PREMIÈRE PARTIE. — IX
veauté dans l’élévation. Remarquez en effet que ces transsepts en hémicycle sont percés de deux rangs de fenêtres à ogive, tandis que , dans la nef, bien quelle soit évidemment postérieure, toutes les fenêtres sont à plein cintre.
Il est très-probable aussi que la forme arrondie de ces deux transsepts a été conservée en souvenir de la cathédrale de Tournay, cette sœur de notre cathédrale. A Tournay, en effet , les deux transsepts byzantins subsistent encore aujourd’hui dans leur majesté primitive, avec leur ceinture de hautes et massives colonnes. En 1 1 53 la séparation des deux sièges n’était prononcée que depuis sept années. La mémoire de ces admirables transsepts était encore toute fraîche, et c’est peut-être en témoignage de ses regrets, et comme une sorte de protestation contre la bulle du saint-père, que le chapitre de Noyon voulut que les transsepts de sa nouvelle église lui rappelassent, au moins par leur plan , ceux delà cathédrale qu’il avait perdue. Cette conjecture s’accorde avec toutes celles qui précèdent; c’est une explication de plus de ce mélange de traditions et d’inventions, de formes anciennes et de style novateur, qui est le caractère dominant de la cathédrale de Noyon.
Qu’on applique à tous les monuments de l’époque de transition les deux ou trois principes que nous venons d’émettre, et nous avons la presque certitude qu’après une étude attentive, précédée d’une sage défiance envers les dates et les récits consacrés, on verra toujours, au moins sur quelques points, se justifier nos prévisions. Il y a plus de douze ans que nous avons indiqué sommairement ces idées 1 , et depuis ce temps nous n’avons rien trouvé qui ébranlât notre croyance; elle s’est plutôt fortifiée par le résultat de constantes observations; et
1 Rapport tur les monuments historiques Nord, de la Marne et du Pas-de-Calais,
des départements de l'Aisne, de l'Oise, du in-8*. ■ 83 1 , page: 10 , 11 , ■ a et i3.
bien qu’aucun texte précis, aucun document incontestable ne donne encore à ces aperçus une véritable consistance, nous ne perdons pas l’espoir de pouvoir quelque jour invoquer en leur faveur une révélation positive. Déjà une récente découverte semble justifier cet espoir : on vient de trouver en Allemagne quelques fragments du journal d’un franc-maçon, et il résulte des notes tracées sur ce journal que le triangle équilatéral était bien réellement la base fondamentale du système à ogive. Voilà donc déjà un de ces principes , auxquels on pouvait jusque-là contester toute valeur scientifique, qui commence à prendre un caractère de certitude. Avec de persévérantes recherches on pénétrera plus avant, on retrouvera quelque autre secret des confréries maçonniques , on obtiendra la confidence de leur origine, de leur constitution, de leur véritable but. Que tous ceux à qui ces questions inspirent un sérieux intérêt cessent de s’évertuer à prouver, les uns que l’ogive nous est venue d'Orient, les autres qu’elle est indigène : querelles vides et oiseuses! Qu’ils cherchent par qui a été mis en œuvre le système à ogive, pourquoi l’influence de ce système a été si grande et si universelle, comment pendant trois siècles il a pu exercer sur une moitié de l’Europe une absolue souveraineté; qu’ils cherchentenfin si la naissance et les progrès de ce système ne sont pas inséparablement liés à la grande régénération des sociétés modernes dont le xn° siècle voit éclore les premiers germes.
C’est dans ce sens, encore une fois, qu’il reste à faire de profitables découvertes. C’est là le véritable problème, le problème historique de l’époque de transition. Les révolutions architecturales ainsi envisagées ne se confondent plus avec ces fantaisies futiles et éphémères qui font préférer telle étoffe à telle autre pendant un certain temps; elles sont de sérieuses, de véritables révolutions; elles expriment des idées. Il faut que