ^.

Avril 1875.

» Plin. HisL nat, XXXII, 2, 8; Polyoharm. ap. Athen. VIII, p. 333. 2 ^Uan. Hitt, anim. XII, 30; cf. Plin. Hist, nat. XXXII, 2, 7. ^ Sur 00 dépôt d'une importance capitale, voy. do Longpérier, Revtie numismatique ^ 1861, p. 414 et Buiv.

* Voy. Brandis, p. 203.

^ Maximum fourni par la pièce n^ 397 du Catalogue Ivanoff,

* Brandis, p. 151.

' Brandis, p. 345.

* Sharpe, dans Fellows, Account of discoverlee m Xycta, p. 483, pi. 36, n^ 12 ; Lassen, Zeitechr der deutsch. Morgenl. Getellsch. t. X (1856), p. 350.

7622 — Paris. — Imprimerie Jules Le Cjlerb et G**, rue Cassette, 29.

APK 8 1964

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